Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Musée, café, jardin, salle de concert : la Talbot House est tout sauf un lieu de mémoire figé dans le passé. Visite.

Publié le 5 mars 2014 · Olivia Cohen - Photos : Olivia Cohen et Marie Campistron

Une immense porte blanche, chargée de courbes et d’arabesques en fer forgé, vous accueille. Au-dessus, l’enseigne indique : « Talbot House, 1915- ? Every-man’s club ». Nous entrons dans un morceau d’Angleterre, situé à Poperinge, en Belgique. Non loin de là, à douze kilomètres, pendant la Grande Guerre, les troupes britanniques combattaient aux côtés des forces belges, sur la portion de front traversant Ypres, « the Ieper bow ».

« Poperinge a eu de la chance, c’est l’une des deux villes belges qui n’ont jamais été envahies et qui étaient relativement à l’abri des obus », confie Gertjan Remmerie, jeune guide au musée attenant à la Talbot House. C’est en 1915 qu’un jeune prêtre anglican fonde ce « club », doté d’une chapelle, d’une bibliothèque et d’une « dry canteen ». Comprenez un bar sans alcool, pour limiter les débordements parmi les 200 000 soldats en garnison à Poperinge.

Le repos du guerrier au jardin - Photo : Talbot House

Le repos du guerrier au jardin – Photo : Talbot House

La devise du club ? Pessimistes, passez votre chemin ! « De toute ma vie, je n’ai jamais connu d’endroit aussi bon pour le moral que la Talbot House » : le compliment est du général Sir Herbert Plumer, rendant hommage en 1929 à ces années passées à Poperinge. L’établissement tenait alors lieu de havre de paix. Les soldats pouvaient y oublier pour un temps la guerre, en jouant aux fléchettes ou en parcourant les allées du jardin, impeccablement entretenues jusqu’à aujourd’hui.

« Toujours un club à soldats »

« Nous accordons une grande attention à l’authenticité, nous nous battons pour maintenir l’endroit tel qu’il était pendant la guerre. C’est toujours un club à soldats, ouvert à tous », rappelle notre guide Gertjan. Certes, en ce jour de semaine, il n’y a pas foule à la Talbot House. Nous traversons le musée, la salle de concert, passons au jardin, gagnons les combles où se trouve la chapelle et achevons la visite au salon de thé. Sous le haut plafond de cette grande maison bourgeoise très « british », les murs sont pastels et le lustre agrémenté de pampilles étincelantes. Un piano noir, d’époque aussi, trône dans un coin, tandis qu’on nous sert du thé au lait sur de généreuses tables en bois.

Le salon de thé, havre de paix

Le salon de thé, havre de paix

Notre serveur, guide également et plus âgé que son jeune confrère, livre son analyse : « Vous avez visité le cimetière militaire de Lijssenthoek ? Là-bas, les morts sont alignés les uns à côté des autres dans leurs tombes. Ici, venaient essentiellement des jeunes gens ayant foi en l’avenir, qui songeaient à se marier et à faire des enfants. Cette maison a toujours été un endroit tourné vers la vie, tandis qu’un cimetière entretient le souvenir des morts. C’est là toute la différence entre ces vestiges du passé. » Durant la guerre, la Talbot House était un lieu d’oubli, oubli des combats et des violences. Elle est désormais un lieu de mémoire, où il fait toujours bon vivre.

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