Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Gilbert Wagner est né à deux pas du Hartmannswillerkopf. Ici sont morts 30 000 soldats, dont 15 000 Français. Ce retraité, ancien mécanicien à Peugeot, nous raconte sa passion pour ce lieu d’histoire.

Publié le 13 mars 2014 · Ekaterina Anisimova

Pour beaucoup, Hartmannswillerkopf est un lieu inconnu au nom imprononçable. A l’époque, les journalistes l’ont même renommé la montagne du Vieil-Armand. Mais pour Gilbert Wagner, cette montagne « mangeuse d’hommes » fait partie de sa vie. Là où sont morts 30 000 soldats, le petit Gilbert naissait.

Aujourd’hui, Gilbert Wagner est président de la section AEI du Comité national du Hartmannswillerkopf.

Aujourd’hui,Gilbert Wagner est président de la section AEI du Comité national du Hartmannswillerkopf.

Quel est votre premier souvenir du Hartmannswillerkopf ?

Qui n’a pas joué dans les tranchées étant gamin ? On n’avait pas conscience du danger. À l’époque, tout le monde allait dans les anciens champs de bataille pour ramasser des trophées. On retrouvait souvent des obus qui traînaient par terre. Un jour, j’ai vu de la rouille, j’ai cru que c’était du sang.

D’ou vient votre intérêt pour le Hartmannswillerkopf ?

Si j’avais habité à Verdun, ça aurait sûrement été Verdun. Mais j’habite ici. Je suis né à 20 km de la montagne, à Burnhaupt. De là, on voit le Hartmannswillerkopf. La montagne a toujours fait partie de mon paysage. Lors des fêtes de famille, j’écoutais le frère de mon grand-père évoquer la GrandeGguerre. Le hasard a voulu qu’il se batte au Hartmannswillerkopf, du côté français. J’étais trop petit pour comprendre. Ensuite, je me suis marié et là encore l’histoire de la bataille du Hartmannswillerkopf est venue à moi. Dans le grenier de ma belle-famille, j’ai trouvé des documents du grand-père de mon épouse. Lui était allemand et s’est aussi battu là-bas.

Vous n’êtes pas historien, d’où viennent vos connaissances sur le sujet ?

J’ai connu beaucoup de poilus et d’anciens soldats allemands qui ont vécu la bataille du Hartmannswillerkopf. C’est avec eux que j’ai appris. Ceux qui ont vecu la guerre vous racontent l’histoire de façon beaucoup plus émouvante. Même si les vétérans ne racontaient pas toujours la vérité, petit à petit j’ai voulu en savoir plus.

Quelle histoire vous a le plus frappé ?

C’était l’histoire d’un soldat français, Monsieur Grumblatt, chasseur alpin. Un jour, il est parti chercher de la nourriture pour ses copains. À son retour, il faisait nuit. Il s’est perdu dans les tranchées allemandes. Avec ses bidons de pinard et de soupe, il s’est caché dans un coin. Les Allemands l’ont trouvé à moitié gelé. Les Allemands ont pris tous ce qu’il avait à manger et l’ont ramené chez les Français, car eux-mêmes n’avaient rien à manger. Cette anecdote est significative. Les Allemands ne l’ont même pas gardé prisonnier.

Que représente pour vous le Hartmannswillerkopf ?

C’est ma deuxième vie. Maintenant, j’habite au pied de la montagne à Jundholtz. Quand je me réveille, je le vois et quand je m’endors, je le vois aussi. Quand je travaillais comme technicien mécanique dans une usine Peugeot, mes samedis étaient consacré au Hartmannswillerkopf. Sans le  » Hartmann « , j’aurai une autre vie. Ça m’occupe beaucoup l’esprit.

Que ressentez-vous quand vous montez là-haut ?

Deux choses totalement différentes. Quand je suis avec d’autres personnes, je discute, je leur explique l’histoire. Mais quand je suis seul, je sens autour de moi une présence. Pour moi, les soldats sont encore là. Je marche dans les pas des poilus et des soldats allemands. Je réfléchis à leur quotidien. Le soir, quand notre travail de restauration est terminé, on rentre chez nous, on prend une bonne douche, on se met sur le divan et on regarde la télé. A l’époque, ce n’était pas possible. Les soldats ont passé leurs nuits là-haut, ils avaient froids. Certains passaient la nuit dans des souterrains, ou dans un petit abri. Les autres se couchaient dans les tranchées.

Que représente pour vous le centenaire de la Grande Guerre ?

C’est comme l’anniversaire d’un membre de la famille, qui devient centenaire. J’ai la chance de vivre ça. Maintenant, j’espère que cet esprit de paix et de fraternité qui existe entre la France et l’Allemagne perdurera.

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