Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Cent ans après la Première Guerre mondiale, la germanophobie s’est réduite comme une peau de chagrin. En Alsace, les haines sont éteintes, depuis longtemps déjà.

Publié le 7 mars 2014 · Adrien Gavazzi

La réconciliation franco-allemande, fer de lance de la construction européenne, s’incarne tout à fait en Alsace. Dans la vallée de Munster, où Allemands et Français se sont livré des combats sans merci, la Première Guerre mondiale n’est plus qu’un lointain souvenir.

Malgré ses 84 ans, Friedrich Kolb galope avec nous sur les sentiers escarpés des Vosges, à quelques kilomètres du mémorial du Linge. Là même où sont tombés nombre de ses compatriotes il y a un siècle. « Des jeunes de 18 à 25 ans, pour la plupart des chasseurs alpins venus de Bavière », raconte-t-il en allemand, sa langue natale :

Originaire de Karlsruhe, « Fritz » est marié depuis trente ans à une Alsacienne, Hélène Kolb. Le couple s’est établi à Hohrodberg, une bourgade qui surplombe la vallée de Munster. Chez eux, un nombre incalculable de livres trône sur les étagères, où la langue de Molière le dispute à celle de Goethe. Un ménage franco-allemand comme il en existe beaucoup dans la région : les vieilles rancœurs appartiennent bel et bien au passé.

 Hélène et Friedrich Kolb

Hélène et Friedrich Kolb

Certes, on trouvera encore un ressentiment tenace chez quelques « anciens » comme on les appelle ici. Mais ils sont de plus en plus rares. Le temps a fait son œuvre : l’heure est à l’apaisement, voire à l’oubli. « Mes grands-parents ne me parlaient guère de 14–18. Quant à ma mère, ça ne lui évoquait pas grand chose », se souvient Hélène Kolb :

La frontière n’a jamais été aussi proche

Aujourd’hui, entendre parler allemand au détour d’une rue est chose courante : la frontière n’a jamais été aussi proche. « Les touristes allemands, c’est notre gagne-pain ; vous imaginez bien qu’on ne va pas cracher dessus », s’exclame un commerçant. La « réconciliation franco-allemande » est d’une telle évidence que le prêtre du coin, Jean-Louis Hug, ne prend pas la peine de l’évoquer à l’office, même en cette année de commémoration : « Les esprits ont mûri dans le bon sens. »

La religion reflète bien cette évolution des mentalités. Au couvent protestant de Hohrodberg, à l’heure du dîner, la tablée écoute en silence la prière que récite sœur Danielle. Commencée en français, elle se poursuit en allemand : ici, toutes les sœurs sont bilingues. L’une d’entre elles est même allemande. Et ça ne date pas d’hier : « Il y a trente ans, le pasteur faisait la messe en allemand », rappelle Hélène Kolb en feuilletant une Bible traduite dans les deux langues.

C’est que l’Alsace est profondément biculturelle, au point d’avoir une identité propre dont s’enorgueillissent ses habitants :

Plutôt que de traîner le boulet de son passé, la région va de l’avant : « Il y a le temps des larmes, et le temps de la mémoire », conclut Dominique Jardy, conservateur du musée du Linge.

 

 

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