Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Bus de touristes, installations massives, informations lacunaires : le tourisme de guerre est-il réellement bien conçu ? Ce n’est pas ce qu’affirment Thierry, David et Alain, trois passionnés de la Grande guerre du collectif d’Artois.

Publié le 6 mars 2014 · Héloïse de Neuville, Sofia Fischer et Clément Melki

« Le tourisme de guerre d’aujourd’hui ne sert pas l’Histoire. » La phrase est lâchée. A la Maison du Centenaire de Bully, trois passionnés de la guerre de 14-18 tentent de remettre la petite histoire au cœur de la grande. « On ne travaille que sur l’affectif, c’est-à-dire essayer de rétablir des contacts. Énormément de personnes cherchent la tombe d’un arrière-grand-père et ne la trouvent pas. Ils se posent des questions sur leur histoire. Alors nous, on fait le relais, c’est notre boulot, notre passion. » Quand un descendant vient les trouver pour connaître l’histoire d’un aïeul, ils l’accompagnent dans toutes ses démarches, de l’arrivée du train jusqu’à la possible découverte d’une sépulture.

Leur volonté de transmettre est omniprésente. Derrière eux, les vitrines exposent les objets quotidiens d’un Poilu et ils expliquent les mots d’argot comme si ils les avaient appris des soldats eux-mêmes.

Aujourd’hui, ils s’insurgent contre le tourisme de mémoire à grande échelle, ces bus de voyageurs qui sillonnent des paysages de guerre dans un parcours décontextualisé. « Ce genre de tourisme n’apporte rien à l’histoire, ce sont des gens qui vont venir voir des sites, prendre des photos, puis repartir chez eux. » Les trois hommes sont inquiets. En cette période de centenaire, alors que l’intérêt du public va redoubler, il ne veulent surtout pas que le « folklore prenne le pas sur l’histoire »

Alors que le mémorial international de Notre-Dame-de-Lorette sera achevé au printemps, ils s’étonnent de l’état parfois délabré des cénotaphes sur le lieu. Et surtout du manque d’informations délivrées aux visiteurs. « On dépense des millions pour créer de nouvelles installations, mais on n’est pas foutu de mettre un plan à l’entrée d’un cimetière. Il n’y a pas de signalétique pour éclairer le visiteur.» Thierry, David et Alain connaissent les détails de la Grande guerre dans leur région par cœur. Ils travaillent en symbiose. Après les premières charges lancées par Alain, les deux autres confirment : « les plaques sont tellement hautes que les noms des soldats sont illisibles pour les familles. »

Ultime affront, leur région souffre encore, selon eux, d’une méconnaissance due à ses défaites pendant les combats. Le fardeau d’une guerre « jugée trop statique et plombée par de mauvaises stratégies. » Pour eux, le temps presse. Dans cinq ans, ce qui est encore de la mémoire se figera définitivement en histoire.

 

 

Mots-clés : , , , .

Sur la route du troisième bataillon :

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>