Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Dans la région du Sundgau, au sud de Mulhouse, de nombreuses familles vivent avec des fortifications de la Première Guerre mondiale dans leur jardin. Reportage.

Publié le 6 mars 2014 · Elodie Hervé

A la sortie du village de Balschwiller, une marbrerie. Grue, pierres tombales, tracteur, entrepôt et maison typique alsacienne occupent le paysage. Mais si l’on regarde de plus près, sur la droite, à côté du grillage qui mène à la maison du patron, un blockhaus de la Première Guerre mondiale apparait.

Clés à la main, lunettes teintées vissées sur le nez, Jacques Gassmann est revenu vivre à Balschiwiller, il y a 25 ans. C’est dans ce village du Sud de Mulhouse qu’il a racheté le domaine de ses arrière-grands-parents. A côté du potager, qui remplace l’ancien verger, trônent une nouvelle maison, un entrepôt qui repose sur trois murs… et un blockhaus de la Première Guerre mondiale.  « Au début, je voulais en faire une cave à vin, explique le marbrier, mais vu l’état de la fortification, j’ai préféré murer. C’était trop dangereux. »

Après la guerre, ses arrières grands-parents ont utilisé ce vestige comme décharge. A l’époque, ni poubelle, ni évacuation, il était plus facile de se débarrasser des détritus de cette manière. « Quand je suis entré pour voir l’intérieur je n’ai trouvé que des déchets qui se décomposaient. Et les rats, les cafards et les araignées avaient repeuplé l’endroit. »

Son fils, Raphaël, la quarantaine ,s’active sur le chantier de la marbrerie. Un gilet orange sur les épaules, un casque de protection qui laisse passer quelques cheveux noirs, sur la tête, il raconte qu’au fil des ans, il ne remarquait plus le blockhaus. Un sourire aux lèvres, il regarde son père avant d’ajouter en chuchotant, y être entré une fois quand il avait dix ans. « Mais je suis sorti très vite, j’ai eu peur et c’était vraiment sale ».

Jacques Gassmann devant le blockhaus qui occupe son jardin.

Jacques Gassmann devant le blockhaus qui occupe son jardin.

Un mur en béton armé impossible à détruire

Construit pour résister à toutes les attaques armées de l’époque, le blockhaus est impossible à détruire. Un village voisin a cherché à en dynamiter un près d’une source d’eau. Sans succès. La fortification a bien été soufflée, mais elle est retombée, presque au même endroit. Sans aucune égratignure, mais tordue.

Alors, Jacques a cherché à dissimuler les traces de ce passé parfois trop pesant, dans cette région anciennement allemande. D’un côté, il a construit un chenil pour son chien, de l’autre, un entrepôt pour abriter son appareillage agricole. Et aux pieds du blockhaus, une cave à carottes, dans laquelle il entrepose ses légumes.

« J’aurai préféré que cette fortification soit dans le jardin du voisin, lance le marbrier le regard dans le vide. Ce n’est vraiment pas très esthétique ». Il se retourne, dévisage l’imposant blockhaus et ajoute « maintenant, comme j’ai toujours vécu avec dans le jardin je pense que s’il devait être enlevé, ça me ferait très mal au cœur. C’est juste dommage pour la cave à vin ».

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