Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Cet ancien militaire – artificier puis chef de la section symbolique de l’armée – dédie désormais son temps aux associations qui font vivre la mémoire de la Première Guerre mondiale.

Publié le 7 mars 2014 · Robin Prudent - Photo : Margot Delpierre

« Je suis un peu comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit. » Ce sont les premiers mots de Gervais Cadario lorsqu’on aborde sa passion pour la Première Guerre mondiale. « Je jouais dans les tranchées. Les vieux ne racontaient rien à leur famille. Mais à moi ils me passaient tout », ajoute-t-il, une balle accrochée à son porte-clés. Très jeune, il part faire son service miliaire et se retrouve à Verdun « par hasard » pour faire ses six mois de classes. Après ce coup du destin, tout va s’enchaîner dans sa carrière de militaire pour façonner le spécialiste de ce conflit qu’il est aujourd’hui.

M. Cadario devient artificier dans l’armée en 1966. Il se spécialise progressivement dans la destruction de munitions, notamment en Champagne où il se retrouve face à des tonnes de reliques de la Grande guerre. À force de déterrer des obus et des grenades sur la ligne de front de la Marne, il se renseigne et se spécialise dans le militaria – l’artefact de l’activité militaire. « On m’appelle toujours lors de la découverte de corps ou de galeries souterraines », précise-t-il, cigare à la main. À 41 ans, il ne peut plus faire partie des « paras » et son chef de corps le place au service historique de l’armée à Vincennes. Lui qui a connu seulement le terrain se retrouve dans un bureau et étudie deux années l’histoire et l’héraldique à l’école du Louvre. Cette formation l’emmène au Sénégal, où il monte un musée à Dakar et en réhabilite un autre à Saint-Louis du Sénégal.

Un engagement total

Aujourd’hui, Gervais – « comme les petits suisses » – Cadario accepte des missions ponctuelles et beaucoup de bénévolat pour des associations de mémoire. « Je suis serein, on a affaire à des érudits, ils mériteraient d’être historiens », précise-t-il, fier de pouvoir apporter son expertise, comme il l’a déjà fait lors de la réalisation de films tel qu’Un long dimanche de fiançailles. Il n’a jamais été censuré dans ce travail de mémoire au sein de l’armée, mais plaint la génération précédente qui devait cacher les sépultures pour ne pas avoir de problèmes.

Il aborde régulièrement le cas des « P.C.B. » – les pilleurs de champs de bataille – qui ratissent de plus en plus régulièrement la région pour retrouver des objets de la guerre à revendre. « On a des vrais poètes, des intellectuels », ironise-t-il en se remémorant les nombreuses explosions d’obus qui ont accidenté ces chercheurs imprudents. Mais c’est d’abord « le manque de respect des équipes organisées au seul but lucratif et au détriment des corps » qui le révolte. Son ton calme et franc se durcit, lorsqu’il se rappelle avoir « choppé des types qui ouvrait les tombes du cimetière de Nauroy pour les piller ». Lui qui avait deux grands-pères dans cette guerre ne peut accepter de telles offenses.
Il démarre son 4×4 et conclut, paraphrasant Brassens, « j’aime l’Histoire, mais celle que je préfère c’est la guerre de quatorze dix-huit ».

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