Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Près de Langemark, Stijn Butaye a ouvert un musée avec les nombreuses pièces de la guerre qu’il a retrouvé sur les terres de l’exploitation familiale. Un petit musée intrigant qui attire bien des curieux.

Publié le 9 mars 2014 · Geoffroy Lang et Ambre Lefèvre

A Depondfarm les poules sont en cage mais aussi les obus prêts à exploser. Dans ce petit coin perdu près de Langemark, Stijn Butaye a reconverti une partie de ferme familiale en micro-musée de la guerre 14-18. Sur ces terres on récolte presque autant d’obus que de blé et les fermiers s’accommodent de cet héritage explosif. Stijn hausse les épaules : « à force on s’y habitue ». Il montre même une photo d’explosion et sourit : « Mon père venait tout juste de rouler sur une bombe au phosphore et ma mère a d’abord pris une photographie. »

Contrairement aux générations précédentes, Stijn s’est pris de passion pour ces trouvailles du quotidien. Depuis onze ans, il entrepose tous les objets récoltés et les identifie. « Je poste les photos sur des forums de passionnés qui m’aident à les reconnaître », explique le jeune homme. Sa passion est rapidement connue aux alentours et certains de ses voisins lui ramènent leurs prises. « Il y quelques semaines, un gamin m’a rapporté ce qu’il croyait être une boîte à munition, dépité de ne pas pouvoir l’ouvrir. Heureusement pour lui, c’était une mine antichar », s’amuse-t-il. Cette nouvelle pièce repose désormais dans la cage aux bombes encore dangereuses. Le service de déminage de l’armée belge passe régulièrement la vider.

La cage reversée aux bombes dangereuses doit rester verrouillée car son contenu attise les convoitises. Les produits chimiques que contiennent les obus peuvent se revendre cher.

La cage reversée aux bombes dangereuses doit rester verrouillée car son contenu attise les convoitises. Les produits chimiques que contiennent les obus peuvent se revendre cher.

La collection de Stijn s’est tellement étoffée qu’il a ouvert un petit musée dans une aile de la ferme familiale en 2006. Malgré un air de joyeux foutoir, les objets sont rangés avec rigueur : type, origine, date… Certaines pièces rares sont étonnamment bien conservées grâce à la terre argileuse de ses champs. « L’argile bleu laisse respirer les objets enfouis », explique Stijn. Il a trouvé un masque à gaz allemand en parfait état, tissu et cuir intacts. Dans la pièce, brosses à dent, boutons de chemise, rasoirs, portefeuilles côtoient fusils, casques et barbelés. Mais sa spécialité reste les obus. Il connaît tous les dispositifs de la Grande Guerre et sait parfaitement expliquer leur fonctionnement.

Stijn possède plus de deux cents obus au total.

Stijn possède plus de deux cents obus au total.

Le micro musée de Stijn reçoit fréquemment la visite de touristes du monde entier, comme en atteste son livre d’or.

Stijn est fier de la palette variée de nationalités qui ont signé son livre d'or : Nouvelle-Zélande, Angleterre, Norvège, Hong-Kong...

Stijn est fier de la palette variée de nationalités qui ont signé son livre d’or : Nouvelle-Zélande, Angleterre, Norvège, Hong-Kong…

Électricien de profession, Stijn consacre presque tout son temps libre à accueillir des groupes de curieux et à chercher de nouveaux objets. A 26 ans, il ne pense pas reprendre la ferme de ses parents. Son père part à la retraite dans neuf ans et le jeune passionné s’inquiète de l’avenir de sa collection, intimement liée à l’endroit. « Si on la déplace, elle perdra un peu de son intérêt », soupire le conservateur amateur. L’histoire de la ferme est elle-même liée à la guerre : lorsque son grand-père a racheté le domaine dans les années soixante, deux bunker allemands étaient encore présents. « Mon grand-père avait honte d’avoir des installations allemandes sur son terrain. Il a tout fait sauter  et on s’est rendu compte que les bunkers étaient pleins de corps ! » S’il n’en reste aujourd’hui que quelques pierres, Stijn parvient à faire revivre le passé de ce petit bout de terre flamande.

La connaissance et les explications de Stijn sont nécessaires pour dénicher les perles rares de sa collection.

La connaissance et les explications de Stijn sont nécessaires pour dénicher les perles rares de sa collection.

Mots-clés : , , , , , , .

Sur la route du premier bataillon :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>