Sur la ligne de front

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Rencontre avec Catherine Martin, responsable des commémorations du centenaire de la Grande Guerre à Reims.

Publié le 8 mars 2014 · Loïc Soleymieux

Catherine Martin est responsable des commémorations du centenaire de la Grande Guerre à Reims. Passionnée, elle explique la « stratégie » de la ville martyre pour célébrer l’événement, balayant la polémique sur son salaire.

Comment s’organisent les commémorations du centenaire à Reims ?

On n’était pas très en avance sur la réflexion, on s’y est mis en 2012. On a discuté pendant six mois de la stratégie à mener. Je n’aime pas faire de l’événement pour faire de l’événement. Je veux que les gens comprennent, pas seulement qu’ils versent une larme. C’est un processus long car l’histoire est compliquée et on a beaucoup de stéréotypes en tête. Beaucoup pensent que Reims est une ville riche alors que le revenu par habitant est en-dessous de la moyenne nationale. C’est essentiel que les Rémois se réapproprient leur histoire. Reims est une ville symbole du XXe siècle : les commémorations tourneront non seulement autour de la Première Guerre mondiale, mais aussi autour de la seconde dont la capitulation a été signée à Reims ; c’est aussi la ville qui a été choisie par De Gaulle pour la réconciliation franco-allemande.

Est-ce que ça signifie encore quelque chose pour les Rémois que leur ville soit considérée comme « martyre » ?

Une partie de la population considère que Reims a été traumatisée. L’incendie de la cathédrale a été un choc, au-delà des frontières françaises. Il y a eu une réelle volonté de masquer ce qu’il s’est passé pendant la guerre en reconstruisant entièrement la ville, d’aller de l’avant. Par contre, il n’y a jamais eu d’étude sur ce sujet, il faudrait en lancer. On pourrait dire qu’il n’y a eu  « que » 800 civils tués pendant la guerre : en fait, la majorité des habitants ont fui. Certains ne sont jamais revenus. On dit que les Rémois ont mis 40 ans à revenir.

Reste-t-il des traces visibles de la Grande Guerre ?

On retrouve chaque jour des obus et des corps dans la région. Il n’est pas rare que des véhicules soient pris au piège dans des éboulements de souterrains, ceux creusés pendant la guerre. Il y a aussi beaucoup de traces d’obus sur les façades des bâtiments. En 2007, quand on a rénové le parvis de la gare, on a d’ailleurs tenu à conserver les traces de la guerre. Autre exemple, les graffitis dans les caves de champagne, ou le square des Cordeliers en plein centre de Reims, qui n’a jamais été déblayé. On accueille les touristes dans un office du tourisme qui est en fait une ruine. Reims a aussi le plus grand nombre de sépultures de toutes nationalités. Et plusieurs monuments aux morts, où ne sont pas inscrits les noms des victimes…

Avez-vous des moyens financiers pour ces commémorations ?

On a un budget de 8 millions d’euros pour 2014 dont 6 millions pour une rénovation du fort de la Pompelle. On pourrait dire qu’il y a d’autres priorités, certes. C’est le choix de la région et du département qui ne participent à aucun financement de commémorations.

Il y a eu polémique quant à votre salaire [5 400 euros par mois], alors que dans les petites communes, ce sont souvent des bénévoles qui s’occupent du centenaire…

Je ne répondrai pas à ça, on verra ce que dira le tribunal administratif. A ce que je sache, ce ne sont pas les salariés qui fixent leur salaire, sinon ça ferait des heureux.

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Commentaires

  1. Merci à Madame Catherine Martin pour avoir su apporter un témoignage à travers les commémorations du centenaire de la grande guerre, digne d’une historienne, balayant les larmes inutiles pour mettre à la place des frissons de vérité. Ce travail est remarquable et unique par sa diversité et le talent de Madame Martin se doit d’être reconnu.

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