Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Carrière de la Botte, soixante pieds sous guerre : dans les souterrains allemands de la Der des Ders. A Cannectancourt, Bruno De Saedeleer redonne de la couleur aux galeries occupées par les soldats en 14-18.

Publié le 14 mars 2014 · Clémence de Blasi

Dans une autre vie, Bruno De Saedeleer était cadre chez Continental. Désormais président de l’association Sauvegarde du Patrimoine de Thiescourt, il s’efforce de redonner vie à un site exceptionnel, celui des souterrains de la Botte, à Cannectancourt.

On le distingue de la quarantaine de membres de son association à sa canne, dont il ne se sépare jamais lorsqu’il revêt son rôle de soldat de la Grande Guerre, ainsi qu’à sa baïonnette. S’il répugne à s’encombrer d’une arme, Bruno De Saedeleer  ne voit en revanche aucun inconvénient à mettre un fusil, neutralisé au préalable, dans les bras d’un adolescent lors de ses interventions scolaires. La guerre ? Pour en parler, inutile de la regarder au travers d’une vitrine : il faut la vivre… ou presque !

Pour parler des conditions de vie des soldats pendant la Première Guerre mondiale, Bruno De Saedeleer n'hésite pas à revêtir son uniforme de poilu. En 10 ans, il a reçu en tout entre 7000 et 8000 euros de subventions pour financer son projet.  Photo: Bruno de Saedeleer

Pour parler des conditions de vie des soldats pendant la Première Guerre mondiale, Bruno De Saedeleer n’hésite pas à revêtir son uniforme de poilu. Photo : Bruno de Saedeleer

Depuis 2003, Bruno De Saedeleer s’attache à réhabiliter les souterrains de la carrière de la Botte, creusés par les soldats allemands à partir de 1916. Il explique s’être s’intéressé  très tôt à l’histoire souterraine : « A l’âge de 8 ans, alors que ma mère me croyait au catéchisme, j’étais déjà dans les carrières ! »

Traverser tout le bois sous la terre

Il y a de quoi faire : depuis 2003, aidé d’amis et membres de l’association, Bruno De Saedeleer a déjà déblayé plus de 3,5 kilomètres de galeries. Un travail pharaonique, d’autant que celui-ci met un point d’honneur à ce qu’absolument tout ce qui est dans la carrière reste dans son jus. Pas de béton, pas d’engin à moteur : ici, tout est d’époque.  Les proportions d’autrefois sont respectées, on débouche tout à la main, et on remet des poteaux uniquement là ou il y en avait en 1916, sans quoi on s’abstient. Quant au montant des subventions octroyées par la commune pour l’aider dans son projet, il s’élève à 153 euros par an.

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Ici, l’accent est mis sur la réconciliation entre les deux nations. Les reliques françaises côtoient celles qu’ont laissées les soldats allemands.

Armé d’une puissante lampe torche, Bruno De Saedeleer avance avec aisance dans les galeries labyrinthiques de la carrière. Derrière lui, ses invités admirent les images dessinées à la flamme d’une bougie d’un officier et de son aide de camp. Le premier a tracé au plafond les contours d’un ange, mais certains y voient plutôt une figure de soldat. « Parfois, deux hypothèses s’affrontent ; c’est cela qui est intéressant, en histoire ! », pense Bruno De Saedeleer tout haut. Chacun y va de son interprétation, croit avoir remarqué un détail nouveau. Dans l’autre pièce,  son second a esquissé les lignes d’une belle femme nue.

Dans le viseur, la réconciliation franco-allemande

Dans la carrière, on change plusieurs fois de niveau géologique. Quelques racines d’arbres ont réussi l’exploit de se frayer un chemin à dix-huit mètres sous la terre. Dans les boyaux de la carrière, reliques françaises et allemandes retrouvées sont volontairement mises en commun. « Ici, on n’a pas le droit de dire boche ! », précise une jeune bénévole. Lors des reconstitutions pour le public, Bruno De Saedeleer tient à ce que les membres de l’association soient habillés à parts égales en soldats français et allemands. « D’ailleurs on ne fait pas de reconstitutions de bataille, pas de guéguerres ! », indique le président de Sauvegarde du Patrimoine, qui a déjà passé la nuit dans une cagna [en argot militaire, une cagna désigne un abri créé dans une tranchée afin de servir de lieu de repos pour les combattants], pour se faire une idée des réelles conditions de vie des soldats.

« Il faut sortir les objets, pas les laisser dans des placards ! » affirme Bruno De Saedeleer. La galerie est privée, mais cinq propriétaires ont choisi de lui faire confiance, en lui laissant la possibilité de découvrir et de faire redécouvrir les souterrains. A son tour, il entend bien faire confiance à ses visiteurs. Tout les objets et vestiges de la guerre retrouvés sont prêtés, montrés, utilisés. Tout, sauf sacralisés. Le président de l’association n’est pas collectionneur. « J’ai eu des collectionneurs dans l’association, mais ils ne sont pas restés longtemps ! », s’amuse-t-il en mesurant l’écart de leurs vues. Loin de les garder pour lui, Bruno De Saedeleer s’est donné pour mission de mettre la carrière de la Botte à la disposition d’un public le plus large possible. En les investissant à nouveau, pour ranimer ses histoires de front et d’arrière-front, ses chansons de poilus. En un mot, sa vie.

Sa passion pour l’Histoire l’a conduit à entamer ce projet, auquel il consacre une cinquantaine d’heures par semaine.

Sa passion pour l’histoire l’a conduit à entamer ce projet, auquel il consacre une cinquantaine d’heures par semaine.

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Sur la route du cinquième bataillon :

Commentaires

  1. Bonjour,
    Est-il possible de visiter le site et quels sont les jours et les horaires? une réservation ?
    Cordialement

  2. Je vois que la Première Guerre vous préoccupe depuis bien avant le centenaire… Isarienne depuis 2007, je suis native de la Meuse et pour moi aussi cette période m’interpelle beaucoup. J’aimerais vous présenter un projet familial: un spectacle musical sur l’histoire de 2 enfants pendant la guerre. Il s’intitule Naguère les tranchées. Ce serait un lieu super pour une chorale… http://www.lesborgnes.com

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