Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Le gaz moutarde a été utilisé pour la première fois dans cette région de la Flandre-occidentale. Un agriculteur vient de retrouver des obus dans son champ, témoins inattendus de cette attaque meurtrière.

Publié le 10 mars 2014 · Sarah Mansoura - Photos : Liza Kroh et Sarah Mansoura

Passendale, 3200 habitants. L’apparence d’un village tranquille dans la Flandre-occidentale. L’église, le bistrot du coin, la place principale sont quasi-déserts. Pourtant, le village est depuis deux jours sous les projecteurs de la presse locale. La raison ? Un agriculteur du coin vient de retrouver, complètement par hasard, des dizaines d’obus de gaz moutarde dans son champ.

Pour glaner des informations  sur la découverte, il faut s’armer de patience et de minutie. Page 17 du Het laaste nieuws (Les dernières nouvelles), l’article – en flamand – prend un petit sixième de page. Deux colonnes pour expliquer que Johan Devriendt, a découvert, un matin en labourant sa terre, des reliques de près de cent ans.

« Pas de commentaire »

Les villageois n’en savent pas plus. Le périmètre a immédiatement été bouclé par la police et la DOVO, le Service d’enlèvement et de destruction d’engins explosifs. Impossible de rejoindre la petite exploitation sur Potegemstraat, à quelques kilomètres du cœur du village. Pourtant, dans l’après-midi, les barrières sont finalement levées, laissant aux curieux le loisir d’explorer la zone.

Le champ de 2,5 hectares a été immédiatement sécurisé par l'armée belge

Le champ de 2,5 hectares a été immédiatement sécurisé par l’armée belge

Derrière un cordon de sécurité pour toute indication, l’habitation de Johan Devriendt est facile à trouver. Le sens de l’accueil de ses occupants, un peu moins. Excédée par les demandes répétées des journalistes belges, la femme de l’agriculteur ne prend pas de pincettes pour faire déguerpir ceux qui cherchent des compléments d’information. Nancy Ostyn a le ton ferme et résolu : « Nous ne donnons plus d’informations. Si vous voulez savoir quoi que ce soit, appelez la DOVO ou la police. »

Problème, la DOVO n’est pas joignable directement. Il faut passer par le standard de l’armée, de laquelle elle dépend, pour s’enquérir de la situation. Un vendredi après-midi à 15h14, il est déjà trop tard pour trouver un interlocuteur. Impossible de voir les obus.

Le gaz, une histoire centenaire

Outre les raisons de sécurité et l’incongruité de la découverte, l’histoire résonne particulièrement à Passendale en raison de la bataille extrêmement meurtrière qui a eu lieu dans les environs en 1917. La bataille de Passendale a été tristement connue surtout pour avoir été le premier endroit où les troupes allemandes ont utilisé le gaz moutarde. De cette attaque, peu de traces sont encore visibles. Seuls quelques cimetières militaires et quelques mémoriaux rappellent, par une petite stèle, la meurtrière utilisation de ces obus d’yprite, surnom donné au gaz en raison de la proximité de la bataille à la ville d’Ypres.

Les traces des soldats bretons sont des plus discrètes dans le paysage flamand.

Les traces des soldats bretons sont des plus discrètes dans le paysage flamand.

En particulier, un petit monument rappelle cet événement. Un calvaire breton, en l’honneur des nombreux soldats bretons et normands tombés pendant la bataille, est discrètement situé au croisement d’une nationale et d’un petit chemin de campagne, près du village de Boezinge. Derrière une haie, seule une grande croix est visible au loin. Le petit mémorial n’est constitué que d’un petit dolmen breton et de cinq pierres, marquées des inscriptions « Vitré », « Guingamp », « Saint-Brieuc », « Saint-Lô » et « Granville ».

L’endroit n’est pas connu des riverains. Les voitures passent sans s’arrêter, le mémorial ne reçoit quasiment pas de visiteurs. Il reste à parier que la découverte de Johan Devriendt relancera l’intérêt des habitants de la région pour l’histoire de la première attaque au gaz de l’histoire.

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Sur la route du premier bataillon :

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