Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Dernier tronçon du front nord conservé en l’état, le Boyau de la Mort est un lieu emblématique de la Grande Guerre à Dixmude. Si les touristes viennent aujourd’hui parcourir calmement les dernières tranchées belges, la gestion de ce site a été une source de conflits pendant un siècle entre les autorités flamandes et le gouvernement national de Belgique.

Publié le 6 mars 2014 · Liza Kroh et Geoffroy Lang

Dernier tronçon du front nord conservé en l’état, le Boyau de la mort est un lieu emblématique de la Grande Guerre à Dixmude. Si les touristes viennent aujourd’hui parcourir calmement les dernières tranchées belges, la gestion de ce site a été une source de conflits pendant un siècle.

Lorsqu’un soleil printanier arrache des reflets au cours paisible de la rivière Yser, il est difficile de s’imaginer la violence des combats qui se sont déroulés au Boyau de la mort. Les sacs de sables originels ont été remplacés par des répliques en béton, mais la reproduction est fidèle puisqu’on peut distinguer les motifs de toile de jute, parfois mouchetée de mousse verte. Les photographies qui jalonnent ce dédale de tranchées replongent brutalement le visiteur dans la violence des combats de 14-18. Le parcours du Boyau de la mort offre un rapport direct, presque frontal à la guerre : l’absence de texte explicatif constitue une invitation à se glisser dans la peau des Poilus.

Dès le début de matinée, des familles sillonnent ce funeste labyrinthe dans un silence presque religieux. Pour certains, il s’agit d’un véritable pèlerinage, comme pour Pierre et Chantal Hamesl. A l’approche du centenaire, ils sont venus ici avec leurs quatre enfants pour rendre hommage à leur arrière-grand-père, Félix Bastin, un célèbre médecin militaire ayant perdu la vie dans le Boyau en 1917.

Félix Bastin, medecin militaire, est décédé dans lBoyau de la mort en 1917.

C’est la première fois que ces habitants de la région de Namur se rendent sur la tombe de leur ancêtre. Celui-ci a tenu à être enterré auprès de ses frères d’armes. Alors que leur fils cadet se passionne pour le Première Guerre à l’approche des commémorations, pour cette famille, c’est une nouvelle façon de renouer avec leur passé. Comme seul souvenir, leur aïeul leur a laissé son sabre d’apparat, transmis de génération en génération.

A l’écart du centre-ville de Dixmude, le Boyau de la mort attire surtout les visiteurs les plus avertis. Dries, Yanne et Faure ont 15 et 16 ans. Ils sont venus pour réaliser un reportage sur la Première Guerre mondiale.

Dries, Yanne et Faure, adolescents et passionnés de la Grande guerre

Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un programme scolaire flamand, le « Vlaanderen Vahantieland« , qui encourage les lycéens à réaliser des enquêtes sur différents thèmes de société. C’est de leur propre initiative que ces graines de journalistes ont choisi de traiter de la Grande guerre. Pendant une semaine, ils parcourent les Flandres et visitent les sites en rapport avec la guerre. Pour Dries, c’est devenu une véritable passion : « quand j’obtiendrai de bons résultats scolaires, j’aimerais bien aller à Verdun », déclare-t-il.

A l’entrée, un sergent s’occupe des visiteurs. Sa présence n’est pas étonnante : depuis 1994 le site appartient au domaine militaire. Pourquoi ? « Parce que le ministère de la Défense est très engagé dans la représentation de la guerre, explique Jan Van Derfraenen, historien du Musée de la Première Guerre mondiale à Bruxelles, et qu’il veut montrer que l’histoire n’a pas été oubliée ». Cela n’a pas toujours été le cas : depuis l’armistice, la gestion du Boyau de la mort est passée entre les mains de plusieurs acteurs.

Malgré l’essor du tourisme de guerre après le conflit, le Boyau de la mort attire peu de visiteurs. Construit avec des matériaux naturels, le site souffre en effet de l’érosion causée par sa proximité avec l’Yser. Le Touring Club de Belgique (TCB), une association de tourisme, assure la conservation du site, qui a traversé la Seconde Guerre mondiale sans dommages. Jusqu’aux années 1990, l’armée belge et le TCB travaillent de concert pour mettre en valeur ce témoignage du passé.

A partir de là, « cette période est marquée par beaucoup de polémiques » raconte Jan Van Derfraenen. Le Boyau de la mort est déchiré entre le TCB, les politiciens flamands et le gouvernement national. « En simplifiant à outrance, il avait un désaccord entre son caractère national et sa dimension flamande » explique l’historien. Après différentes batailles juridiques, le gouvernement attribue le site, alors en ruines, au ministère de la Défense. Cette mesure d’apaisement a permis la pleine restauration du lieu ; actuellement en travaux (mais ouvert au public), le Boyau sera intégralement accessible à l’été 2014. S’il accueille actuellement en moyenne 60 000 visiteurs par an, les organisateurs prévoient une affluence exponentielle à l’occasion du centenaire.

 

 

 

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Sur la route du premier bataillon :

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