Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Cette ancienne commerçante a hébergé des dizaines d’Australiens dans ses chambres d’hôtes, dont l’homme à l’origine de l’identification de 200 corps australiens en 2009. Sans pour autant se passionner pour l’histoire de la Grande guerre.

Publié le 6 mars 2014 · Justine Fontaine et Maëlenn Bereski - Photos : Maëlenn Bereski

Quand, en 2000, Denise Leroy ouvre des chambres d’hôtes à Aubers (Nord), où elle vit depuis plus de 40 ans, elle ne s’attend pas à ce que la Première Guerre mondiale entre dans sa vie. Les chambres d’hôtes, c’était parce que « dans la nouvelle maison, on avait un grenier de 75m2, et puis je venais d’être licenciée à 50 ans et, vous savez, à cet âge-là, on n’est plus vraiment sur le marché… », puis elle ajoute : « Vous savez, moi, je ne suis pas une passionnée d’histoire. Je trouve qu’on en parle beaucoup, des guerres, alors que ce sont des choses tristes. Je préfère me tourner vers l’avenir. Je ne suis pas quelqu’un de pessimiste »

Les premières années, des touristes passent bien de temps en temps, sur le chemin des cimetières du Commonwealth, nombreux dans les alentours d’Aubers, mitoyenne de Fromelles. Le rythme des visites reste tranquille.

C’est sans compter l’obstination d’un Australien, un certain Lambis Englezos. Passionné d’histoire, ce dernier déniche en 2002 un rapport allemand dans lequel les troupes indiquent avoir enterré 250 corps à « Pheasant wood », près de Fromelles. Or, à Fromelles, personne ne connaît « Bois faisan », ni n’a entendu parler de ces corps. Lambis Englezos poursuit pourtant ses recherches, se rend finalement sur place, et convainc les autorités de mener des fouilles.

« Là-bas, ils connaissent La Louisiane, ‘‘Le Louisiane’’ ils disent même »

« Lambis Englezos est resté 2 mois chez moi. A la veille des fouilles, quand la grue était déjà là, il n’était pas si fier, raconte Denise Leroy, ça l’intimidait quand même un peu… Mais le premier soir, ils avaient déjà trouvé des os. »

Plus de 200 corps seront finalement identifiés, et les fouilles suivies attentivement par les médias australiens. « J’ai eu droit aux journalistes, d’Australie, de France… On m’appelait à 11h du soir d’Australie pour demander après lui » raconte Denise Leroy, se demandant toujours comment la presse avait su où logeait Lambis Englezos.

Depuis, cette ancienne commerçante héberge régulièrement des Australiens. « Si on voulait, mon mari et moi, aller en Australie, ce serait simple comme un coup de fil ! Mais moi je leur ai dit, je ne ferai pas 24h d’avion », sourit-elle.

Ses chambres d’hôtes, « La Louisiane », fonctionnent principalement par le bouche-à-oreille. « Là-bas ils connaissent Fromelles. Je suis sûre que, si vous allez là-bas ils connaissent la Louisiane, « Le Louisiane », ils disent même. »

"La Louisiane, ça n'a rien à voir avec les Etats-Unis. L'ancienne propriétaire s'appelait Louise, donc on a fini par appeler la maison comme ça."

« La Louisiane, ça n’a rien à voir avec les Etats-Unis. L’ancienne propriétaire s’appelait Louise, donc on a fini par appeler la maison comme ça.« 

 

« Est-ce qu’on doit remuer tout ça ? »

Mais « 90 ans après, c’est bien, oui, peut-être pour les familles de savoir où étaient les corps, mais fallait-il le faire ? Est-ce qu’on doit remuer tout ça ? Fromelles, c’est un petit village, je pense qu’avec le chantier, les habitants ont dû se sentir un peu envahis, plus maîtres de la situation. »

Malgré ses questionnements, c’est la curiosité qui l’emporte chez Denise Leroy : « Je suis quand même surprise que les histoires de guerre mobilisent autant de personnes. » Comme cette fois où elle a vu arriver « deux frères anglais venus avec leurs bottes. Ils ont déplié sur la table une carte plein de stabilo sur les bunkers. Je jouais là-dedans quand j’étais petite, je me disais ‘‘ il n’y a rien à voir dedans’’, et eux, pendant deux jours, ils ont fait ça. »

Anglais ou Australiens, on trouve dans toute la maison des cadeaux donnés à Denise Leroy par ses visiteurs. Elle parle peu anglais, "mais avec les gestes, on finit toujours par se comprendre"

Anglais ou Australiens, on trouve dans toute la maison des cadeaux donnés à Denise Leroy par ses visiteurs. Elle parle peu anglais, « mais avec les gestes, on finit toujours par se comprendre« .

Les railleries bienveillantes envers ses clients ne laissent pas dupes. Denise Leroy a beau répéter qu’elle n’est pas passionnée d’histoire, elle se rend tous les ans dans la commune de Wadhurst, en Grande-Bretagne, jumelée avec Aubers. « Oui, vingt-cinq de leurs jeunes sont morts dans ma rue pendant la Première Guerre mondiale. »

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Commentaires

  1. Merci à Madame et Monsieur Leroy pour leur accueil à la Louisiane, qui permet de nombreuses rencontres internationales très intéressantes. Chacun a un bout d’Histoire à raconter et à transmettre.

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