Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Moins célèbres que ceux de 39-45, les camps de prisonniers allemands ont fait partie du lot de souffrances de la Grande guerre. Dans son dernier ouvrage, l’écrivain d’Hazebrouck Jacques Messiant fait revivre l’histoire d’un couple flamand – séparé par le conflit – à travers leur correspondance.

Publié le 7 mars 2014 · Texte : Olivia Cohen - Photos : Clément L’Hôte

Jacques Messiant consacre sa plume à la Flandre et raconte la longue captivité d’un soldat morbecquois dans un roman épistolaire fleuve.

« La sorcellerie et la cuisine traditionnelle, c’est mon fonds de commerce ! » L’ancien instituteur se proclame avant tout flamand de France : Jacques Messiant est l’auteur d’une œuvre prolifique (42 ouvrages dont quatre romans), dédiée exclusivement à la Flandre. « Je me définis comme un écrivain ancré dans sa région, c’est ma profession de foi ! » Affable et intarissable, l’homme nous reçoit dans sa maison d’Hazebrouck autour d’un jus d’orange, pour son ouvrage Le Prisonnier flamand, inspiré de faits réels remontant à la Première Guerre.

Henri s’inquiète pour sa femme, dont il ébauche la tristesse.

Henri s’inquiète pour sa femme, dont il ébauche la tristesse.

Jacques Messiant a bien connu  ses protagonistes : Henri, un poilu fait prisonnier en Allemagne dès le début du conflit, et Gabrielle sa femme, restée seule à gérer la ferme et élever leur petite fille de six ans. « Lui est mort en 1951, je suis né en 1942 à Morbecque. » À partir des 550 lettres que le couple échange lors de la captivité d’Henri, l’auteur brosse un récit intimiste et touchant, narrant la grande histoire du point de vue de la petite. « Je voulais parler des prisonniers de guerre, un sujet qui n’a quasiment pas été traité. Et puis je souhaitais rendre hommage à ma famille : à mon grand-père, à celui de mon épouse, tous deux morts au front et originaires du même coin qu’Henri. Et aussi, ça me démangeait de filer un grand coup de pied au cul du Maréchal Joffre, qui avait coutume de dire qu’un bon soldat est un soldat mort à la guerre ! »

« Une fois que j’aurai tout dit, je m’en irai rejoindre le bon Dieu »

Ce sont les petits-enfants du couple qui ont confié à Jacques Messiant le précieux carnet de notes, où Henri recopiait religieusement chacune des lettres reçues et envoyées. L’écrivain a d’ailleurs scanné tous les documents recueillis et nous laisse les consulter : croquis d’Henri, photos de famille, ou encore, la dernière lettre du soldat annonçant la signature de l’armistice et son retour prochain. Jacques Messiant est également collectionneur à ses heures perdues : « En ce moment, à cause du centenaire, il y a une surcote du document historique lié à la Première Guerre. Au cours de mes recherches en brocante, je suis tombé sur un livre de propagande allemande, composé de 250 photos. Sur l’une d’elles, on voit clairement les censeurs germaniques au travail, en train d’éplucher le courrier des prisonniers. C’était tout à fait en phase avec mon roman ! »

Les censeurs allemands estampillaient les correspondances du timbre de la censure, sauf en cas d’écrit subversif.

Les censeurs allemands estampillaient les correspondances du timbre de la censure, sauf en cas d’écrit subversif.

Jacques Messiant a-t-il le sentiment d’apporter sa contribution à une sorte de devoir de mémoire collectif ? « Je ne sais pas… C’est sûr qu’il va y avoir une overdose de cérémonies et de manifestations. Cela aurait-il un sens de célébrer aujourd’hui les guerres du Moyen-Âge, par exemple ? C’est davantage une question personnelle : on n’a pas le droit d’oublier ce qui constitue son héritage et son patrimoine ! »

Tandis que Jacques Messiant écrit pour transmettre, Henri écrivait pour survivre. « Mais pour lui comme pour moi, écrire est un exutoire vital. Une fois que j’aurai tout dit, je m’en irai rejoindre le bon Dieu, même si je suis athée. »

Un extrait de la correspondance entre Gabrielle et Henri, lue par Maëlenn Bereski.

Le prisonnier flamand de Jacques Messiant, aux éditions Ravet-Anceau
Paru le 29/04/2013

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Sur la route du deuxième bataillon :

Commentaires

  1. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre et par moment je me sentais transporté auprès d’Henri , je me demande si j’aurai eu le courage de cet homme. J’ai aussi beaucoup apprécié les commentaires sur le « Maréchal Joffre » qui même à l’époque a fait polémique mais pour sauver les apparences on en a fait un Maréchal. Les propos qu’il a tenus ne passeraient plus de nos jours…. du moins j’ose l’espérer.
    Bravo à J. Messiant.

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