Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

A Bertrichamps, petite commune à l’entrée des Vosges, il n’y a pas grand chose. La rue principale, une grande forêt, et un éco-gîte qui propose des balades à cheval. Son propriétaire n’est autre que le maire, Bernard Miclo. Un homme peu féru d’histoire mais qui s’y plonge volontiers dès qu’il s’agit de celle de son village.

Publié le 19 mars 2014 · Clément Mathis

« Ah, je regardais le journal mais installez-vous, j’arrive. » Une ferme au pied des Vosges, là où vit Bernard Miclo, le maire de Bertrichamps. Un chien fait la sieste sous le soleil du début d’après–midi. Une roulotte-restaurant, un hangar plein de voitures de collection. « Bon moi à la base, ma passion c’est plutôt les chevaux, prévient le maire, mais ici l’histoire est partout. » Comme dans sa maison, qui a abrité des Alsaciens recherchés par la Gestapo en 1944. C’est en préparant un livre sur l’histoire du village qu’il a fait le tour des quelque mille habitants de la commune et a récupéré des centaines de documents d’archives. Beaucoup ont un lien avec la Première Guerre mondiale car Bertrichamps est situé en contrebas du col de la Chapelotte, lieu de violents combats dès 1914. « C’est la campagne pour les municipales, faut que je m’y mette », explique-t-il en poussant un tas d’affiches au pied de son bureau.

Soldats Allemands près de Bertrichamps

Soldats allemands près de Bertrichamps.

Son ordinateur est une mine d’informations sur son village et le quotidien pendant la guerre. Des photos d’archives, des histoires de vies qu’il tente de reconstituer. Il n’a pas toujours les noms des personnes, il reconnaît l’époque par rapport aux bâtiments ou à l’uniforme des soldats. « On nous a donné des photos sans aucune indication, c’est dur de les exploiter. » Mais tous les documents ont été scannés, « ça prend du temps, surtout que moi les ordinateurs j’y connais pas grand chose ! », rigole-t-il.

« La forêt est notre seule ressource »

Bernard Miclo raconte aussi sa plus belle trouvaille : « La plus jolie fille de Bertrichamps dont tous les gars étaient amoureux : chez elle j’ai retrouvé des dizaines de cartes postales, ils lui en envoyaient tous ! » Les recherches du maire sont centrées sur son village et sur sa forêt à laquelle il tient tant. « Les combats de là-haut, je vous avoue que je ne m’en suis pas trop occupé », reconnaît-il en désignant le col de la Chapelotte, caché par la cime des arbres.

Carte postale trouvée à Bertrichamps. « C’est pas de très bon goût », se marre Bernard Miclo

Carte postale trouvée à Bertrichamps. « Ce n’est pas de très bon goût », rit Bernard Miclo.

Dans la forêt derrière chez lui, il a retrouvé la trace d’une voie de chemin de fer qui partait de la gare de Bertrichamps pour aller jusqu’au col. Il serpente dans la montagne, le long des courbes de niveau. Pendant les combats, il a servi à ravitailler les troupes sur le front. Après 1919, le chemin de fer n’est plus entretenu et les rails sont démontés et revendus. Il ne reste aujourd’hui que les ballasts, « des pierres importées d’une carrière voisine » et un chemin plat et agréable pour les randonnées. Chaque année, Bernard Miclo se rend sur place « avec de nombreux bénévoles pour défricher le chemin. Ca avance vite, l’année prochaine ça devrait être fini », espère-t-il.

La forêt est essentielle pour un village comme Bertrichamps qui compte très peu d’habitants et de commerces. Le bois est exploité et vendu, c’est l’une des seules recettes de la commune. « Si on n’a pas de forêt, on n’a plus d’argent », explique le maire. Le tracé du tacot de Bertrichamps sera aménagé en promenade, peut-être en piste cyclable. « C’est vrai qu’on a du mal à faire venir des touristes ici », se désole-t-il. Alors le chemin du tacot à vapeur, tout comme l’abri en bois près d’une tourbière, « notre petite Tour Eiffel en bois » tel qu’il le désigne fièrement, sont une nouvelle façon de faire vivre son village, avec les ressources dont il dispose : une forêt chargée d’histoire.

Mots-clés : , , , , .

Sur la route du neuvième bataillon :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>