Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Cent ans après le début de la Première Guerre mondiale, on déterre encore quotidiennement une quantité astronomique de munitions. Le centre interdépartemental de déminage de Colmar est en charge de cette mission dans un secteur très marqué par les affrontements.

Publié le 4 mars 2014 · Adrien Gavazzi

La Première Guerre mondiale est moins éloignée de nous qu’elle en a l’air : chaque jour, le centre de déminage interdépartemental de Colmar procède à la destruction de munitions issues du conflit, dans un territoire profondément marqué par les affrontements.

Le déminage en France, c’est 26 établissements, 300 employés, 600 tonnes de munitions récoltées et détruites chaque année. Des chiffres éloquents : près d’un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale, obus, grenades et autres mortiers continuent de se récupérer à la pelle. Sur le milliard et demi de tonnes d’explosifs tirés pendant la guerre, 20 % seraient encore dans la nature. Et ils n’ont rien perdu de leur potentiel dévastateur.  Même si les accidents se font de plus en plus rares, quand ils se produisent, ils ne pardonnent pas. Comme en 1981, quand de nombreux enfants ont trouvé la mort dans une cour d’école après avoir manipulé un mortier. Pour Édouard Hannauer, employé au centre de déminage de Colmar depuis 1981, « ça a été le début d’une prise de conscience de la population. Après ça, les gens s’activaient pour nous ramener des obus. » Les catastrophes n’épargnent pas non plus les démineurs. En 2007, deux d’entre eux ont perdu la vie dans une explosion à Metz. De quoi rendre Édouard Hannauer définitivement allergique à ces engins de mort. D’autant que leur présence cause de nombreux dégâts environnementaux : « 350 kg de poissons ont été décimés après la découverte dans les Vosges d’une bombe à phosphore qui a déversé son contenu dans les eaux. »

Une dangerosité bien réelle

Les décennies ont passé, mais ces stocks qui dorment sous terre n’ont rien perdu de leur dangerosité. La raison ? L’oxydation, qui altère considérablement les composants et augmente la sensibilité des munitions ; mais aussi le manque de sécurité spécifique au matériel français. Avec l’enlisement dans la guerre de position, il a fallu inventer une nouvelle artillerie, dite « de tranchées », capable de tirs courbes pour atteindre les lignes ennemies. Conçue à la va-vite, avec des matériaux improvisés, elle était souvent de piètre qualité et destinée à être utilisée dans les six mois. C’est dire son état de délabrement cent ans plus tard.

La Première Guerre mondiale continue donc d’occuper à plein temps les démineurs : à Colmar, on reçoit en moyenne trois appels par jour. La plus grosse partie concerne des munitions de la Grande guerre, que les démineurs détruisent par explosion. Une petite partie est néanmoins conservée en vue d’agrémenter une « collection pédagogique » dans le centre :

Certaines munitions ont été fabriquées et utilisées à un endroit précis uniquement ; on les retrouve donc aujourd'hui sur un secteur d'une centaine de mètres à peine. Cette « munition endémique des Vosges » a été identifiée il y a six mois seulement. Durant les combats, elle était chargée de fumigène incendiaire, dans le but d'infliger aux soldats des brûlures très douloureuses.

Certaines munitions ont été fabriquées et utilisées à un endroit précis uniquement ; on les retrouve donc aujourd’hui sur un secteur d’une centaine de mètres à peine. Cette « munition endémique des Vosges » a été identifiée il y a six mois seulement. Durant les combats, elle était chargée de fumigène incendiaire, dans le but d’infliger aux soldats des brûlures très douloureuses.

Édouard Hannauer devant un « crapouillot ». « C'est les femmes chez Peugeot qui soudaient les crapouillots. On les a beaucoup utilisés dans le conflit de tranchées. L'idée était d'envoyer une lourde charge explosive dans les barbelés ennemis pour se frayer un chemin. » Le crapouillot a fait ses preuves en perçant le blockhaus de la Tête du Violu, près de Sainte-Marie-aux-Mines.

Édouard Hannauer devant un « crapouillot ». « C’est les femmes chez Peugeot qui soudaient les crapouillots. On les a beaucoup utilisés dans le conflit de tranchées. L’idée était d’envoyer une lourde charge explosive dans les barbelés ennemis pour se frayer un chemin. » Le crapouillot a fait ses preuves en perçant le blockhaus de la Tête du Violu, près de Sainte-Marie-aux-Mines.

Le mortier « Stock », de confection anglaise, ensuite repris par les Français. Fermé à l'arrière, il était en général chargé de produits chimiques. Son inconvénient : la minceur des parois (5 mm au moment de la guerre), qui se rétrécit encore avec l'oxydation due aux années.

Le mortier « Stock », de confection anglaise, ensuite repris par les Français. Fermé à l’arrière, il était en général chargé de produits chimiques. Son inconvénient : la minceur des parois (5 mm au moment de la guerre), qui se rétrécit encore avec l’oxydation due aux années.

Des engins typiques de la guerre de proximité de 1914 – 1918.

Des engins typiques de la guerre de proximité de 1914 – 1918.

Ces munitions, Édouard Hannauer les connaît sur le bout des doigts, pour mieux les éliminer quand il intervient sur le terrain. « Être démineur, c’est encore plus gratifiant qu’être pompier : on fait toujours appel à eux après une catastrophe, tandis que nous, on intervient avant. On enlève la peur aux gens. »

Plus d’informations sur http://www.deminex.fr/

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