Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Tous les soirs à vingt heures, la ville d’Ypres palpite au son des clairons du Last Post, une cérémonie militaire en hommage aux morts issus du Commonwealth. Quinze minutes hors du temps.

Publié le 13 mars 2014 · Texte : Maëlenn Bereski - Vidéo : Justine Fontaine et Olivia Cohen - Photos : Clément l’Hôte - Son : Marie Campistron

Ce soir, nous attendons le début du Last Post, cette cérémonie militaire en hommage aux morts tombés pour sauver la Belgique. Elle a lieu tous les soirs depuis 1928. Concert de recueillement et lieu de pèlerinage pour de nombreux Britanniques.

Dans l’imposant mémorial de la Porte de Menin à Ypres consacré aux soldats du Commonwealth disparus dans les sanglantes batailles du Saillant d’Ypres, les gens se pressent. Têtes blondes anglaises de dix ans se disputent les meilleures places avec d’innombrables chevelures grisonnantes.

 

« Je n’ai jamais vu autant de monde. Il doit y avoir au moins vingt bus d’Anglais. Ça doit être à cause du centenaire », souffle Alain Cousin, un ancien de la Légion étrangère, aujourd’hui membre des Anciens combattants et du Souvenir français. L’homme aux traits burinés et au regard rieur passe trois à quatre fois par semaine écouter le Last Post. Sa femme, une flamande, prend les photos officielles du site internet.

« Je viens pour qu’il y ait quelqu’un qui pense à eux », explique le militaire retraité en montrant du doigt les 54 896 noms gravés sur les murs. « Vous voyez ces noms sur les murs, ce sont des soldats morts sans tombe, sans cérémonie, sans proche. Parfois des gens viennent, lisent les noms et se mettent à pleurer. Ils ont retrouvé un frère, un père ou un grand-père perdu. »

Les cinq joueurs de clairons, qui s’étaient cachés derrière le pont, s’avancent. La foule s’écarte pour les laisser passer. Les enfants rient à leur passage et les adolescents sont vissés à l’option vidéo de leurs téléphones portables.

Installés sous l’arche, les cinq musiciens en imposent. Leur seule présence fait taire le brouhaha. Dans la porte de Menin où le moindre pas s’entend comme une troupe de mille hommes, il n’y a plus un bruit. La musique broie le cœur. Un air digne et militaire à réveiller les morts. Une violoniste attrape le silence au vol, avant que tambours et xylophones n’entonnent « Oh when the Saints go marchin’ in. »

Un caporal scande « We will remember them ». Appuyé contre le mur, un homme en chemise orange lâche, fiévreux, « Yes, we do it », avant de quitter la Porte Menen. Les clairons résonnent à nouveau.

Au bout d’un quart d’heure, la musique s’éteint, impériale, et laisse comme sonnés les auditeurs du soir. Les bouches se délient peu à peu, les enfants font tomber leurs masques graves en un sourire. La vie a repris le dessus.

La foule se disperse. Des Australiens posent avec leur drapeau devant les gerbes de coquelicots. Les clairons serrent les mains des habitués et s’allument une cigarette. Petit flambeau dans la nuit noire. Demain à la même heure, tout recommencera.

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 Huit clairons, tous bénévoles, se relaient pour participer aux cérémonies du Last Post

Huit clairons, tous bénévoles, se relaient pour participer aux cérémonies du Last Post

Ecouter la cérémonie du Last Post :

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Sur la route du deuxième bataillon :

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