Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Un groupe de professeurs allemands a fait un périple de deux jours, s’arrêtant sur les sites marquants de la Première Guerre mondiale. À l’historial de Péronne, ils nous ont confié que l’enseignement de la Grande guerre en Allemagne n’était que secondaire.

Publié le 20 mars 2014 · Céline Maguet et Anne Maquignon - Photos : Ninan Wang

A l’Historial de Péronne, un groupe de professeurs allemands semble s’être perdu au milieu des mannequins en uniformes d’époque. Perdus, parce que la Première Guerre mondiale, ils ne la connaissent que trop peu. Et ne l’enseignent pas beaucoup plus. En Allemagne, l’éducation privilégie plutôt la Seconde Guerre mondiale, plus marquante dans leur histoire, mais aussi pour leurs territoires. « On se sent plus concerné par celle-ci que par ‘la Der des Ders’. C’est la séparation de l’Allemagne en deux blocs après 1945 qui a forgé l’Allemagne d’aujourd’hui », explique Heino Prigge, professeur à la retraite.

Venus avec l’Association populaire allemande pour l’entretien des tombes de guerre, ces enseignants découvrent pendant deux jours plusieurs sites marquants de la Grande Guerre – à Arras, Péronne mais aussi en Belgique – avant de repartir dans leur pays visiter les cimetières de guerre. Le président de l’association Jan Effinger déplore l’état de l’enseignement de la Première Guerre mondiale dans son pays. « En Allemagne, on étudie à peine la Première Guerre mondiale. On est à la traîne par rapport à nos voisins », se lamente-t-il.

Allemands_Péronne_enseignement

Des professeurs allemands sont venus à l’Historial
de Péronne enrichir leurs connaissances sur la Grande Guerre.

Initialement, l’association avait pour seul but d’entretenir les sépultures des soldats tombés pendant cette guerre. Avec le temps, elle s’est aussi intéressée à l’entretien de la mémoire de 14-18. « On organise ces tours afin de sensibiliser les enseignants sur la Première Guerre mondiale et avec l’espoir qu’ils reviennent avec leurs élèves pour transmettre, à leur tour, cet héritage », se réjouit Jan Effinger. L’association est financée, en partie, par l’Etat allemand. Le gouvernement n’accorde des subventions que pour l’entretien physique des tombes. Il ne contribue pas à l’action de transmission d’héritage que constituent ces voyages : ce circuit de mémoire est payé par les professeurs eux-mêmes. Cette absence de soutien financier traduit l’état de l’enseignement de la Première Guerre mondiale outre-Rhin.

Pour Helmut Knohne, professeur d’histoire, l’Allemagne est en retard dans l’enseignement de la Grande Guerre, mais cela pourrait changer. « Les politiques commencent à prendre conscience des trop faibles connaissances des Allemands sur cette guerre », affirme-t-il. Selon lui, l’enseignement quasi inexistant du conflit de 14-18 est aussi culturel : « Peut-être que L’Allemagne préfère enseigner ses victoires. Certes, on a aussi perdu la Seconde Guerre mondiale, mais celle-ci a traumatisé et touché de nombreuses familles allemandes. »

Au cours de la boucherie de 14-18, l’Allemagne a perdu 2 millions de citoyens, majoritairement des militaires. En 1945, l’État allemand a enterré 4 millions de soldats et entre 1 et 3 millions de civils, de quoi, en effet, marquer les esprits.

 

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