Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Reims, une ville américaine ? Retour sur une reconstruction internationale suite aux bombardements de la Première Guerre mondiale.

Publié le 13 mars 2014 · Chloé Cohen et Loïc Soleymieux - Vidéo : Robin Prudent

Emus par l’incendie de la cathédrale de Reims, les Américains ont investi massivement dans la reconstruction de la ville. Des aides qui auraient pu être encore plus conséquentes.

« L’actuelle restauration de la Cathédrale de Reims fait disparaître les dernières traces de la Première Guerre mondiale. » Les yeux rivés sur l’immense échafaudage installé sur la façade, l’historien Yann Harlaut évoque la reconstruction du monument. Le 19 septembre 1914, la cathédrale de Reims est détruite par un incendie. Après quatre ans de bombardements allemands, les deux tiers de la ville s’effondrent aussi. Tout sera rebâti et les traces du conflit s’effaceront progressivement. Mais la participation active des Américains dans la reconstruction s’affiche encore aujourd’hui.

A l’intérieur de la cathédrale, une plaque de bronze apparaît, fièrement disposée sur un des murs de la bâtisse. Le nom de « Rockefeller » y est gravé. Il fait partie de la longue liste des donateurs ayant participé à la restauration du bâtiment. Après la guerre, l’émoi mondial provoqué par la disparition du monument conduit la fondation américaine à investir dans la reconstruction de la cathédrale. « L’argent de Rockefeller a servi à réaliser un quart des travaux », selon Yann Harlaut, qui explique que l’Etat se serait désengagé si l’Américain n’avait pas posé la condition que son second don soit accompagné d’une somme comparable de la France. Aujourd’hui à Reims, une rue porte le nom de l’homme d’affaires, rendant ainsi hommage à l’un des donateurs les plus importants de la reconstruction d’après-guerre.

Carnegie, l’autre donateur américain

D’autres investisseurs américains ont aussi mis la main à la poche et la ville abrite encore les signes de leur engagement financier. Exemple devant la bibliothèque municipale, où un buste accueille les visiteurs. On peut y lire l’inscription « Andrew Carnegie. 1835-1919 ». L’homme d’affaires américain a investi de l’argent dans la reconstruction du lieu. « Pour un vieux Rémois, on ne dit pas la bibliothèque municipale, on parle toujours de la bibliothèque Carnegie », s’amuse François Cochet. Le bâtiment fait aujourd’hui partie du patrimoine de la ville de Reims et du quotidien de ses habitants.

« Nous avons aussi l’hôpital américain, un hôpital pour enfants construit par les Etats-Unis », ajoute l’historien. Nouvelle preuve du rôle joué par les Américains dans la reconstruction de la ville.

Reims l’Américaine

L’histoire aurait pu aller bien plus loin. Dès la fin de la guerre, la ville de Reims adopte le plan Ford, qui donne une nouvelle dimension à la ville, qui doit repartir quasiment de zéro. Sur les cartes de l’Américain francophile, de larges rues droites à l’américaine sont dessinées. La nouvelle ville permettra à Reims d’être l’une des pionnières de la modernité à l’époque. L’un des avantages – si on peut dire – de la guerre.

D’autres Américains ont été tentés d’aider à la reconstruction. Un groupe de protestants a réussi à lever des sommes d’argent considérables grâce aux dons et aux rachats à moitié prix des dommages de guerre des anciens habitants expatriés de Reims et peu désireux de revenir dans une ville en ruine. Non seulement ils auraient pu racheter toute la ville, mais ils comptaient bien convertir toute l’Europe à partir de la communauté protestante de Reims, relativement importante à l’époque (3 % de la population). Seule une lever de boucliers empêchera finalement Reims de devenir une ville complètement américaine.

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