Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

« Pour celui qui en revient, Verdun, c´était bien. Pour celui qui en est mort, Verdun, c´est un port », chantait Michel Sardou en 1979. Comme bon nombre de chanteurs français, la guerre de 14-18 a inspiré l’interprète de La maladie d’amour. Et bien souvent, ces titres sont devenus des monuments du patrimoine culturel français. Des reprises de chansons de soldats aux aspirations mercantilistes, en passant par des refrains pacifistes, tour d’horizon des chansons sur la Grande Guerre.

Publié le 3 mars 2014 · Mathieu Habasque

La plus historique : Jaurès de Jacques Brel

 

Dans son dernier disque datant de 1977, Les Marquises, le grand Jacques rend un hommage vibrant au dirigeant socialiste Jean Jaurès. Dans cette chanson, Brel dénonce les conditions d’existence sordides des ouvriers au tournant du XXème siècle. Ces mêmes ouvriers qui servirent de chair à canon lors de laGrande guerre : « Si par malheur ils survivaient, C´était pour partir à la guerre, C´était pour finir à la guerre. Aux ordres de quelque sabreur, Qui exigeait du bout des lèvres, Qu´ils aillent ouvrir au champ d´horreur, Leurs vingt ans qui n´avaient pu naître, Et ils mouraient à pleine peur. » Porte-parole de ces masses exploitées, Jean Jaurès jouissait d’une immense popularité auprès des ouvriers. Ses prises de position pacifistes peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale le rendirent très impopulaire auprès des nationalistes les plus virulents. L’un d’entre eux, Raoul Villain, l’assassina le 31 juillet 1914, trois jours avant le déclenchement des hostilités.

La plus commerciale : Le soldat de Florent Pagny

Qui dit centenaire de la Première Guerre mondiale, dit commémoration et surtout, médiatisation. Un postulat que n’a pas manqué d’exploiter le sémillant juré de The Voice. Inspiré des lettres des Poilus envoyées à leurs familles, Le soldat est le troisième titre de l’album Vieillir avec toi. « C’est une chanson qui se rattache à un moment important de l’Histoire, déclare l’intéressé à Vosges matin. En l’écoutant, la mémoire se réveille, ça te ramène à ton père, à ton grand-père. Tout le monde a un lien avec tout ça, ça laisse forcément des traces. » Pour les besoins du clip, le chanteur est venu tourner des images à l’ossuaire de Fleury-devant-Douaumont, près de Verdun. Le nouveau titre de Florent Pagny sera très certainement diffusé en boucle sur les radios et les télés nationales. Souhaitons que ce ne soit pas le cas jusqu’à 2018.

La plus pacifiste : La butte rouge par Renaud

 

Le P’tit Bal du samedi soir et autres chansons réalistes est le nom de la première partie des concerts donnés à Bobino par Renaud en 1980. Dans les chansons populaires reprises par le chanteur, figure un morceau de choix du répertoire pacifiste et révolutionnaire. Écrite en 1919 par Montéhus, La butte rouge fait référence aux combats féroces qui se sont déroulés autour de Bapaume en 1916, dans le cadre de l’offensive de la Somme, aussi meurtrière qu’inefficace. Pour un gain de quelques kilomètres, les pertes sont estimées à 400 000 morts ou disparus dans les deux camps. On comprend alors mieux les paroles du refrain : « La butte rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin, Où tous ceux qui grimpaient roulaient dans le ravin. Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin, Qui boira d’ce vin là, boira l’sang des copains. »

La plus éthylique : Vive le pinard, de Bach

La guerre de 14-18 introduit une nouveauté dans le quotidien des soldats : le vin. En prévision d’une guerre longue, l’Intendance inclut un quart de litre de vin aux rations journalières des Poilus en 1914, un demi en 1916 et trois quarts en 1918. Mais il n’était pas question à l’époque de servir des grands crus aux soldats : le pinard du Poilu fut un assemblage de vins à faible degré, comme le Beaujolais, mélangés avec des productions au degré élevé du Languedoc-Roussillon, du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. Le seul but était d’atteindre le plus haut degré d’alcool. Des chansons à la gloire du pinard ne tardent pas à faire leur apparition : l’Ode au pinard de Max Leclerc, Comme son vin, son œil pétille de Théodore Botrel et surtout, Vive le pinard !, une marche militaire créée par Bach et glorifiée par Louis Bousquet. Une chanson de soldats qui devint très vite une chanson paillarde.

La plus provocatrice : La guerre de 14-18 de Georges Brassens

Quand Brassens fait du Topito avant l’heure, ça donne La guerre de 14-18. Comme un enfant, il compare les guerres et en fait un classement : « Depuis que l’homme écrit l’Histoire, Depuis qu’il bataille à cœur joie, Entre mille et une guerres notoires, Si j’étais tenu de faire un choix, A l’encontre du vieil Homère, Je déclarerais tout de suite : Moi, mon colon, Celle que je préfère, C’est la guerre de quatorze-dix-huit ! » Antimilitariste et foncièrement pacifiste, Brassens se moque des différentes guerres de l’Histoire. Sortie en décembre 1962, quelques mois après les accords d’Evian, la chanson fit couler beaucoup d’encre. Les Poilus sont encore très nombreux et la victoire de Verdun est un symbole patriotique qui fait l’unanimité. Brassens doit même s’expliquer à ce sujet au micro de Jean-Pierre Elkabach en 1978 : « Il est bien évident que je n’ai jamais eu l’intention dans cette chanson de tourner en dérision les pauvres soldats qui étaient morts à la guerre de 14, ni leurs parents, ni leurs veuves, ni leurs enfants. Ça saute aux oreilles bon sang. Cette chanson suggère ‘Vive la paix !’. »

BONUS : Aux soldats inconnus par Irminsul

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Sur la route du huitième bataillon :

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