Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

C’est l’un des petits miracles de la Grande Guerre. La cathédrale d’Amiens, chef-d’œuvre de l’art gothique médiéval, a échappé de peu à la destruction. Explications.

Publié le 8 mars 2014 · Romain Chanson - Photos : Céline Maguet

Joyau d’Amiens et classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1981, la cathédrale Notre-Dame a résisté aux obus allemands, presque par miracle.

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Il y a eu 45 000 morts sur 180 000 détachés sur le front. 416 000 Australiens étaient engagés.

Les photos d’époque la montrent isolée au milieu des ruines. « Elle est debout, mais pantelante » écrivait Albert Londres le 29 septembre 1914 pour décrire la cathédrale de Reims après l’incendie provoqué par des obus. En juillet 1918, Notre-Dame d’Amiens a les vitraux éclatés, la charpente en bois perforée et le tuffeau balafré. Mais elle est toujours là, comme miraculée. « Que l’on soit croyant ou non, ça tient du miracle », commente Jean Macrez, 89 ans, mémoire vivante et guide de la cathédrale. Les dégâts provoqués par l’incendie de la cathédrale de Reims suscitent un émoi considérable qui incite à la protection de tous les monuments. Au printemps 1915, l’État français décide de protéger la cathédrale, dont les portails sont désormais recouverts par des sacs de sable. En 1918, les 3 500 tuyaux de l’orgue sont démontés et les vitraux ont été soigneusement déposés pour ne pas être pulvérisés. Ils sont envoyés dans la commune d’Eu en Seine-Maritime pour éviter que les Allemands mettent la main dessus.

Les stigmates encore visibles du conflit

Tous les vitraux ne sont pas revenus indemnes. Protégés dans la ville d’Eu en Normandie, certains ont été détruits dans un incendie domestique et n’ont jamais été remplacés dans la cathédrale. De même, les pierres de l’édifice conservent les impacts de certains obus. Des bacs à eaux et des pompes qui avaient été installés dans les combles pour éteindre un potentiel incendie sont toujours en place. Un des carreaux qui recouvrent les 7 700 m2 de l’édifice a été barré d’une croix. Placez-vous sur celui-ci et levez-la tête au ciel, vous trouverez une tâche de plâtre qui dénote avec l’harmonie de la pierre blanche. Vous êtes sur la trajectoire d’un obus. Ce dernier n’a jamais explosé, épargnant ainsi les stalles en chêne blond, un des plus grands chefs-d’œuvre d’ébénisterie jamais réalisé. Encore un miracle ?

En mars 1918, les Allemands sont retranchés à Chuignes, à seulement 35 km d’Amiens. Un canon de gros calibre est caché dans les bois, prêt à détruire la capitale picarde. La contre-offensive des armées du Commonwealth, le 25 avril 1918, permet de faire reculer l’armée allemande et de protéger la ville.

Pour expliquer la non-destruction de la cathédrale durant le conflit, il y a deux récits. Celui, un peu romancé mais truculent, de Jean Macrez.

Autre récit, celui d’Aurélien André, archiviste du diocèse d’Amiens. Au printemps 1918, l’évêque d’Amiens écrit directement au pape Benoit XV pour lui annoncer le bombardement imminent de la cathédrale. Le pape lui fait part de son émotion, une réponse qui ne satisfait pas l’évêque qui envoie une seconde lettre. Le pape décide alors d’interpeller le nonce de Munich, futur Pie XII, qui obtient du gouvernement allemand que la cathédrale ne soit pas bombardée.

Aurélien André, archiviste

Aurélien André, archiviste

 

Aux soldats du Commonwealth qui ont détruit «le gros canon du bois » et permis la sauvegarde d’Amiens est consacré une chapelle où pendent les drapeaux de six nations engagées. Aurélien André rappelle l’importance du lieu de culte pendant les conflits. « En temps de guerre, l’église sert de refuge moral pour les populations ». Aujourd’hui, les poppies accrochés ici ou là témoignent de l’importance de la cathédrale comme lieu de mémoire pour les milliers de descendants qui se rendent dans la Somme chaque année.

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