Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Aux Archives départementales du Haut-Rhin, les particuliers se pressent depuis trois mois pour apporter les archives de la Grande Guerre qu’ils conservaient dans leur grenier. Ils répondent à l’appel du projet Europeana 14-18, chargé de collecter et de numériser les témoignages privés du conflit.

Publié le 4 mars 2014 · Juliette Jacquemin

Dans le bureau de Laëtitia Brasseur, quelques cartons s’entassent. À l’intérieur, des trésors. Ces photos jaunies, ces lettres écrites en allemand, c’est le résultat du projet Europeana 14-18, mené dans toute l’Europe depuis l’an dernier. Le but : inciter les particuliers à prêter ou à donner les souvenirs de la Grande Guerre qu’ils conservaient dans leurs tiroirs, afin de les numériser et de les mettre en ligne. Les Archives départementales du Haut-Rhin se sont prêtées au jeu. Les sollicitations ont afflué : pas moins d’une cinquantaine la première après-midi. Depuis, les prêts continuent. Pour l’heure, les Archives totalisent presque une centaine de contributions. Laëtitia Brasseur, archiviste, se charge de rencontrer les particuliers, de collecter les données et de les classifier.

Armée de patience et de curiosité, la jeune femme rencontre chaque personne qui se présente, pour tenter de comprendre avec elle la vie qui était celle de son ancêtre. « Les gens nous font des prêts, mais l’objectif n’est pas seulement de retracer un parcours militaire : il s’agit surtout de raconter la vie qu’il y avait tout autour. » La vie du front comme la vie à l’arrière. Pour l’aider, Laëtitia Brasseur peut compter sur des archives extrêmement variées : des papiers militaires, des correspondances, des photographies… Mais aussi des objets, qui racontent de drôles d’histoires.

Une charge émotionnelle forte

Au fil des entretiens avec ceux qui lui apportaient les souvenirs de leurs aïeux, l’archiviste, historienne de formation, a pu constater que cent ans après le début du conflit, la mémoire reste vive dans une région dont les habitants ont du combattre sous l’uniforme allemand. «  Les gens qui viennent nous voir aiment souvent à rappeler que leur ancêtre était “patriote” pendant la guerre. Ils veulent dire par là qu’il soutenait les Français. Encore aujourd’hui, le sentiment d’injustice est récurrent chez les descendants de combattants alsaciens ». Ce patriotisme, toujours prégnant chez eux, Laëtitia Brasseur reconnaît toutefois qu’il s’érode au fil des générations. « Chez les moins de 45 ans qui viennent nous voir, l’émotion est plus centrée sur la souffrance qu’ont dû endurer les combattants, quelle que soit leur nationalité. Le rapport à la mémoire se fait avec moins de ressentiment. Mais la charge émotionnelle reste très forte. »

Laëtitia Brasseur est responsable de la collecte des archives pour le projet Europeana 14-18 à Colmar

Laëtitia Brasseur est responsable de la collecte des archives pour le projet Europeana 14-18 à Colmar

Le centenaire de la Première Guerre mondiale a donc provoqué un véritable engouement, d’autant plus inattendu que d’ordinaire, même en Alsace, la Grande guerre suscite assez peu d’intérêt. Aux Archives, ils étaient peu nombreux jusqu’ici à venir se renseigner sur le sort de leurs aïeux morts au front. « J’espère que le centenaire servira au moins à cela, conclut Laëtitia Brasseur. À ce que les gens se souviennent enfin qu’un jour, ici, il y a eu la guerre ».

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Commentaires

  1. Madame Brasseur,
    Avez-vous collecté des correspondances de combattants en français ? Sont-elles ou seront-elles numérisées ?
    Mille mercis à l’avance pour votre réponse
    P. Rézeau

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