Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Fréderic Chiny et Jean-Marie Lefebvre sont des vieux briscards de l’ONF (Office national des forêts). Retraité depuis peu pour l’un, en fin de carrière pour l’autre, ils reviennent sur leur parcours, entre histoire et grands espaces.

Publié le 11 mars 2014 · Mathieu Habasque

Casquette vissée sur la tête, Jean-Marie Lefebvre contemple les lieux. Autour de lui, dans la lueur d’un matin de mars printanier, s’étend le village de Bezonvaux, l’une des six communes « mortes pour la France » détruites pendant la Première Guerre mondiale. En 2001, c’est son équipe qui a débroussaillé et mis en valeur ce site historique. « C’était mon bébé ce village », déclare-t-il ému. A la retraite depuis deux mois, il a consacré une partie de sa vie à l’entretien de la forêt domaniale de Verdun et aux trésors qu’elle recèle.

Jean-Marie et son pin's de poilu.

Jean-Marie et son pin’s de poilu.

 « Ici, c’est Pompéi ! »

Avec son équipe, il a eu les mains libres pour remettre en état Bezonvaux. Pêle-mêle, ils y ont découvert pelles, pioches, serpettes, scie passe-partout, armes, voies ferrées et la partie verticale de l’ancienne croix du village. En débroussaillant ? « Non, c’est un de mes gars qui l’a trouvé en allant chier un coup. » Brut de décoffrage, Jean-Marie enchaîne anecdote sur anecdote. En marchant à travers les ruines, il tient à montrer le lit en fer qu’il a lui-même déterré et mis en exposition. Mais l’objet a disparu, sans doute volé. Jean-Marie cache difficilement sa tristesse. « À l’ONF, personne ne décide du sort des vestiges et des objets trouvés. Du coup, on entasse et les vols sont monnaie courante, regrette-t-il. À cause de ces indécisions, j’ai parfois déplacé quelques pierres et je n’aurai pas dû. Mais je ne suis pas archéologue après tout. »

Pas le temps de s’apitoyer que Jean-Marie embraye sur une autre découverte. Un enclos à cochon recouvert par la mousse, qu’il s’empresse d’arracher pour faire apparaître le sol en pierre. « Ici c’est Pompéi ! », s’enthousiasme-t-il. Au hasard d’un bosquet, il ramasse un obus, toujours en état de marche. « Les explosions sont quand même assez rares et souvent, le résultat de la connerie humaine : des fouilleurs imprudents ou des pseudos connaisseurs qui essaient de démonter les projectiles. »

L'obus en question.

L’obus en question.

Une vie liée à 14-18

Meusien de naissance et syndicaliste CFDT à l’ONF, Frederic Chiny a grandi avec la guerre 14-18. « Enfant, on s’échangeait des baïonnettes à l’école et on faisait péter dans des feux de bois les grenades que l’on trouvait, raconte-t-il. C’est en commençant à travailler que j’ai eu une réelle prise de conscience du poids de la guerre 14-18. » Comme beaucoup de gens du coin, son histoire familiale est liée à la Grande Guerre. Un jour, son grand-père fut pris sous une pluie d’obus lors d’un bombardement imprévu : il en sortit indemne. « Il n’a pas été blessé une seule fois en quatre ans. Si il avait dû y rester, ça aurait été ce jour-là. »

Les deux copains ont moult anecdotes à raconter sur le conflit et sur son empreinte dans le présent. Souvent, les touristes viennent à leur rencontre pour trouver des informations qui ne figurent pas sur les panneaux officiels. « Il y a vingt ans, les gens s’intéressaient plus à la stratégie des batailles. Maintenant nous avons plus de questions sur le quotidien des soldats, déclarent-ils à l’unisson. Par notre métier et en vivant ici, on a le devoir de ne pas dire trop de conneries. » Et chacun a sa spécialité : Frédéric est incollable sur les origines politiques de 14-18 tandis que Jean-Marie connaît la forêt comme sa poche. En attendant que Frédéric rejoigne Jean-Marie à la retraite, ils caressent même le rêve de devenir guides. « On pourrait ainsi sensibiliser le public au conflit et à ses répercussions. À notre échelle, on contribuerait à ce que cette sale guerre ne se reproduise plus jamais. »

Une partie du village de Bezonvaux, détruit en 1916.

Une partie du village de Bezonvaux, détruit en 1916.

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Sur la route du huitième bataillon :

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