Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Dans le café-restaurant « L’Abri des pélerins », il n’y a ni bruit, ni musique. La propriétaire, Sylvaine Vaudront, tient à respecter le repos des milliers de soldats enterrés dans l’Ossuaire de Douaumont, juste à côté.

Publié le 7 mars 2014 · Kpénahi Traoré

La ferme du Thiaumont, un  lieu d’hébergement des ouvriers qui ont construit l’Ossuaire de Douaumont (nécropole inaugurée en 1932, afin d’offrir une sépulture décente aux soldats tombés à Verdun pendant la Guerre de 14-18), une aumônerie. Ce sont les nombreuses transformations que le café-restaurant « l’Abri des pèlerins » a connues depuis la Grande Guerre jusqu’à nos jours.

Situé sur le champ de bataille, il a une architecture anglo-normande avec des fenêtres guillotines, des murs en petites briques grises. A l’intérieur, les chaises et les tables disposées de façon rectangulaire. Tout est calme, aucune musique, même pas en fond sonore. Tout est fait pour ne pas troubler le sommeil des morts. Le nom de ce café-restaurant en dit long sur l’ambiance qui y règne. « Autrefois, il accueillait les pèlerins qui venaient sur les traces de leurs familles disparues », raconte la propriétaire Sylvaine Vaudron.

C’est comme si le vent de tranquillité et de recueillement du cimetière militaire soufflait jusque dans ce lieu.  On a l’impression d’y communier avec ces milliers de soldats couchés sous des croix blanches à quelques centaines de mètres de là.  De vieilles photos en noir et blanc du village de Douaumont sont accrochées aux murs. Au-dessus du bar, les drapeaux français, américain, allemand, italien, suisse et européen sont plantés dans un pot. Symbole et souvenirs du passage de citoyens du monde. Madame Vaudron tient à préserver la sérénité et le respect qui caractérisent ce lieu hautement historique et symbolique de la Première Guerre mondiale.

« Je préfère être ici qu’à Verdun. C’est très calme, on a les petits oiseaux qui nous réveillent le matin ; on n’a pas l’impression d’être dans un lieu triste. Le passé de Douaumont est très lourd, mais on est en même temps dans un cadre de vie unique. C’est empreint de beaucoup de recueil. Quand les gens viennent ici, ils sont calmes, on ressent un certain respect face à ce cimetière à ciel ouvert. C’est pour cette raison que dans le restaurant, nous ne mettons pas de musique. C’est une volonté personnelle de notre part pour que les gens, quand ils rentrent chez nous, continuent de réfléchir à ce qu’ils viennent de voir. Qu’ils se rendent compte de la fragilité du monde dans lequel nous vivons. »

Sylvaine Vaudron, propriétaire du café

Sylvaine Vaudron, propriétaire du café

Un village mort, huit habitants

Plus de dix ans que la famille Vaudron a quitté Domrémy-la-Pucelle, dans les Vosges, pour reprendre le restaurant. Il était géré auparavant par Marie-Claude Minmeister, maire de Douaumont, l’un des neuf villages dits « morts pour la France » et l’un des trois où il reste encore de la vie, malgré le nombre très réduit de ses habitants. Ils sont en effet huit personnes à habiter Douaumont : la famille de Sylvaine Vaudron et la famille d’Olivier Gérard, le directeur de l’Ossuaire. Dans quelques semaines ce sont les élections municipales. Scénario inimaginable, six électeurs devront voter pour six candidats. Résultat : on connait déjà la composition du futur conseil municipal de Douaumont.

Le frère de la propriétaire de « l’Abri des pèlerins », Richard Enrici, ne cache pas non plus son sentiment de vivre dans un village de moins de dix habitants. Il a longtemps vécu à Paris avant de rejoindre sa sœur à Douaumont, pour profiter « d’une vie tranquille loin des grandes villes. » Sa sœur se laisse aller dans le récit d’une expérience vécue avec sa petite-fille.

 « Je suis ravie d’être là, pour rien au monde je ne laisserais ma place. J’ai cinq petits-enfants. Quand ils viennent ils me disent « Mamy, tu viens ? On va aller voir la guerre. » Pour eux, c’est comme un jeu.  Un jour je me promenais avec ma petite fille de 8 ans qui ne savait pas encore bien lire. Elle me demandait ce qui était écrit sur les croix. Je lui ai expliqué que c’est le nom d’un soldat, et que c’est écrit « mort pour la France ». Elle a posé sa main sur le côté de la croix et fièrement, elle a répété « mort pour la France ». Elle est passée à la deuxième ligne, elle a remis la main, « mort pour la France ». Elle m’a fait toute la ligne comme ça, mais avec un tel respect que j’en étais émue. J’en ai encore des frissons. Elle est petite mais elle a compris qu’ils sont morts pour notre pays. »

 

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Sur la route du huitième bataillon :

Commentaires

  1. Je tenais à remercier toute l’équipe du reportage fait à Douaumont, le 7 mars dernier.
    C’est un magnifique résumé sans trahir mes sentiments. Je vous félicite, et vous souhaite une belle réussite dans votre cursus . peut-être nous reverrons nous un jour?

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