Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Le centre culturel de Fère-en-Tardenois prépare une exposition sur la mémoire locale de la Grande Guerre. L’occasion, pour les habitants, de redécouvrir le passé de leur famille.

Publié le 6 mars 2014 · Anne-Charlotte Waryn

Au centre culturel de Fère-en-Tardenois, les souvenirs surgissent. Au détour des rayons de la bibliothèque, on redécouvre d’anciens documents. Brigitte Duchemin travaille à l’organisation d’une exposition sur la mémoire locale de la Grande guerre. Et se replonge, émue, dans le passé de sa famille.

« Mon grand-père, Henri, nous parlait souvent de la guerre. Il nous racontait sa jambe gelée dans les tranchées de Verdun. Quand j’étais petite, ça me saoulait. Maintenant, je regrette de ne pas l’avoir interrogé davantage. » Depuis quelques jours, Brigitte Duchemin renoue avec la mémoire de sa famille. Retraitée, cette ancienne institutrice prépare une exposition de documents datant de la Première Guerre mondiale, au centre culturel de Fère-en-Tardenois. Le projet n’en est qu’à ses débuts, mais avec l’aide des bibliothécaires, quelques pépites ont déjà été retrouvées : des cartes postales jaunies, des journaux vieux de 100 ans. Et surtout, un album de famille.

L’émotion se lit dans ses silences. Dans ses mains, un souvenir qu’elle tient comme un trésor. Une photo de son grand-père en uniforme, en compagnie de quelques amis. Né en 1898, il n’avait que 16 ans lorsque la France est entrée en guerre. Sur l’image, un peu cornée, on devine la jeunesse de ces Poilus envoyés au front. Brigitte Duchemin se tait, saisie par ces visages d’adolescents qui ont connu l’horreur.

« Espérons que la fin va bientôt venir »

Une carte envoyé en 1916 par Paul Duchemin à son frère Henri, depuis un camp de prisonniers français à Sennelager en Allemagne.

Une carte envoyé en 1916 par Paul Duchemin à son frère Henri, depuis un camp de prisonniers français à Sennelager en Allemagne.

« C’est étrange. » Sur une carte postale, envoyée par son grand-oncle Paul, un cachet de la Kommandantur. Et la mention « prisonnier français ». « Je ne savais même pas que des soldats français avaient été emprisonnés par les Allemands ». Une jolie écriture, liée, appliquée, qui décrit pudiquement l’ennui et l’attente. « Ce qui semble le plus dur, c’est que ça devient très long, enfin espérons que la fin va bientôt venir, et que l’on se trouvera tous réunis », écrit-il à son frère Henri, le 3 septembre 1916.

Les cartes envoyées depuis les camps de prisonniers restent succinctes, et livrent, entre les lignes, l’inquiétude des familles séparées.

Les cartes envoyées depuis les camps de prisonniers restent succinctes et livrent, entre les lignes, l’inquiétude des familles séparées.

Cette guerre, Brigitte Duchemin commence seulement à l’explorer. Depuis qu’elle a repris cet album, elle questionne ses amis à ce sujet. « Tous me disent qu’ils ont des documents qui pourraient être utiles pour l’exposition. On parle beaucoup de la Seconde Guerre mondiale. On oublie la violence de la première. » Ce qui l’étonne, ce sont les anecdotes qui jaillissent dès que l’on évoque cette période. Elle mentionne les douilles ciselées, travaillées par les soldats et conservées par sa grand-mère, « mais tout a été jeté, ou brûlé ».

Une question revient souvent dans ses propos : pourquoi n’en parlait-on pas avant ? Troublée, cette dame aux cheveux courts refuse d’être prise en photo. « C’est mon grand-père qu’il faut mettre en avant, pas moi. Ils sont morts pour nous. On leur doit bien ça. »

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Sur la route du sixième bataillon :

Commentaires

  1. Bonjour,
    J ‘ai aussi quelques cartes et lettres de mon grand-père, soldat Belge prisonnier en Allemagne à Sennelager Bloc 2 14eme compagnie de commando n° 67.
    Si vous avez des infos, merci.
    Il est décédé quand j ‘avais une dizaine d’années et il ne m ‘a jamais rien raconté et mes parents non plus, c’est dommage.
    j ‘ai juste retrouvé la correspondance qu’ il a envoyé à sa femme durant sa captivité.

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