Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Les habitants de Noyelles-Sur-Mer ne connaissent pas l’histoire de ces défunts étrangers. Même pour les anciens, l’histoire de ce petit millier de Chinois enterrés ici n’est pas claire.

Publié le 7 mars 2014 · Ninan Wang

Entre 1916 et 1917, des milliers de Chinois débarquent à Noyelles-Sur-Mer pour construire des chemins de fer sous contrat britannique. Parmi ces ouvriers, 880 ont été enterrés dans la commune. A l’arrière du front, à l’écart de l’histoire.

Une inscription en chinois sur la porte du cimetière

Une inscription en chinois sur la porte du cimetière

Ces travailleurs sont originaires pour la plupart du Nord-est de la Chine. Une main d’œuvre peu onéreuse chargée de construire, avec des outils rudimentaires, une ligne de chemin de fer de secours en cas d’attaque des Allemands. Les travailleurs chinois périssent à cause des conditions de travail, des mauvais traitements de l’armée anglaise et du virus de la grippe espagnole. Si l’immense majorité est rentrée en Chine à la fin des hostilités, poussée vers la sortie par les habitants des communes, certains s’établirent dans le quartier de la gare de Lyon, à Paris. Les autres sont enterrés dans le cimetière de Noyelles.

Madame de Valicourt, la femme de l’ancien maire de Noyelles-Sur-Mer, se souvient d’une étudiante en histoire qui a fouillé dans toutes les bibliothèques parisiennes sans rien trouver sur ces travailleurs. « Elle n’a trouvé que trois lignes. Pas plus que ça. Et dans ces trois lignes, elle a trouvé le cimetière chinois de Noyelles-Sur-Mer. »

Les habitants de cette petite commune ne connaissent pas l’histoire de ces défunts étrangers. Même pour les anciens que l’on rencontre appuyés au bord des fenêtres pour profiter du soleil hivernal, l’histoire de ces forçats asiatiques n’est pas claire. « Ils ne sont pas restés assez longtemps dans la commune pour pouvoir s’intégrer », analyse de son côté Michel Letocart, maire de Noyelles-Sur-Mer.

Un travailleur qui s'occupe de l'entretient du cimetière

Un travailleur qui s’occupe de l’entretient du cimetière

Les Chinois sont morts ou ont quitté Noyelles avant que ne naisse le moindre rapport amical avec les villageois. Ces ouvriers du rail avaient l’obligation de rester au camp, confinés derrières des barbelés. Le lendemain de la nuit du 23 mai 1918, quand le dépôt de munitions de Saigneville a été bombardé, beaucoup d’entre eux ont été trouvés morts ou agonisants. Les habitants sont restés silencieux face aux humiliations de l’armée britannique. « On les voyait se faire battre comme des chiens par les gardes anglais. On les déchaussait, déshabillait, allongeait sur des tables et flagellait jusqu’au sang », rapporte Roger Pruvos, ancien habitant de Noyelles au moment des faits, dans des archives conservées à la mairie de la ville. Dans son œuvre « La baie de Somme » Joseph de Valicourt, un habitant de la région, décrit le calvaire des Chinois : « Ils achètent à n’importe quel prix les objets les plus insignifiants… Un franc pour une pomme. »

Ainsi ont été traités les premiers Chinois par le monde occidental. Une histoire sombre dans la guerre, une histoire enterrée avec les témoins de l’époque, une histoire oubliée par les vivants.

 

 

 

 

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