Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Au-delà de son aspect mémoriel, le tourisme de guerre revêt un enjeu économique important dans la Somme, où des touristes anglo-saxons reviennent chaque année sur les traces de leurs ancêtres disparus en 1916.

Publié le 5 mars 2014 · Adrien Lelièvre

Dans la Somme, où ont combattu vingt-cinq nations pendant la Grande Guerre, 75% des touristes de la mémoire sont étrangers. Alors qu’on célèbre le Centenaire du premier conflit mondial cette année, le département parie sur la clientèle anglo-saxonne pour cultiver sa différence.

Mieux vaut parler anglais dans la Somme. Chaque année, des milliers de touristes anglo-saxons y fréquentent les principaux sites touristiques de la Première Guerre mondiale. Villers-Bretonneux, Longueval, Pozières, Péronne ou encore Albert sont autant de destinations où vous risquez d’entendre la langue de Shakespeare. Et pour cause : le département a été le théâtre de la bataille de la Somme en 1916. Une bataille qui coûta la vie à près de 442 000 soldats, parmi lesquels de nombreux Anglais, Australiens, Néo-Zélandais ou encore Sud-Africains. Descendants de victimes, groupes scolaires ou simples passionnés d’histoire viennent se recueillir chaque année sur ces terres gorgées de sang et de souvenirs douloureux.

Une donne à laquelle les professionnels du tourisme de la Somme doivent s’adapter et sur laquelle le Conseil général et l’agence « Somme Tourisme » misent beaucoup. Création en langue anglaise d’une application de téléphone mobile (« Carnets 14-18 »), de sites internet, impression de brochures, campagnes de communication, etc. : tous les moyens sont bons pour offrir une information traduite sur les principaux sites touristiques du département. L’enjeu est de taille. Rien que pour cette année, la Somme espère 30 millions d’euros de retombées économiques pour les professionnels du tourisme. Celles-ci s’élevaient à 23 millions d’euros en 2011.

Le tourisme en hausse en 2014

Une aubaine pour un département qui, outre la baie de la Somme, a peu d’atouts touristiques à valoriser. Le département espère donc un « effet centenaire » qui doperait l’activité touristique. Pour cela, il tente d’entretenir son patrimoine historique et parraine des événements forts, à l’image de l’Anzac Day, destinés en priorité aux populations anglo-saxonnes. Il incite en outre les acteurs du tourisme de mémoire à se mettre à l’anglais et à connaître les principaux événements historiques de la guerre 14-18. Une nécessité pour que ces derniers soient capables de répondre efficacement aux questions des touristes étrangers. « Il faut savoir rassurer le touriste », explique François Bergez, directeur de Somme Tourisme et ancien directeur de l’historial de Péronne.

François Bergez, directeur de l'agence Somme Tourisme

François Bergez, directeur de l’agence Somme Tourisme

Exigeants et aisés, les touristes anglo-saxons veulent être accueillis dans de bonnes conditions. Le département veille donc à développer les transports en commun et à organiser des circuits touristiques balisés. « C’est le voyage de toute une vie », détaille François Bergez. Qui balaye d’une main les accusations d’instrumentalisation économique de la mémoire de la guerre. « Parfois je me dis : « il ne faut pas aller trop loin (…) Il ne faut pas exploiter la guerre de façon cynique. Et en même temps, il ne faut pas se voiler la face. La guerre, on l’a subie. Elle nous a meurtris dans notre chair et dans nos terres. Il faut sensibiliser les gens. Et qu’il y ait des retombées économiques pour les professionnels du tourisme qui mettent en œuvre un accueil spécifique, moi, cela ne me gène pas. »

Le département a su trouver le juste milieu entre mémoire et économie en ciblant les touristes des pays du Commonwealth. Il récolte aujourd’hui les fruits de sa stratégie et observe une hausse de la fréquentation touristique depuis le début de l’année. « Le marché britannique, c’est du velours », plaisante François Bergez. Tout l’inverse du tourisme allemand, qui reste lui embryonnaire. Un chantier à ouvrir pour l’après centenaire.

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