Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

La Grande guerre vue par les cartes postales, c’est l’exposition que propose René de Miscault à partir du 12 avril dans son musée des eaux-de-vie à Lapoutroie (68). Ce patron d’une distillerie réputée exposera des archives familiales issues d’une « marraine de guerre », ces femmes qui entretenaient des relations épistolaires avec les soldats.

Publié le 19 mars 2014 · Adrien Franque

Propriétaire du musée des eaux de vie de Lapoutroie (Haut-Rhin), René de Miscault propose à partir du 12 avril une exposition de cartes postales de poilus. Des archives familiales qui proviennent d’une marraine de guerre, ces femmes qui entretenaient des relations épistolaires avec les soldats.

Le bâtiment jaune vif semble être une institution dans le village. Son propriétaire, René de Miscault, est connu comme le loup blanc à travers la vallée. A la tête d’une distillerie réputée dans le Sud des Vosges, il passe désormais la plupart de son temps à Lapoutroie, 2 000 têtes, deux PMU et un centre médicalisé qui semble être l’autre attraction du coin avec ce fameux musée des eaux de vie. Dans cet ancien relais de poste ouvert depuis 1986, René de Miscault expose sa collection impressionnante de mignonettes, bouteilles, alambics, affiches publicitaires ou encore porte-clés Ricard… « Tout ce qui touche aux eaux de vie et aux liqueurs en fait », résume-t-il. Et des cartes postales de 14-18 donc.

Les cartes postales pouvaient participer à la propagande, ici, c’est le retour de l’Alsace dans le territoire français qui est illustré.

Les cartes postales pouvaient participer à la propagande, ici, c’est le retour de l’Alsace dans le territoire français qui est illustré.

A l’étage, il accueille régulièrement des expositions qui n’ont parfois pas de lien avec l’alcool. Cette fois-ci c’est lui qui fait l’évènement. Tout est parti d’une enveloppe donnée par sa sœur il y a un an : « elle contenait des documents ayant appartenu à sa tante, Nicole de Lagabbe. Je l’ouvre et je découvre alors cette mine d’or : des cartes postales très bien conservées envoyées par des poilus. » Car la tante était marraine de guerre, du nom des jeunes femmes qui se proposaient d’écrire des lettres aux soldats du front. Des échanges épistolaires assez prudes au vu de ce qui est exposé au musée : les lettres sont souvent prétexte à des demandes d’envoi de tabac. Les cartes sont aussi un moyen pour les poilus d’exprimer leur ras-le-bol de la vie au front. L’une d’entre elles dit par exemple : « Dans l’espace de huit jours nous n’avons pas dormi trois jours. Enfin puisque c’est la guerre il le faut bien pour se venger de cette ignoble race. Tous les jours nous voyons des combats aériens. »

René de Miscault a découvert « cette mine d’or », comme il appelle cette collection de cartes postales,  il y a un an.

René de Miscault a découvert « cette mine d’or », comme il appelle cette collection de cartes postales, il y a un an.

« Marraine ni laide, ni jolie »

Deux noms de soldats reviennent souvent en signature : Gustave Uzenat et Charles Hartz. « L’un des deux est sorti vivant de la Grande Guerre. J’en ai pour preuve une carte envoyée en 1920 où il annonce à sa marraine de guerre qu’il s’est marié. » On ne sait pas comment les poilus et la marraine sont entrés en contact. L’usage était de publier une petite annonce dans un journal comme « La Vie parisienne ». Des extraits d’archives exposés par René de Miscault illustrent le procédé, où la galanterie n’était pas nécessairement de mise : « Je demande marraine ni laide ni jolie, mais agréable, femme du monde, musicienne, ne parlant jamais d’aviation. Photo si possible. Discrétion d’honneur », dit l’annonce.

L’exposition fleure bon l’artisanat, comme les eaux-de-vie de Miscault. Les agrandissements des cartes postales réalisés à la photocopieuse sont accompagnés de notices qui montrent bien que le patron du musée a bossé son sujet. Pourtant la Grande Guerre, ça ne le bottait pas plus que ça à la base : « J’ai appris ça comme tout le monde à l’école. Après… » Il est même allé jusqu’à faire des recherches sur son grand-père, Godefroy, qui a combattu non loin de Lapoutroie, au col du Bonhomme. Les cartes postales d’archives sont regroupées par thème, suivant l’illustration au recto, et révèlent les grandes inquiétudes de l’époque. La propagande anti-allemande, la religion, et surtout le retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron tricolore sont en bonne place sur les panneaux d’exposition. Les cartes postales avec des grandes figures de l’Alsace française (d’avant 1870) sont légion tout comme les caricatures, montrant généralement une Alsacienne maltraitée par les Allemands et choyée par les Français.

Les alcools de René de Miscault sont vendus dans la boutique attachée au musée, et vont de la crème de pamplemousse à l’absinthe.

Les alcools de René de Miscault sont vendus dans la boutique attachée au musée, et vont de la crème de pamplemousse à l’absinthe.

Le rapport entre eaux-de-vie et Première Guerre mondiale est définitivement absent, tout juste René de Miscault explique que l’interdiction de l’absinthe a été établie pendant la guerre, en 1915. Pas de Fée Verte pour les poilus donc. Les habitants de Lapoutroie peuvent eux se ravitailler en absinthe à la boutique du musée, la marque Libertine étant fabriquée par la distillerie familiale. Comme les 70 autres eaux-de-vie et liqueurs diverses, très prisées à l’époque par Carlos (le chanteur) et Eddie Barclay, des clients réguliers paraît-il. La clientèle désormais se compose de beaucoup de touristes étrangers et de clubs en tous genres, automobiles ou de troisième âge. Le musée devrait d’ailleurs bientôt atteindre 1,5 million de visiteurs depuis son ouverture. L’occasion de fêter ça en ouvrant une bouteille.

René de Miscault et sa femme proposent régulièrement des dégustations d’absinthe.

René de Miscault et sa femme proposent régulièrement des dégustations d’absinthe.

 

 

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