Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

A Marre, dans la Meuse, Lucien Hergott gère la maison d’hôte du Village Gaulois. Il accueille les touristes allemands qui sillonnent les chemins de mémoire.

Publié le 5 mars 2014 · Anaïs Denet et Valentin Graff

Dans le petit village de Marre (Meuse), à 12 km de Verdun, le maire fait aussi office d’aubergiste. Lucien Hergott gère l’hôtel et maison d’hôte du Village Gaulois. Il accueille depuis 1974 les touristes allemands qui sillonnent les chemins de mémoire. Mais son premier souvenir du conflit remonte à l’enfance : on n’en parlait pas à la maison. Il écoutait son grand-père maternel qui avait combattu sur le front en 1917. « S’il abordait le sujet, c’était seulement avec son frère, qu’il considérait comme un planqué. Alors, la guerre recommençait. » Maire de la petite commune de Woustviller en Moselle, ce dernier y était le seul à parler français. « Non pas parce que c’était un érudit mais parce que môme, il avait été élevé à la DDASS de Haute Marne, où l’on ne parlait pas allemand. » En 1945, souffrant d’une occlusion intestinale, il refuse d’être admis à l’hôpital avant d’avoir accueilli l’armée américaine. Il mourra la veille de son arrivée.

Près de 70 ans plus tard, Lucien continue. Attablé à sa grande table de bois massif, il nous abreuve d’anecdotes. Plusieurs rencontres l’ont marqué. C’est le cas d’un groupe d’Allemands venu se restaurer dans son auberge. « Leur grand-père avait été sauvé à Douaumont par un Français pendant la guerre, se souvient-il. Parti seul, il était tombé dans un cratère d’obus rempli d’eau et risquait de s’y noyer quand un soldat de l’autre camp lui a tendu son fusil pour l’en sortir. » Dix ans plus tard, le soldat allemand retrouvait le propriétaire de ce fusil amical. Depuis, les descendants des  soldats allemand et français se retrouvent une fois par an pour commémorer cette rencontre incongrue.

Alors qu’il s’agite face à nous, les yeux pétillants de malice, d’autres souvenirs remontent. « Une fois, j’ai reçu une tablée de vieux visiteurs. En discutant, je me suis rendu compte que parmi eux se trouvaient les trois derniers à avoir quitté Cumières ! ». Cumières-le-Mort-Homme est un « village mort pour la France », situé à quelques kilomètres de Marre. Détruit pendant la Première Guerre, il est aujourd’hui inhabité. Pendant le conflit, les trois habitants vivaient dans la maison du garde-barrière. « Les Allemands ne voulaient pas bombarder cette zone proche de la voie ferrée, dont ils avaient besoin, explique Lucien. Ils ont évacué de force les derniers habitants. »

Il est tard, Lucien ne s’arrête plus. Mais les premiers clients arrivent, il est grand temps de dresser les tables. Quand on lui demande si être maire est une tradition familiale chez les Hergott, il répond avec humour. « J’ai été intérimaire, maire, grand-maire et arrière-grand-maire. Maintenant j’arrête, j’en ai marre ! Vu le nom du village, ça se justifie ! ».

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Sur la route du huitième bataillon :

Commentaires

  1. Bonjour,
    Pour honorer nos « poilus » à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, j’ai écris quelques textes que, bien entendu, les éditeurs ne veulent pas car faits de rimes….et paraît-il, ainsi disent leurs réponses, « ça ne se vend pas »!
    Je vous laisse mon site afin que vous en preniez connaissance.
    Cordialement.

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