Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

A Amance l’histoire se raconte à plusieurs voix. Tous en chœur les habitants de ce petit village nous guident à travers les moments les plus marquants de la commune qui a sauvé Nancy au début de la guerre de 14. Rencontres hasardeuses, espoirs et déceptions, longue marche et courtes entrevues, récit d’une journée longue de cent ans.

Publié le 7 mars 2014 · Lenny Pomerantz

Marcher sur la ligne de front pour rapporter, raconter, décrire, tel est notre objectif cette semaine. A travers les histoires des villages, les anecdotes des habitants, les souvenirs des anciens, on essaye de faire vivre la mémoire. Pas toujours facile quand on débarque à l’improviste dans les villages. Chaussez les godasses, on vous emmène dans les coulisses de notre reportage à Amance. 

9h13, arrivée à Amance. Le petit village a été massivement bombardé pendant la guerre, on parle de dizaines de milliers d’obus en quelques jours, il doit forcément en rester des traces. Premier réflexe, se rendre à la mairie pour présenter notre projet et essayer de trouver des interlocuteurs contemporains d’Edith Piaf.

Première déception, ici la mairie n’ouvre que le lundi et le jeudi entre 17 heures et 19 heures. Heureusement, Martine qui lit le désespoir sur notre visage nous vient en aide. « Prenez cette rue et sonnez à la deuxième maison sur votre droite, vous allez trouver quelqu’un pour vous parler. » Trois sonnettes et autant d’échecs plus tard on tombe un peu par hasard sur la doyenne du village : « la Marcelle ».

La nonantaine bien entamée, la voix tremblante et le débit saccadé, elle nous raconte que c’est grâce à Amance que Nancy a été sauvée. « Si on n’avait pas résisté, les Allemands auraient atteint la ville » raconte-t-elle, mais le prix à payer est lourd, « puisqu’une grande partie du village a été rasée ». La dame ne peut pas nous en dire plus, elle a besoin de temps pour rassembler ses souvenirs mais elle n’en a pas aujourd’hui entre la visite du médecin et le ménage qu’elle doit faire. Elle nous donne quand même un petit filon : « Continuez dans cette rue et sonnez dans dix numéros. »

On atterrit alors chez Geneviève Mortin qui a plusieurs ouvrages très bien documentés sur l’histoire du village. « Vous pouvez recopier si vous voulez, c’est très bien expliqué », nous dit-elle. Pour l’humain c’est encore raté. Heureusement, elle pense au dernier moment à un jeune agriculteur qui a retrouvé des restes d’obus et de douilles dans ses champs.

On part à la recherche de Yann Doridan qui nous donne finalement rendez-vous dans l’après-midi. Pas toujours évident de rencontrer les gens à l’improviste, une chance qu’il ait le temps de nous montrer ses trésors un peu plus tard. En attendant on décide de se rendre à la ferme de Jard, dont les propriétaires ont quelques uniformes de soldats. Pas de numéro pour les joindre, mais l’espoir de les trouver dans le coin.

« Revenez à l’heure des Chiffres et des lettres »

Une heure de marche, quelques flaques et vingt-sept vaches plus tard, on sonne. Puis on toque. Personne. Tant pis. Il est déjà temps de rejoindre le centre-ville. Retour à la case départ devant la fameuse mairie qui n’est donc toujours pas ouverte. Yann l’agriculteur nous amène dans son grenier et nous montre sa collection d’objets trouvés alors qu’il labourait. Les éclats d’obus ne ressemblent à rien et on n’est pas sûr que les douilles soient de la Première Guerre mondiale.

A défaut d’obus, on trouve des restes d’animaux non identifiés.

A défaut d’obus, on trouve des restes d’animaux non identifiés.

Cette nouvelle déception, c’est un peu notre lot quotidien. On croit qu’on va réussir à débarquer dans un village avec notre bonne bouille et notre volonté et qu’on racontera l’histoire du siècle. Mais pour le scoop, il faudra donc encore patienter. Le maraîcher nous redirige quand même vers une autre maison, celle de Jacques.

Rien de nouveau à l’Est, lui aussi a collectionné quelques obus dans sa jeunesse et nous répète que la ville a sauvé Nancy. Lui aussi nous indique une maison en contrebas dans laquelle habite quelqu’un de plus âgé qui pourra mieux nous parler de 14. Un dénivelé plus loin on se retrouve devant chez Paul Munier « qui fait la sieste », dixit son fils. Jean, avec son faux air de Chevènement, nous demande de revenir « à l’heure des Chiffres et des lettres », mais d’après lui c’est plutôt son frère ainé qu’il faut contacter. Il habite plus loin lui aussi, « mais pas à Amance. » Mince.

La journée se termine ou presque, avec un goût d’inachevé, le sentiment d’avoir rempli le contrat mais pas encore de l’avoir signé. Si on veut perpétuer le souvenir, raconter le passé et dans notre cas, d’une façon humaine, il faut du temps. Il n’en reste plus beaucoup aux fils et filles de. C’est pour ça que cette semaine on marche pour l’Histoire.

La vue depuis l’Eglise qui a été touchée pendant la guerre. Bonne journée en perspective.

La vue depuis l’Eglise qui a été touchée pendant la guerre. Bonne journée en perspective.

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Sur la route du neuvième bataillon :

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