Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Tout le monde est au courant de ce cafouillage. En voulant recréer à l’identique (ou presque) le monument aux héros de l’Armée Noire, la mairie de Reims a été attaquée en justice. Déjà deux plaintes au compteur. Retour sur cet épisode polémique.

Publié le 12 mars 2014 · Margot Delpierre

A Reims, tout le monde est au courant de ce cafouillage. En voulant recréer à l’identique (ou presque) le monument aux héros de l’Armée noire, la mairie de Reims a été attaquée en justice. Déjà deux plaintes au compteur. Retour sur cet épisode polémique.

Lors du 90ème anniversaire de la Première Guerre mondiale, la mairie de Reims et l’Aman (Association pour la mémoire des armées noires) décident de la construction d’un monument aux morts : une réplique d’une statue de Bamako, datée de 1924. Le projet est lancé en 2009. Après avoir réglé quelques soucis budgétaires – seules la mairie et l’Aman financent le projet – le contexte géopolitique interrompt l’inauguration. Nous sommes en 2012 et un putsch vient d’avoir lieu au Mali. Pas question de se rendre à Bamako prendre les mesures de la statue.

Ensuite, l’un des candidats de l’appel d’offres porte plainte : il estime que l’artiste choisi, Jean-François Gavoty, a été favorisé. Enfin, dernier rebondissement : l’association de protection de l’œuvre de Paul Moreau-Vauthier, le sculpteur de l’original, n’a pas été consultée pour ce projet. Elle attaque à son tour. Selon l’association, la copie de Jean-François Gavoty dénature l’ouvrage du sculpteur. Le socle en bronze réalisé par Auguste Bluysen et inspiré du traditionnel Tata africain n’a pas été repris. Il a été remplacé par un socle très moderne, de forme carrée, dessiné par M. Gavoty. En effet, large et haut d’environ 2,5 mètres, on remarque d’abord le socle… au détriment des soldats dessus. L’association a porté plainte pour atteinte au droit moral et la statue a été mise sous séquestre le temps de l’enquête judiciaire.

30 000 des 300 000 soldats africains ont péri en défendant le territoire français.

30 000 des 300 000 soldats africains ont péri sous le drapeau français.

Un monument dessiné par un Poilu

A l’origine, il s’agit de l’œuvre d’un sculpteur et ancien Poilu, Paul Moreau-Vauthier, qui a combattu aux côtés des tirailleurs africains à Verdun. En 1924, le monument aux héros de l’Armée Noire qu’on lui a commandé est inauguré à Reims. Quelques mois plus tard, la même statue est érigée à Bamako, dans l’actuel Mali, un symbole fort.

Pendant ce temps, « l’Allemagne, vaincue, humiliée par l’occupation de la Rhénanie, lance une violente campagne contre la présence de soldats sénégalais, malgaches et nord-africains. » Ce monument est donc pour les Français « l’occasion de dénoncer cette campagne infamante, connue sous le nom de Honte noire », selon Cheikh Sakho*. Pas étonnant alors que dès 1940, le monument soit détruit par les Allemands à leur arrivée dans la ville… En 1963, le maire de Reims de l’époque, Jean Taittinger, décide d’en reconstruire un, mais sans tenir compte du modèle précédent.

Aujourd’hui, l’enquête suit son cours. L’inauguration, sans cesse retardée, n’a toujours pas eu lieu, reconnaît Catherine Martin, chargée des commémorations du centenaire de la Grande Guerre à la mairie, que nous avons interviewée sur le sujet. Elle-même ne sait dire ce qui adviendra. Le monument a pris ses quartiers dans le Parc de Champagne de Reims, mais la plaque est restée vierge. Étrangement, on ne trouve dans le parc aucune explication sur cet imposant monument qui a fait couler beaucoup d’encre. Encore un peu de patience avant de rendre véritablement hommage aux 30 000 soldats africains morts pour la France.

Détail2

La plaque commémorative du monument est vierge, signe que l’inauguration n’a toujours pas eu lieue.

*Cheikh Sakho,  « Les statues ressuscitent aussi », in Reims 14-18. De la guerre à la paix. (Strasbourg, 2013).

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Sur la route du septième bataillon :

Commentaires

  1. Bonjour,
    Pour information, voici le lien vers le site dédié au monument à l’Armée noire de Reims que j’ai mis en ligne en juin 2013 dans le cadre de la commission pédagogique de l’association AMAN.
    http://www.cndp.fr/crdp-reims/index.php?id=1932
    Ce dossier fera l’objet d’une contribution que je présenterai au colloque « Guerre et pais en Champagne-Ardenne et ailleurs 1914-2014, quels patrimoines ? » le 6 mai 2014 à Reims.
    http://www.patrimoineindustriel-apic.com/N/i22.html
    Bien cordialement.
    Jean-Pierre Husson

  2. Bonjour,

    votre article mériterait quelques précisions :
    – minime d’abord, le socle n’était pas en bronze mais en pierre, deux granits différents à Bamako et Reims.
    – ensuite la sculpture n’a été « saisie » que 3 semaines et un jugement en référé a permis son installation dans les temps, pour le 11 novembre 2013, vos photos en témoignent.
    – les photos sont prises en cours d’installation et la plaque fut vierge quelques semaines afin de régler les détails du texte.
    – un panneau didactique accompagne le monument dans le Parc de Champagne et un QR code renvoie à « l’enveloppe numérique » du monument :
    forcenoire-monument.fr
    – La présentation du monument réalisé conformément au cahier des charges du marché public n’empêche pas l’affaire d’être encore soumise à la justice sur les deux versants que vous décrivez, l’un des procès demandant sa destruction (une nouvelle fois après 1940…).
    L’affaire mérite donc votre suivi.
    Cordialement
    J.F. Gavoty

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