Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Que penser de cette nouvelle discipline en plein essor qu’est l’archéologie de la Grande Guerre ? Quelques réponses avec Sébastien Ziegler, farfouilleur professionnel.

Publié le 9 mars 2014 · Axelle Choffat

Sébastien Ziegler, 42 ans, est responsable du service municipal d’Archéologie de Château-Thierry. Il met pour nous en perspective les enjeux des recherches sur la Grande Guerre, une nouvelle discipline en plein essor. Face-à-face.  

L’archéologie de la Grande Guerre, ça existe vraiment ?

Oui, ça se développe pas mal. Des fouilles anglaises, entre autres, sont actuellement programmées dans la Somme pour retrouver des souterrains de mines : ceux qui servaient à faire exploser les tranchées ennemies.

Dans quel état d’esprit ces fouilles sont-elles réalisées ?

Les archéologues sont partagés sur l’idée de fouiller du 14-18. Certains de mes confrères appellent cela du « journalisme », pas de l’archéologie. Dans le sens où l’on s’intéresse alors plus au présent qu’au passé !

Votre avis sur la question ?

A mes yeux, ces recherches équivalent à écraser une noisette avec un marteau-pilon… mais je comprends ses adeptes. Parce que ce genre d’investigations permettent de confronter un épisode uniquement connu à travers un récit à des éléments concrets.

Qu’est-ce que cela change, pour un archéologue, de travailler sur une période aussi ‘’proche’’ de nous que la Grande Guerre ?

Dans notre métier, nous avons l’habitude de trouver des gens enterrés intentionnellement, selon un rite. Or, quand nous retrouvons des corps de soldats disparus dans un trou d’obus, ils sont figés dans leur dernière position. Dans une posture qui n’a été choisie par personne. Nos trouvailles de 14-18 nous font penser à des mini-Pompéi !

La plupart des soldats morts au combat ou sur la ligne de front ne reposent-ils pas en paix dans les cimetières, en 2014 ?

Vous savez quoi ? Vous êtes au milieu d’un cimetière, là, sans le savoir ! Tout le paysage de la Somme, depuis la Manche jusqu’à Verdun, est parsemé de sépultures de fortune. En archéologie, on dit « sépulture de crise ». Au cours de l’Histoire, on a retrouvé ce type de sépulture à de nombreuses reprises, suite aux guerres, aux épidémies…

Des souvenirs de fouilles de la Première Guerre mondiale en particulier ?

Je me rappelle d’une fouille à Saint-Quentin  (Aisne) : une tranchée qui s’enroulait autour d’un fossé gallo-romain. Pas super pratique ! Comme nous avions déjà le plan de la tranchée dans les archives, nous avons stoppé net nos recherches. Avant de fouiller, il faut se demander pourquoi. En vérité, ce questionnement s’applique à chaque fouille archéologique.

Quelle est la marche à suivre quand vous tombez sur un obus ?

Y toucher le moins possible. Puis appeler la sécurité civile pour vérifier qu’il n’y a pas d’autres obus dans les parages. En tant qu’archéologues, nous avons à peu près tous été formés pour savoir comment réagir. C’est du sérieux. Moi je ne suis pas là pour mourir au champ d’honneur, ça n’est pas mon métier !

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