Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

C’est un bijou de la Grande Guerre : un hôpital souterrain à 5 km du front de Leintrez avec une grande capacité d’accueil. Mais il n’a jamais servi, est tombé dans l’oubli et a été récemment redécouvert. Histoire d’un bâtiment dont le seul fait d’arme est de ne pas en avoir.

Publié le 7 mars 2014 · Vincent Lenoir - Photos : Sonia Collavizza

Dommage. C’est le sentiment qui s’impose face aux ruines de cet hôpital souterrain à 5 km du front de Leintrey. Sa construction s’est terminée en même temps que la guerre. Histoire d’un bâtiment qui aurait pu être un héros mais dont le seul fait d’arme est d’avoir accueilli des champignons.

On en regretterait presque que la guerre n’ait pas duré plus longtemps. Humour noir mis à part, l’hôpital militaire souterrain de Domjevin n’aura pas connu le passé héroïque souvent accolé aux monuments de la Première Guerre mondiale. « L’hôpital n’a jamais servi, aucun blessé n’y est jamais venu. Ou peut-être un ou deux, pas plus, mais on n’en sait rien » explique François Charbonnot qui brise d’emblée toute la solennité du lieu.

Les éboulements et les crevasses ne sont pas dus aux bombardements. Mais simplement aux écroulements du toit sous le poids des arbres et à l’absence d’entretien des charpentes

Les éboulements et les crevasses ne sont pas dus aux bombardements, mais simplement aux écroulements du toit sous le poids des arbres et à l’absence d’entretien des charpentes.

Cet ancien lieutenant-colonel de la Légion étrangère à la retraite a participé à la redécouverte de l’hôpital l’année dernière. « Les locaux auraient pu accueillir une centaine de blessés assis-debouts et entre 15 et 20 allongés. Avec le personnel, il pouvait y avoir au moins 150 personnes dedans », raconte-t-il, à l’aide de sa lampe, dans les couloirs centraux assombris du lieu. D’ailleurs, c’est tout ce qui reste du bâtiment qui s’étalait sur plusieurs dizaines de mètres carrés car, depuis, « tout le reste s’est effondré. » « Ici, il devait y avoir la pharmacie, la salle d’opération mais aussi les lieux de vie pour le personnel », montre François Charbonnot sur le toit de terre qui s’est écroulé.

 L’hôpital contenait de nombreuses salles : pharmacie, bloc opératoire, cuisine… Il n’en reste que 3 couloirs. Ici, la sortie qui débouchait sur l’ancienne voie ferrée

L’hôpital contenait de nombreuses salles : pharmacie, bloc opératoire, cuisine… Il n’en reste que 3 couloirs. Ici, la sortie qui débouchait sur l’ancienne voie ferrée.

Car l’hôpital était construit dans la terre, à peine à 5 km de la ligne de front, qui n’a pas bougé après septembre 1914. « Les Français ont commencé les travaux car les Américains sont arrivés. En plus, il était directement relié au chemin de fer vers Thiébauménil. Aujourd’hui, plus rien de tout ça n’existe. » En résumé : un hôpital spacieux, à proximité des combats, caché dans la terre et relié à la base arrière… qui n’a jamais servi.

Depuis les années 20 le bâtiment en ruine a été complètement oublié. Quelqu’un en avait même fait une champignonnière

Depuis les années 20, le bâtiment en ruine a été complètement oublié. Quelqu’un en avait même fait une champignonnière.

« Le bâtiment avait été classé monument historique dans les années 20 mais est complètement tombé dans l’oubli. Les charpentes effondrées, on ne peut rien en faire : ça coûterait trop cher et ce serait trop dangereux. Imaginez si un gars tombe et est enseveli » raconte François Charbonnot, impliqué dans la politique touristique de la communauté de communes de la Vezouze. « On a retrouvé l’hôpital il y a un an. Il y avait même un type qui y cultivait des champignons. » Résultat, un panneau a été installé pour indiquer le lieu ainsi qu’une table de pique-nique pour les rares promeneurs. Triste fin pour cet hôpital qui n’a pourtant connu aucun malheur.

François Charbonnot, ancien conseiller communal, regrette l’abandon du lieu mais « qui payerait ?

François Charbonnot, ancien conseiller communal, regrette l’abandon du lieu, mais « qui payerait ? »

 

 

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