Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Le centre Ploegsteert a lancé « l’Expérience 14-18 ». Au cœur de cette initiative, une exposition sur les caricatures d’Old Bill, personnage de Bruce Bairnsfather. Un moyen de montrer au grand public que malgré les horreurs de la guerre, l’humour n’a jamais quitté les soldats.

Publié le 9 mars 2014 · Texte et vidéo : Maëlenn Bereski - Photos : Marie Campistron - Sons : Olivia Cohen

Un dessin d’une tranchée. Deux têtes casquées pointent hors du sol. Autour d’elles, bombardements et tirs de balles fusent en pagaille. Un des poilus jette un œil blasé à son compère et se feint d’un « Si tu connais un meilleur trou, vas-y donc ! ». Cette esquisse se décline partout, de la couverture de la réédition du recueil de caricatures de Bruce Bairnsfather « Bullets & Billets » aux affiches du Centre Ploegsteert, centre d’interprétation belge de la guerre de 14-18. Dans la scénographie du centre, deux écrans géants et interactifs consacrent le divertissement et l’humour.

On ne le sait pas. On le devine mal. La Grande Guerre, de la vie boueuse des tranchées à celle tumultueuse de l’arrière, ne fut pas exempte d’humour et de moments d’amusement. Une réalité oubliée des livres d’histoire, que le Centre Ploegsteert sort des méandres de l’ignorance. « On voulait faire découvrir aux gens que dans la guerre, il y avait aussi autre chose. Il y avait les moments de pause des soldats. Des cafés, des clubs, des spectacles, des blagues. Ces moments où l’humour existait », raconte Matthieu Wulstecke, chargé de projet au centre.

Matthieu Wulstecke explique l’ambition du Centre Ploegsteert :

Old Bill cheminee

Humour qui passait avant tout par les caricatures. Bruce Bairnsfather et son Old Bill d’un côté, Heinrich Zille de  l’autre. Des hommes ennemis par la guerre, aux destins synchronisés par le dessin.


 

Le centre se concentre sur Old Bill, bonhomme facétieux à la moustache aussi longue que sa bouille d’Anglais est ronde.

L’histoire de ce héros de papier et de son créateur est intimement liée à celle de la région. Combattant et blessé à Ypres, Bruce Bairnsfather ébauche pour la première fois son double dessiné dans un cottage ploegsteertois. Aujourd’hui, une plaque est posée à son emplacement.

Après une grave blessure, Bruce Bairnsfather est rapatrié en Angleterre. Il ne rejoindra jamais les tranchées belges. Son implication dans le conflit mondial ne s’arrêtera pas pour autant : il continuera à combattre la morosité ambiante à travers ses cartoons publiés chaque semaine dans le magazine The Bystander. « Bien sûr ces caricatures amusaient à l’arrière, mais elles servaient surtout à faire rire les soldats de leur propre situation », insiste Matthieu Wulstecke .

Aucun mauvais goût dans le travail du Britannique. Le dessin est simple. Epuré. Mordant.

Matthieu Wulstecke décrit le style de dessin de Bruce Bairnsfather :

Le Centre Ploegsteert mise sur une scénographie interactive et émouvante entre vidéos, cartes en relief et objets d’époque.

Le Centre Ploegsteert mise sur une scénographie interactive et émouvante entre vidéos, cartes en relief et objets d’époque.

Une once de patriotisme demeure. Si les Anglais croqués par Bairnsfather ont l’air sympathiques, les Allemands sont plus laids que les rats. On retrouve le même procédé sous le crayon d’Heinrich Zille. Bernard Cousin, collectionneur en possession du dessin le plus célèbre de l’Allemand, celui sur la trêve de Noël de 1914, explique : « Il détestait les écossais, alors il leur a fait des sales gueules. »

L’humour n’est pas circonscrit à un encart de journal. Dessins, photographies et lettres prouvent qu’il était aussi présent à l’arrière. A Comines, les troupes allemandes qui s’installèrent dans ce petit bourg belge réquisitionnèrent le théâtre privé d’un notable de la ville. Ils y montèrent des spectacles comiques. De ces représentations, il demeure une photo numérisée sur l’écran tactile du Centre Ploegsteert. Une dizaine d’hommes grimés en clown, acrobates et aborigènes posant hilares.

Cette photo surprend le badaud et intrigue le passionné d’histoire. Une rumeur s’exalte de la pellicule. Un des clowns pourraient être le personnage le plus tristement célèbre de la Seconde Guerre mondiale. A la guerre, comme à la vie, on rit parfois jaune.

Matthieu Wulstecke dépeind la photo de la troupe de théâtre allemand. Point Godwin atteint :

Pour aller plus loin 

Le recueil de Bruce Bairnsfather Fragments from France est en ligne ici.

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Sur la route du deuxième bataillon :

Commentaires

  1. Premier para : « deux t^etes casquées »… Je regarde l’image ; y sont où les casques ? Nonobstant, l’inadéquation image/texte le papier a un bon angle intéressant

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