Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Pour Patrick Gontier, l’histoire à l’école, c’était trop théorique. Ce qu’il lui faut, c’est du concret, des choses qu’il peut toucher. C’est pour ça qu’avec son détecteur de métaux il traque douilles, monnaies et boucles de ceinture. « Apprendre sur eux, c’est mieux nous connaître. »

Publié le 20 mars 2014 · Nicolas Picquet

Bip… Bip… Biiiiiiiip ! Il dégaine sa pelle, creuse. Le rituel est toujours le même pour Patrick Gontier. Avec son détecteur de métaux, il arpente les champs de Blainville-sur-l’Eau et des environs à la recherche de petits vestiges. Avec plus ou moins de chance.

« Beaucoup cherchent avec le fantasme du trésor. » Mais pas lui. Avec sa “poêle”, Patrick Gontier ne cherche pas de pièces d’or dans les champs de Meurthe-et-Moselle. Il part surtout « à la recherche du patrimoine local ». Adjoint à la culture à la mairie de Blainville-sur-l’Eau, l’éducateur spécialisé passe ses week-ends armé de son détecteur à métaux, « quand la météo le permet ».

Comme les deux anneaux argentés ne quittent pas son oreille gauche, son matériel ne quitte pas le coffre de sa voiture. Un détecteur et une petite pelle posés sur une veste treillis depuis trois ans maintenant. Un loisirs hors du commun apparu avec sa passion pour l’histoire. « Ça permet de mettre des objets sur les mots de l’histoire », explique celui qui n’aimait pas trop cette matière à l’école. « Apprendre des dates, c’est très théorique. »

Trois douilles et un bouton

Patrick Gontier n’hésite pas à mettre sa collection à disposition des enseignats.

Patrick Gontier n’hésite pas à mettre sa collection à disposition des enseignants.

Terre à terre, il arpente donc sa région à la recherche de tout ce qui a trait à notre passé, et pas seulement à la Grande Guerre. « Je préfère la seconde, nos parents ou grands-parents l’ont connue. » Mais il s’est tourné vers « 1914 parce qu’ici, il y a beaucoup plus d’éléments. » Et c’est le cas de le dire. En une trentaine de minutes passées dans un champs avec lui, trois douilles et un bouton ont été déterrés. Il les date d’un coup d’œil de la période qui nous intéresse et difficile de savoir si c’est de l’intox. « Ici, il n’y a vraiment qu’à se baisser. »

Mais Patrick Gontier ne cherche pas n’importe comment. « Il faut une formation pour faire cela », déclare celui qui se définit lui-même comme autodidacte. « Il y a de plus en plus de monde qui se met à chercher et c’est dangereux, poursuit-il. Pour eux comme pour les objets. » Il garde d’ailleurs un souvenir particulier de sa première découverte. « C’était une tête d’obus. Ça m’a autant surpris qu’inquiété donc j’ai fait énormément de recherches sur le déminage. » Prudent, il s’est maintenant fixé une règle : « si je ne connais pas, je ne touche pas. »

Des causes plus ou moins nobles

De toute façon, ce ne sont pas les munitions qui l’intéressent le plus. « Je préfère trouver des objets personnels, il y a une touche d’histoire qui ressort », confie-t-il en montrant une pipe qu’il a déterrée. Et quand on lui demande la découverte qui l’a le plus marqué, il se souvient d’une plaque d’identité qu’il a réussi à restituer à la famille du soldat. « On a l’impression d’avoir fait notre travail de mémoire, et ça c’est le plus important. »

Il met aussi son expérience au service de cause moins nobles. « Une fois, un de mes amis m’a demandé si je pouvais amener mon détecteur dans son jardin parce qu’il avait perdu son alliance. » Mais son domaine, c’est l’histoire. Alors quand on lui demande s’il est déjà allé autour de Verdun avec sa “poêle”, il nous répond qu’il préfère « rester local ». « Et puis, ces sites sont devenus des lieux de mémoire. Ça me donnerait l’impression de creuser dans un cimetière. »

Patrick Gontier se représente aux élections municipales et veut conserver le portefeuille de la culture pour conserver le patrimoine de la ville.

Patrick Gontier se représente aux élections municipales et veut garder le portefeuille de la culture pour conserver le patrimoine de la ville.

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