Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Le kilomètre zéro de la ligne de front a-t-il été oublié dans les commémorations du centenaire ? A en croire André Dubail, président de l’association des Amis du kilomètre zéro, oui. Pourtant, à Pfetterhouse, ce petit village frontalier de la Suisse, trois armées se faisaient face entre 1914 et 1918.

Publié le 4 mars 2014 · Elodie Hervé et Margaret Oheneba - Photos : Yuta Yagishita et Yingya Han

Depuis 2008 et le lancement de son association, le village se mobilise pour restaurer ce patrimoine historique à moindre coût. Ici, on fabrique un tuyau d’évacuation, là on demande à un maire voisin de prêter une pelleteuse pour déblayer de la terre, un peu plus loin on fait de la récupération de sacs de café avant de les remplir de ciment. Des bénévoles, pour la plupart retraités, viennent donner un peu de leur temps pour ces vestiges d’un autre temps. Dans cette commune du Sud de l’Alsace, les fronts français, allemand et suisse se faisaient face.

Les soldats suisses défendaient leurs frontières. Les deux autres armées s’affrontaient pour gagner quelques mètres de terrain. Aujourd’hui, ces anciens blockhaus allemands construits en béton armé sont toujours visibles dans la forêt de Pfetterhouse. Côté français, sur les premières lignes, on ne construisait qu’avec du bois parce qu’on croyait à une guerre courte.

Entre ces blockhaus et les jeunes arbres replantés après la Grande Guerre il y a des trous d’obus et des barbelé. « Ce qui frappe quand on se balade dans cette partie de la France, explique Maurand Heyer, l’adjoint au maire de Pfetterhouse, c’est que cent ans après, on a l’impression que pas grand-chose n’a changé, sauf pour la forêt ».

André Dubail sur le point zéro de la ligne de front.

André Dubail sur le point zéro de la ligne de front.

Mais l’Elysée n’a pas retenu ce village de 1000 âmes. Pour le moment rien n’est décidé, explique-t-on au palais. Mais le site qui devrait voir François Hollande lancer les commémorations du centenaire serait l’ancien champ de bataille de Hartmannswillerkopf. Depuis, l’ancien professeur Alain Dubail ne décolère pas. Lui qui, en lançant son association, espérait mettre son village sur le devant de la scène, se sent oublié des commémorations. Il accuse l’IGN (Institut géographique national) d’avoir oublié son village sur la carte de la ligne de front, publiée cette année, et reproche aux organisateurs en charge des cérémonies de ne pas comprendre l’intérêt du site.

Pour sauver ce pan de mémoire, l’association reconstruit ces lieux de mémoire depuis 2008. Retraités et passionnés, ces bénévoles donnent quelques heures de leur temps pour essayer de faire vivre cette Histoire.

Recevoir le président français sur le début de la ligne de front, non loin de là où est tombé le premier soldat français aurait été un honneur pour la commune. Elle se sent oubliée. « Nous n’existons pas, rouspète Alain Dubail, tout le monde connait Nieuport (Belgique), l’autre côté du front, mais personne ne connait Pfetterhouse. C’est pour ça que nous avons voulu fonder cette association ».

Du côté de la mairie, on tempère : « Bien sûr, nous aurions adoré que François Hollande lance les commémorations de notre village, explique Maurand Heyer, mais nous sommes bien trop petits. La bataille de Hartmannswillerkopf  a été une véritable boucherie: 15 000 soldats français sont morts pour quelques centimètres de terre. »

Une commémoration aura lieu à Pfetterhouse, le 20 juillet, soit quinze jours avant le lancement officiel du centenaire de la Grande Guerre. Et pour accueillir les visiteurs dans ce village qui n’a ni chambre d’hôtel, ni supermarché, des chambres d’hôtes devraient voir le jour dans les prochains mois.

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