Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Les terribles statistiques de la grande guerre ne sont, hélas, pas à la mesure du cerveau humain. Au cimetière militaire de Lijssenthoek, une architecture et un aménagement particuliers permettent aux visiteurs de comprendre l’ampleur de la tragédie.

Publié le 6 mars 2014 · Clément L’hôte et Maëlenn Bereski

Entre Ypres et Poperingue, un mémorial de la Commonwealth War Graves Commission (CWGC), regroupe trente nationalités et plus de 10 000 tombes. Ici, on ne ménage pas le visiteur : l’architecture du cimetière et de son musée replacent les curieux dans un contexte violent, leur permettant d’appréhender l’horreur du conflit, au-delà des chiffres.

Pour chaque jour marqué par – au moins – un décès, un jalon a été posé. 1392 en tout, et sur chacun, le nombre de morts représenté par autant de trous. Ce sentier d’accès au cimetière, passage obligatoire, met le visiteur face à la réalité du front. Le passant y défile au rythme des morts, plus d’une trentaine à chaque pas. Cent mètres qui deviennent insoutenables.

Presque soulagé, le visiteur arrive dans ce qui est devenu le havre de paix de 10 754 défunts. Les arbres centenaires qui les ont vus mourir veillent désormais sur leurs tombes de pierre blanche, disposés géométriquement sur cette pelouse impeccable.

Pendant la Grande guerre, Lijssenthoek abritait le principal hôpital d’évacuation du Saillant d’Ypres. Sur chaque tombe, un emblème représentant les territoires du Commonwealth – ultime souvenir de la terre natale pour ces soldats morts loin de chez eux. Les troupes néo-zélandaises et canadiennes y côtoient les hommes des régiments égyptiens.

Lijssenthoek est le deuxième plus grand cimetière militaire de Belgique.

Accolé au cimetière, le “centre des visiteurs”, un petit musée où la même logique prévaut : celle d’un visiteur replacé dans le contexte des tranchées. Une énorme base de données y référence chaque soldat, avec son « CV » : ville d’origine, grade, métier avant la guerre. Et surtout, le jour de sa mort, et le temps qu’il faisait à ce moment-là. Tout pour pouvoir se dire « Cela aurait pu être aujourd’hui, Cela aurait pu être moi ». Quelques-uns de ces soldats ont le droit à leur portrait sur le « mur des photos ». Une mosaïque de clichés en noir et blanc, disposée autour du « soldat du jour » mis à l’honneur sur un écran géant.

C’est lui que fixent, incrédules, deux jeunes flamands d’à peine 18 ans. Tirés de leur torpeur, ils expliquent qu’ils n’ont «pas d’ancêtres ici ». Pas de quoi désintéresser ces locaux : les cimetières militaires font « partie de leur patrimoine », d’ailleurs, « le centenaire étant l’occasion de venir ici ».

Qui a dit que la mémoire de la Grande Guerre se perdait ?

Qui a dit que la mémoire de la Grande guerre se perdait ?

En ce 4 mars 2014, le centre des visiteurs de Lijssenthoek ne reçoit que des Belges, en attendant les principaux intéressés. Les descendants de soldats du Commonwealth viendront seulement à partir du mois d’août. Au moment des premières commémorations, pour lesquelles ils parcourront les milliers de kilomètres qui les séparent de leurs ancêtres.

Lijssenthoek

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Sur la route du deuxième bataillon :

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