Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Les associations picardes, comme Juin 18- Mémoire des chars, peinent à intéresser et recruter de jeunes bénévoles pour reprendre le flambeau et entretenir la mémoire de la Première Guerre mondiale.

Publié le 7 mars 2014 · Clémence de Blasi

Il faut être absolument moderne. Bruno Jurkiewcz, qui a fait sien le crédo de Rimbaud, en est persuadé. Pourtant, le président de l’association Juin 18- Mémoire des chars le regrette : il ne parvient pas à recruter les jeunes qui reprendront le flambeau pour entretenir à leur tour la mémoire de la guerre.

Moderne, Bruno Jurkiewcz l’est, assurément. A 56 ans, ce retraité de la SNCF, qui en est à sa septième parution sur la Grande guerre, écrit tous ses ouvrages sur fond de rock. « Je rédige tous mes livres en écoutant du Led Zep, les gens n’en reviennent pas ! », s’amuse-t-il. Bruno Jurkiewcz a trois passions : le vélo – il a été président de plusieurs clubs cyclistes, le rock – qu’il écoute beaucoup sur Classique21 grâce à internet , et la Grande Guerre.

A Courcelles-Epayelles, petit village de l’Oise situé à 27 kilomètres de Compiègne, avec les 1 500 euros de subventions de la Communauté de communes, il a imaginé un musée dédié à la bataille du Matz du 11 juin 1918, qui fit 35 235 tués, disparus et blessés. Le musée, inauguré en novembre 2013, n’est pas encore fini. Restent de nombreuses tâches au président de l’association. « On n’a pas encore de site internet, par exemple. Mais en ce moment, on est sollicités comme pas un, pour le centenaire. C’est comme si nos politiques redécouvraient soudain qu’il y a eu la guerre de 14 ! », déplore-t-il.

Une jeunesse qui déserte la vie associative

En six mois, l’ancien cheminot a vu passer environ 300 visiteurs dans le nouveau musée. Peu à peu, son association a pris de l’ampleur, et compte désormais une soixantaine de membres. « Mais sur soixante personnes, les plus jeunes ont presque tous une quarantaine d’années ! » regrette Bruno Jurkiewcz. Il arrive pourtant que des enfants participent à la vie de l’association. « Mais dès qu’ils arrivent à l’adolescence, ils désertent, il  n’y a plus personne ! », remarque-t-il.

« Tandis que nous, dès l’âge de 8 ans, on nous apprenait tous les chants patriotiques ! Le 11 novembre, on avait intérêt à être là ! Nos parents préparaient des couronnes de fleurs pour les tombes… ». L’ancien cheminot ne croit pas à un hypothétique regain d’intérêt à l’occasion du centenaire. « Ma propre fille ne s’intéresse pas à l’histoire : elle ne connaît que deux dates, celle de la naissance de Napoléon, et le 11 novembre ! » explique-t-il, résigné.

Internet, dernier recours pour recruter

Pendant plusieurs années, Bruno Jurkiewcz a été délégué syndical. « Et ça, ça me passionnait, parce que j’encadrais des jeunes ! Il faut les laisser venir calmement à la vie associative, ne pas leur sauter dessus. Et surtout, les emmener sur le terrain ! » confie-t-il. S’il a hâte que l’association dispose d’un site internet, c’est aussi en partie dans l’espoir d’aller plus facilement à la rencontre de jeunes recrues. « Mon objectif, désormais, c’est d’avoir des jeunes pour me seconder. D’ici 10 ans, j’espère bien leur laisser ma place ! C’est par ces jeunes que notre association vivra. Si on n’arrive pas à en recruter, on pourra aller se faire voir ! », explique-t-il.

Après un siècle, Bruno Jurkiewcz continue de retrouver des morceaux d’obus, de grenades et d’autres armes en se baladant le long des champs

Après un siècle, Bruno Jurkiewcz continue de retrouver des morceaux d’obus, de grenades et d’autres armes en se baladant le long des champs.

Sur la ligne de front, Bruno Jurkiewcz marche les yeux rivés au sol. Dans la plaine picarde, il n’est pas rare que les exploitants délimitent leurs champs au moyen d’obus. Ces derniers jours, les pluies ont fait remonter des éclats d’obus un peu partout dans les champs. Le président de Juin 18-Mémoire des chars a longtemps travaillé à Paris et habite désormais à Clermont-Villoise. Il cherche actuellement à vendre sa maison, pour se rapprocher de Courcelles-Epayelles. Lui et son épouse ont déjà fait une douzaine de visites, essentiellement à de jeunes couples, qui ne veulent pas de la maison. Dans bien des domaines, les goûts ont changé…

 

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