Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

On pense souvent à la cathédrale de Reims, détruite pendant la guerre de 14-18, mais avez-vous déjà entendu parler de la cité-jardin du Chemin vert ?

Publié le 9 mars 2014 · Loïc Soleymieux

Créée après la fin de la guerre, la cité-jardin du Chemin Vert, qui a permis à la ville de se réinventer, reste un village gaulois dans une Reims encore traumatisée par quatre années de bombardements.

Cet espace est toujours un lieu à part, cent ans après sa création. La cité-jardin du Chemin-Vert est l’un des symboles de la reconstruction de Reims. Plus que l’incendie de la cathédrale au début de la guerre sur lequel la France a tant communiqué pour montrer la barbarie allemande, la cité-jardin est un espace de renouvellement de l’espace urbain totalement novateur. Alors que la ville est vidée de ses habitants après la guerre, le projet de réalisation de la cité est engagé par Georges Charbonneaux dès 1921. Ce patron catholique, producteur de verre (quand les protestants s’occupaient du contenu, le champagne) met moins de deux ans pour achever son œuvre alors que Reims peine à se remettre de la destruction de 60 % de ses bâtiments. Avec les cités-jardins, on parle aussi pour la première fois d’ « urbanisme » et on réunit deux pensées : le Musée social qui réfléchit à la condition ouvrière, et le catholicisme qui pense que l’homme n’est pas qu’une machine.

La cité-quoi ?

Alors que les cités ouvrières permettaient de regrouper les logements de tous les salariés d’une même entreprise, les cités-jardins vont beaucoup plus loin. Financés par les dommages de guerre, ces nouveaux types d’habitation bon marché (HBM) sont réservés aux familles modestes et « méritantes » de plus de quatre enfants. Ils consistent en la création de logements individuels avec jardins de 200 m2 minimum, regroupés autour d’un espace piétonnier avec commerces, équipements (maison de l’enfance, lieu d’étude, bibliothèque), lieu de culte et maison commune. Un village dans la ville, avec des loyers qui peuvent être quasiment divisés par deux. Plus l’ouvrier a d’enfants, moins il paie.

Les entreprises sont situées à l’extérieur de la cité-jardin. On travaille aussi bien à la SNCF, qu’à la lainerie, qu’à la verrerie… Une ligne de chemin de fer, aujourd’hui disparue, est mise en place dès 1919 pour contourner le centre-ville de Reims encore en ruine et mieux transporter les ouvriers. Georges Charbonneau réussit le tour de force de faire bouger une ville totalement traumatisée en quelques années.

100 ans après, une mentalité toujours à part

Plusieurs témoignages parlent d’une population rémoise « peu encline à ouvrir sa maison » et d’une ville qui peine à avancer et qui cultive l’échec. « On a l’impression qu’on nous parle tout le temps de la guerre à Reims, explique Dominique Potier, qui a écrit un ouvrage sur les cités-jardins, c’est très difficile de travailler ensemble. La cité-jardin, c’est l’inverse de la mentalité rémoise, encore aujourd’hui. » Les liens sont tellement forts dans la communauté que celle-ci vit presque en autarcie par rapport au reste de Reims. On recense 2 000 maisons en cités-jardin à Reims, mais aucune n’a complètement renouvelé la réussite de la première.

La cité-jardin n’a pas toujours été un havre de paix. Comme dans beaucoup de quartiers, l’insalubrité a à un moment pris le pas, entraînant l’insécurité. Toutefois, cent ans après, le Chemin vert est redevenu ce qu’il était, même si le commerce de proximité a disparu et que les voitures sont désormais autorisées. Aujourd’hui, comme un symbole, le tramway ne vient pas jusqu’à la cité-jardin, qui reste définitivement un monde à part dans l’esprit rémois.

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