Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Le « superintendant » du cimetière américain de Bois Belleau consacre l’essentiel de son temps à l’accueil des familles venues des États-Unis pour se recueillir sur la tombe de leur proche. Un travail que ce Franco-américain prend très à cœur.

Publié le 5 mars 2014 · Julia Pavesi

David Atkinson est « superintendant » du cimetière américain de Bois Belleau. Pour le compte de l’American Battle Monuments Commission (ABMC), ce « technicien d’ambassade » franco-américain gère le site où il travaille et habite depuis 2007. De son bureau – qui est aussi sa maison – à l’entrée du parc, il dévoue sa fin de carrière à ce lieu, si symbolique dans la mémoire américaine : administration, entretien, accueil, visites, cérémonies de commémorations. Une vie de passionné.

David Atkinson déambule entre les croix de marbre parfaitement alignées. Non pas pour se recueillir sur la tombe d’un aïeul tombé au combat, mais pour vérifier que les travaux d’entretien suivent bien leur cours : « Herbe verte et croix blanches. » S’occuper d’une nécropole américaine, « un honneur » pour ce fils de soldat. Depuis 2007, il dirige une équipe de 15 personnes qui s’attellent à garder les 22 hectares (environ 30 terrains de football) de cimetière en bon état. Pour ce faire, une enveloppe de 600 000 dollars (437 000 euros) leur est allouée par l’Etat fédéral. « C’est beaucoup de paperasse administrative », concède-t-il, de retour dans son bureau où sont accrochés les portraits de tous les présidents de l’ABMC. Son français est parfait. Rien d’étonnant : il a grandi en France, avant de poursuivre ses études aux Etats-Unis. Désormais il essaie d’y retourner deux fois par an.

Atkinson cimetière

En plus du cimetière, David Atkinson est également responsable des 100 hectares de bois qui entourent la nécropole.

Tous les jours, il accueille les visiteurs, dont de nombreuses familles de Marines en pèlerinage. « Hier encore, une famille de Sioux est venue voir la tombe d’un ancêtre. A chaque fois, j’accompagne la famille sur la tombe du défunt en racontant l’histoire du site. Puis je sable la croix pour faire ressortir l’inscription gravée. » Même pendant la crise du shutdown, il n’a pas failli à son devoir. « On a dû fermer les grilles… mais en réalité, quand une famille m’appelait, je leur ouvrais. » Un touriste pousse alors la porte de l’accueil, l’appareil photo autour du cou. « May I help  you ? » salue le directeur sans hésitation. « Les Américains, je les reconnais de loin. Ils ont la démarche traînante » plaisante-t-il.

David Atkinson essaie d’obtenir des informations sur les soldats inconnus pour compléter le registre officiel.

David Atkinson essaie d’obtenir des informations sur les soldats inconnus pour compléter le registre officiel.

David Atkinson profite de ces rencontres pour collecter des informations sur les soldats. « J’ai réuni 800 photos déjà », précise-t-il en sortant les dossiers des soldats, le fruit « de longues recherches » à son initiative. « L’Histoire, et la Première Guerre mondiale, c’est une véritable passion. » Pour chacune des 2289 tombes – dont 250 de soldats non identifiés – cet ancien guide touristique dans l’Arizona a une anecdote à raconter. « Francis Lupo est mort dans les bras d’un camarade, toujours inconnu aujourd’hui », raconte-t-il en mimant la scène à l’intérieur de la chapelle.

1060 noms de soldats disparus sont gravés sur les murs de la chapelle.

1060 noms de soldats disparus sont gravés sur les murs de la chapelle.

A 17 heures, David Atkinson ferme le cimetière et retourne dans la maisonnette où il vit avec son épouse. « Mais si une famille arrive, même tard, j’arrête tout et je m’occupe d’elle. Ce n’est pas rien de traverser l’Atlantique. »

 

 

Mots-clés : , , , , , , .

Sur la route du sixième bataillon :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>