Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Le fort de Manonviller a permis de contenir l’avancée allemande sur Nancy en août 1914. Il est encore possible de visiter ces dédales de galeries plongés dans l’obscurité.

Publié le 7 mars 2014 · Vianey Lorin

Tout commence par un petit chemin de terre à travers les arbres. On ne voit rien au bout. Un bidon rouillé et percé de multiples trous attire l’œil. Peut être un héritage de la Grande guerre, mais comment en être sûr ? Soudain il apparaît. La porte immense s’engouffre sous une colline au sommet de laquelle la nature a repris ses droits. Sur la façade du fort de Manonviller, les grandes fissures courent comme autant de cicatrices laissées par le conflit. La lutte en août 1914 y a été terrible et sans son existence, Nancy serait sûrement tombée.
A l’intérieur, c’est un dédale de galeries, de salle de repos ou de communication, le tout plongé dans une obscurité que vient parfois éclairer une petite ouverture dans la roche. Au sol, la boue fait parfois trébucher. Il faut progresser à l’aide d’une lampe. En 1914, le fort était totalement électrifié et accueillait près de 800 hommes du 167e régiment. Équipé de quatre tourelles comportant chacune deux canons, il est à l’époque l’un des forts les plus puissants du monde.

Sur les murs on peut observer les graffitis des soldats en faction dans le fort

Sur les murs, on peut observer les graffitis des soldats en faction dans le fort.

Pendant trois jours, du 25 au 27 août, 55 000 soldats allemands voulant déferler sur Nancy encerclent le fort. Des milliers d’obus pleuvent sur le régiment français. «Au matin du 27, un Français sort en éclaireur. A travers la brume il aperçoit un canon et les casques à pointe. Alors il se retourne lentement et rentre dans le fort. Il a du penser ‘Houla, ce que je vais prendre’ », raconte Jean-Denis Hainzelin, conservateur de l’association Hommage aux combattants du fort Haxon, qui rénove le monument. Suite à cette découverte, le 167e régiment se rend. Les Allemands poursuivent alors leur route pour prendre Nancy, mais ces trois jours passés à prendre le fort les ont ralentis. Ils arrivent trop tard, le reste de leur armée s’est déjà repliée. La place Stanislas restera française.

 Les restes d’un abri de soldats

Les restes d’un abri de soldats

Aujourd’hui, l’association de Jean-Denis Hainzelin s’échine pour remettre le site en état : « On est cinq ou six à travailler là. On dégage la terre des galeries, on essaie de conforter certaines zones. Ca va nous prendre toute notre vie, ça se fera même sur des générations », constate le conservateur. En cause, les poids des années mais aussi des dégradations : « Il y a des gens qui viennent faire la fête dans le fort et qui ne respectent rien. On a mis des caméras pour voir leur visage. Sur les vidéos il y a des types qui se baladent l’air hagard. Sans parler des vols. J’ai caché des morceaux de la Grosse Bertha, sinon on se les fait dérober. Ca coûte une fortune », déplore M. Hainzelin.

Pourtant pas question pour l’association de solliciter une aide des pouvoirs publics : « Ici, c’est financé grâce à la sueur humaine et aux gens qui viennent visiter. Nous ne voulons pas de subventions. Nous sommes fiers et libres », s’enorgueillit le conservateur. « Je ne veux pas faire du pognon, je veux faire voir ça aux fanas. »

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