Carte touristique de la Somme

La Somme : un petit bout de Commonwealth

Dans la Somme, où ont combattu vingt-cinq nations pendant la Grande Guerre, 75% des touristes de la mémoire sont étrangers. Alors qu’on célèbre le Centenaire du premier conflit mondial cette année, le département parie sur la clientèle anglo-saxonne pour cultiver sa différence.

Mieux vaut parler anglais dans la Somme. Chaque année, des milliers de touristes anglo-saxons y fréquentent les principaux sites touristiques de la Première Guerre mondiale. Villers-Bretonneux, Longueval, Pozières, Péronne ou encore Albert sont autant de destinations où vous risquez d’entendre la langue de Shakespeare. Et pour cause : le département a été le théâtre de la bataille de la Somme en 1916. Une bataille qui coûta la vie à près de 442 000 soldats, parmi lesquels de nombreux Anglais, Australiens, Néo-Zélandais ou encore Sud-Africains. Descendants de victimes, groupes scolaires ou simples passionnés d’histoire viennent se recueillir chaque année sur ces terres gorgées de sang et de souvenirs douloureux.

Une donne à laquelle les professionnels du tourisme de la Somme doivent s’adapter et sur laquelle le Conseil général et l’agence « Somme Tourisme » misent beaucoup. Création en langue anglaise d’une application de téléphone mobile (« Carnets 14-18 »), de sites internet, impression de brochures, campagnes de communication, etc. : tous les moyens sont bons pour offrir une information traduite sur les principaux sites touristiques du département. L’enjeu est de taille. Rien que pour cette année, la Somme espère 30 millions d’euros de retombées économiques pour les professionnels du tourisme. Celles-ci s’élevaient à 23 millions d’euros en 2011.

Le tourisme en hausse en 2014

Une aubaine pour un département qui, outre la baie de la Somme, a peu d’atouts touristiques à valoriser. Le département espère donc un « effet centenaire » qui doperait l’activité touristique. Pour cela, il tente d’entretenir son patrimoine historique et parraine des événements forts, à l’image de l’Anzac Day, destinés en priorité aux populations anglo-saxonnes. Il incite en outre les acteurs du tourisme de mémoire à se mettre à l’anglais et à connaître les principaux événements historiques de la guerre 14-18. Une nécessité pour que ces derniers soient capables de répondre efficacement aux questions des touristes étrangers. « Il faut savoir rassurer le touriste », explique François Bergez, directeur de Somme Tourisme et ancien directeur de l’historial de Péronne.

François Bergez, directeur de l'agence Somme Tourisme

François Bergez, directeur de l’agence Somme Tourisme

Exigeants et aisés, les touristes anglo-saxons veulent être accueillis dans de bonnes conditions. Le département veille donc à développer les transports en commun et à organiser des circuits touristiques balisés. « C’est le voyage de toute une vie », détaille François Bergez. Qui balaye d’une main les accusations d’instrumentalisation économique de la mémoire de la guerre. « Parfois je me dis : « il ne faut pas aller trop loin (…) Il ne faut pas exploiter la guerre de façon cynique. Et en même temps, il ne faut pas se voiler la face. La guerre, on l’a subie. Elle nous a meurtris dans notre chair et dans nos terres. Il faut sensibiliser les gens. Et qu’il y ait des retombées économiques pour les professionnels du tourisme qui mettent en œuvre un accueil spécifique, moi, cela ne me gène pas. »

Le département a su trouver le juste milieu entre mémoire et économie en ciblant les touristes des pays du Commonwealth. Il récolte aujourd’hui les fruits de sa stratégie et observe une hausse de la fréquentation touristique depuis le début de l’année. « Le marché britannique, c’est du velours », plaisante François Bergez. Tout l’inverse du tourisme allemand, qui reste lui embryonnaire. Un chantier à ouvrir pour l’après centenaire.

Le monument du roi Albert Ier surplombe les écluses depuis 1924. Il est actuellement en travaux pour accueillir un centre d'exposition à l'automne 2014.

Commémoration 14-18 : Nieuport ouvre les vannes

Sous ses airs de station balnéaire chic et dynamique, Nieuport ouvre le front ouest. A l’occasion du centenaire, la ville veut valoriser son rôle dans la Grande Guerre.

Une seule des écluses utilisées pendant la guerre subsiste aujourd'hui à l'embouchure de l'Yser. Oubliée à l'écart du centre-ville rien ne rappelle son rôle historique.

Une seule des écluses utilisées pendant la guerre subsiste aujourd’hui à l’embouchure de l’Yser. Oubliée à l’écart du centre-ville, rien ne rappelle son rôle historique.

Le long de la promenade, les enfants jouent, les mouettes crient. Les résidences saisonnières au bord de la plage semblent vides en cette période hors saison et, à l’horizon, l’Angleterre est toute proche.

Difficile de s’imaginer Français et Allemands s’affronter des deux côtés de l’Yser, la rivière qui se jette dans la mer du Nord, il y a cent ans. A première vue, aucune trace de la Grande Guerre dans Nieuport ; il faut se pencher et pointer sa loupe historique pour voir.

Fin août 1914 : l’armée belge est très affaiblie. Les Allemands veulent accéder aux ports stratégiques de la Manche (Calais, Dunkerque, Boulogne), et couper toute connexion entre la France et la Grande-Bretagne. « Militairement pour les Belges, il ne reste plus grand-chose à faire » analyse Jean-Michel Sterkendries, professeur à l’école militaire de Bruxelles. Certes réduit comme peau de chagrin, l’effectif belge a néanmoins l’avantage du terrain. Les soldats savent que leur terre, en dessous du niveau de la mer, est ainsi facilement inondable. Le 28 août ils ouvrent leurs écluses pour transformer la plaine de l’Yser en un lac infranchissable de Nieuport à Dixmude. Ce stratagème retient les Allemands jusqu’à la fin de la guerre.

« C’est comme ça que le secteur était ainsi le plus « tranquille », mais aussi le plus insalubre » précise Jean-Michel Sterkendries. Il faudra dix ans aux habitants pour restaurer la terre et la rendre cultivable de nouveau.

Le buste et la plaque à la mémoire d'Henri Geeraert se côtoient à quelques mètres l'un de l'autre, mais personne ne sait pourquoi ils sont séparés de manière si incongrue.

Le buste et la plaque à la mémoire d’Henri Geeraert se côtoient à quelques mètres l’un de l’autre, mais personne ne sait pourquoi ils sont séparés de manière si incongrue.

De ce geste de survie, il reste peu de traces, que l’Office de tourisme s’efforce de valoriser à l’occasion du centenaire. Ici et là se cachent des témoignages du passé, souvent peu indiqués. La seule écluse en l’état est totalement excentrée de Nieuport, sur un chemin dédié à la ligne de front. Pour le curieux comme le passionné, ce lieu symbolique est confidentiel et difficile d’accès. Le buste d’Henri Geeraert, l’éclusier responsable de l’inondation, trône inexplicablement sur la façade d’une maison privée au bord de l’Yser, sans cohérence avec sa plaque commémorative, quelques mètres plus loin dans la rue.

Le buste et la plaque à la mémoire d'Henri Geeraert

La plaque à la mémoire d’Henri Geeraert

Pourtant Nieuport semble porter un intérêt renouvelé à son passé. Patrick Vanleene est chargé des commémorations pour la ville depuis 2010. Son plus gros projet : un nouveau lieu d’exposition sous le monument à la mémoire du roi-soldat Albert Ier. Il ouvrira en octobre avec une rétrospective sur l’ouverture du front ouest. Suivront en 2015 un hommage aux fusiliers-marins bretons et aux artistes-soldats belges en 2016.

Maire de Tracy-le-Mont depuis 2008, Jacques-André Boquet n’a pas d’étiquette politique, mais se présente

comme « un humaniste, avec une sensibilité de gauche ».

Petit-fils de poilu, passionné de la Grande Guerre et maire

Dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale, Jacques-André Boquet, maire de Tracy-le-Mont, met en œuvre de multiples projets pour valoriser la ville, son patrimoine et surtout la mémoire des poilus.

Jacques-André Boquet a grandi en Picardie. Ce technicien agricole, déjà conseiller municipal, a été élu maire en 2008, avec 60% des suffrages.

Jacques-André Boquet a grandi en Picardie. Ce technicien agricole, déjà conseiller municipal, a été élu maire en 2008, avec 60% des suffrages.

« Je suis le petit-fils d’un poilu, je fais donc partie de la dernière génération à avoir un lien charnel avec ces combattants ». Jacques-André Boquet est maire de Tracy-le-Mont, un petit village de 1750 habitants sur une superficie de 1750 hectares : « Presque un habitant par hectare ! » plaisante-t-il. Tracy-le-Mont comptait 2000 habitants en 1914 et 318 seulement à l’issue de la guerre. Aujourd’hui encore, le village n’a toujours pas retrouvé la population et la prospérité qui étaient siennes il y a un siècle…

Passionné de la Grande Guerre, Jacques-André Boquet fait partie des maires dont la tête et l’emploi du temps regorgent d’idées et de projets à l’occasion du centenaire. Mais il tient à marquer la distinction : « Au-delà du maire, c’est bien l’homme qui parle lorsque je dis qu’il ne faut pas oublier ce qui s’est passé et surtout que ça peut recommencer ».

Élu en 2008, il a vite remarqué que l’endroit foisonnait de vestiges de la Grande Guerre qui n’étaient pas réellement exploités. Ce qui présentait pour lui un intérêt, à la fois, économique et touristique. Et au-delà de ceux-ci, la notoriété : « Tout le monde connait la bataille de la Somme ou le Chemin des Dames, qui sont juste à côté de chez nous. Par contre, dans l’Oise, on a l’impression qu’on ne s’est pas battu. Pourtant, même en l’absence de grandes batailles, les vestiges sont très nombreux ».

Partager avant tout

« Contrairement à la plupart des collectionneurs, je suis pour le partage des documents et objets qu’on retrouve, je ne vois pas l’intérêt de tout garder pour moi » affirme Jacques-André Boquet. Il multiplie donc les initiatives avec, par exemple, la mise en place d’un sentier de randonnée dans le village qui mène aux lieux commémoratifs de la Grande Guerre, aux tranchées ou encore aux carrières allemandes.

L’association Patrimoine de la Grande Guerre a mis en place un balisage autour des vestiges de Tracy-le-Mont, pour une randonnée de six kilomètres. Des silhouettes en contreplaqué réalisées par des artistes locaux jalonnent leparcours.

L’association Patrimoine de la Grande Guerre a mis en place un balisage autour des vestiges de Tracy-le-Mont, pour une randonnée de six kilomètres. Des silhouettes en contreplaqué réalisées par des artistes locaux jalonnent le parcours.

« Je ne suis pas vraiment dans un esprit commémoratif, mais plutôt dans un esprit pédagogique » affirme-t-il. Outre les sorties de classes qu’il organise régulièrement, le maire a créé un Conseil municipal junior dans le but d’intégrer les jeunes aux commémorations. « Maintenant on a une vingtaine d’enfants qui participent aux événements commémoratifs et qui ont des projets concrets » parmi lesquels, notamment, redonner une histoire aux noms qui figurent sur les monuments aux morts.

Malgré ses tentatives de transmettre un devoir de mémoire aux jeunes générations, Jacques-André Boquet garde les pieds sur terre : « Je sais bien que quand on a 18 ou 20 ans, la Première Guerre mondiale, c’est l’équivalent de ce que représentaient les guerres napoléoniennes pour moi ! ».

Centenaire prometteur

Tracy-le-Mont fait par ailleurs partie des cinq Communautés de Communes qui travaillent ensemble au projet « Musée-Territoire 14-18 », avec un but unique : mettre en valeur le territoire, et plus encore que la grande histoire, le quotidien des poilus. Les communes se préparent donc au mieux à l’afflux de visiteurs évident que le centenaire va engendrer : « Tous les jours j’ai des demandes de visites et tous mes week-ends d’avril jusqu’à septembre sont réservés ! »

L’impact touristique est réel, surtout auprès des étrangers. Jacques-André Boquet rencontre régulièrement des anglophones sur les sentiers. Le maire regrette toutes fois le manque de moyens octroyés parfois à la restauration des cimetières français. « Quand on compare avec les cimetières allemands ou anglais qui sont parfaitement entretenus, c’est vraiment dommage ! »

La décharge qui fâche
Didier, un jardinier passionné et rigoureux

Didier, jardinier dans un cimetière : « ma passion c’est la vie »

Dans les allées désertes du cimetière, une silhouette se dérobe à l’œil du visiteur. Dans la discrétion, Didier, jardinier qualifié du carré militaire du cimetière de Béthune exerce son métier depuis 26 ans. Sa motivation est saisissante : « Ce qui me passionne, c’est la vie ». Curieuse réponse pour un homme qui travaille seul, en silence, et en compagnie des morts depuis bientôt trois décennies. « M’occuper des fleurs est ma façon de rendre hommage aux morts ».

Formé à l’école d’horticulture de Genech, Didier a d’abord travaillé dans des jardins publics. Mais au désordre des parcs, il préfère la discipline des cimetières militaires. « Ce que j’aime, c’est la droiture du travail. Je préfère avoir des directives. Il faut que tout soit droit et rigoureux, j’aime ça. » Pour autant, la passion de l’Histoire ne l’a pas gagné. Si certains de ses collègues sont devenus des passionnés de la Grande guerre, lui se consacre uniquement à embellir les tombes de ses morts.

« Les fleurs sont à la stèle ce que l’écrin est au bijou »

« Les fleurs sont à la stèle ce que l’écrin est au bijou. On n’offrirait pas un bijou à une femme sans avoir pris soin de l’emballer. Pour les tombes, c’est la même chose. »

Les stèles sont alignées avec une précision extrême.

Les stèles sont alignées avec une précision extrême.

Les tombes s’alignent dans une symétrie parfaite et pas une feuille ne vient perturber la géométrie du paysage. Construit entre 1918 et 1928, le cimetière a une double fonction : une partie civile gérée par la mairie, et le carré militaire qui appartient à la Commonwealth World Graves Commission, une autorité chargée des sépultures des soldats morts pendant les deux guerres mondiales. C’est donc la couronne britannique qui finance l’entretien des lieux. « Ma directrice principale, c’est la reine d’Angleterre » plaisante Didier.

Derrière les rangées de stèles anglaises se dressent des tombes allemandes, indiennes, canadiennes. Et à chaque nationalité, sa particularité. Le jardinier lutte contre la détérioration des tombes allemandes, dont nombre de gravures sont devenus illisibles.

Selon Didier, la pierre allemande n’a pas été conçue pour durer. « Pour les Allemands, tout doit être gardé à l’état naturel. C’est tout le contraire de nous. Là-bas si un arbre meurt dans un coin du cimetière, on le gardera quand même. Ici, il sera taillé et enlevé immédiatement. » A l’occasion du centenaire, des travaux de rénovation auront lieu dans l’ensemble du cimetière. Une satisfaction pour Didier qui le réclame depuis longtemps.

Aucune distinction sociale pour les militaires morts au combat

Pour Didier, les stèles ne sont pas que des pierres: ce sont d’abord des hommes. Dans la carré militaire anglais, aucune distinction de grade ni de statut social. «  Dans le cimetière, il y a aussi bien des lords que des simples soldats. Ils sont enterrés par date de décès. » Une disposition qui le touche profondément.

Le carré militaire du cimetière Nord de Béthune

Le carré militaire du cimetière Nord de Béthune

Pourtant, le fond du cimetière témoigne du fait que les hommes ne naissent et ne meurent pas égaux. Un terrain vague appartenant à la mairie de Béthune est dédié à l’enterrement des « indigents ». Quelques croix sont dispersées au-dessus d’une fosse commune d’environ 100 m2 séparées du reste du cimetière par un simple muret.

« Il y a plus de corps ici que dans mon cimetière tout entier » lâche Didier. Une situation qu’il essaie de changer depuis des années avec détermination. « Tous les 1er novembre, monsieur le Maire se rend dans mon cimetière et me renouvelle sa promesse d’investir de l’autre côté du mur. »

Les mini-soldats et la mise en scène de la guerre au musée de la figurine historique de Compiègne

Compiègne : la Grande Guerre en miniatures

C’est un musée où le quotidien des soldats de la Première Guerre mondiale côtoie les grands événements de l’histoire militaire française. Au musée de Compiègne, des mises en scène de miniatures consacrées à l’histoire de la Première Guerre mondiale évoquent des scènes de la vie quotidienne des Poilus autant que les grands batailles. L’ambiance, volontairement sombre, est également pensée pour être au service des figurines et des scènes présentées. L’œil du visiteur, happé par les collections, voit disparaître les notions de temps et d’espace et plonge dans cet univers qui raconte des histoires tragiques avec une touche de magie.

Un art au service de l’histoire

Réalisées avec un grand souci d’exactitude, les reconstitutions du musée de la figurine renouvellent le regard. Par les souvenirs d’enfance qu’il fait resurgir, ce monde fascine les plus jeunes qui se laissent conter l’Histoire à travers  ces vitrines, où les scènes de la Grande Guerre  prennent vie. Selon Christine Amiard, assistante en conservation du lieu,  « Le musée  réconcilie les jeunes avec l’histoire puisqu’ils peuvent visualiser et mettre des uniformes, des visages, des situations autour d’évènements souvent abstraits appris dans les livres d’école. »

Le musée de Compiègne

En 1927 le legs de la collection d’Alfred Ternisien de 30 000 figurines, rassemblées de 1870 à 1907, annonce la naissance du musée compiégnois, au sein de l’Hôtel de ville. En 1948, à l’initiative de la Société des collectionneurs de figurines historiques, une exposition se tient à Compiègne et assure l’existence du musée qui se complète peu a peu avec les différents dioramas (scènes reconstituées en figurines) qui enrichissent sa collection.

En 1980, le musée est restauré et rénové par l’abbé Robert Ducoin, qui lui donne par le même occasion son élan. Aujourd’hui, le musée abrite plus de 100 000 figurines en étain, plomb, bois ou papier mâché dont la moitié environ est exposée sur près de 500 m² divisés en six espaces chronologiques. Les dioramas appartiennent à de grands noms de la figurine historique tels que Fernande Métayer, Eugène Leliepvre, Wladimir Douchkine, entre autres, qui constituent le fond du musée.

Le musée de la Figurine historique expose l’art de la miniature et des reproductions historiques. Les figurines restituent les grands moments de l’histoire française. Un bon quart d’entre elles illustrent les deux derniers conflits mondiaux.

Briqueterie Affichage Giliane

A la Briqueterie, tout le monde est mobilisé pour mettre les « Arts en bataille »

A la Briqueterie, association d’expression artistique et culturelle d’Amiens, artistes indépendants ou membres d’un collectif ont répondu présents pour poser un nouveau regard sur la guerre 14-18.

Artistes plasticiens, lecteurs, comédiens, vidéastes ou chanteurs. Les artistes de la Briqueterie, lieu de création à Amiens, se sont mobilisés pour faire réagir ou réfléchir sur la Première Guerre mondiale. « L’idée était de rassembler un maximum d’artistes pour travailler sur ce sujet et de mettre en avant leur travail » explique François Decayeux, coordinateur du projet à la Briqueterie. L’exposition apporte une vision artistique sur la Grande Guerre,  en faisant se croiser les regards des différents artistes.

Titi Mendes, comédien dans la compagnie « Car à pattes » veut redonner vie à des textes évoquant la guerre « sans tomber dans le pleurnichard ». Il joue de ses talents de comédien pour mettre en scène les morceaux de texte choisis, à l’image du texte de Barbusse Le Feu. « L’écrivain a été sur le front et raconte vraiment ce qu’il a vécu. C’était pas des intellectuels dans les tranchées, les types venaient de partout, avaient des accents, alors on a joué aussi de ça. » Après 20 ans de théâtre, c’était la première fois que Titi Mendes faisait une lecture. « Je me suis éclaté » raconte-t-il.

Titi Mendes accompagné des deux autres lecteurs, lors du vernissage de l'exposition.

Titi Mendes accompagné des deux autres lecteurs, lors du vernissage de l’exposition.

Et ce n’est pas fini. A partir du 22 mars, l’exposition recommence à la Ferme d’Antan, à Creuse. « On a laissé une grande liberté aux artistes, ça touche tous les publics, ce qui permet une adaptation du projet » détaille François Decayeux. La Briqueterie, qui finance l’exposition « Arts en bataille » , voudrait réutiliser les œuvres des artistes, en les exposant lors de commémorations officielles ou dans des collèges et lycées, pour s’ouvrir à un jeune public. « C’est un projet à long terme, que l’on va étaler sur les quatre années si on en a la possibilité. » précise le coordinateur.

Les artistes peuvent aussi exploiter le travail déjà réalisé, comme Véronique Lespérat-Héquet, vidéaste, qui travaille autour des fétiches Nénette et Rintintin. « Ma grand-mère, qui avait dix ans au début de la guerre, me racontait l’histoire de ces petits personnages conçus en laine et envoyés aux soldats pour les protéger des canons allemands » témoigne Véronique Lespérat-Héquet. L’artiste aimerait étendre son projet à l’international pour enrichir l’installation avec des fétiches venus du monde entier. A terme, elle aimerait aussi envoyer des fétiches aux soldats qui combattent dans les conflits actuels. A la Briqueterie, l’exposition « Arts en bataille » est un moyen de traiter la Grande Guerre sous toutes ses formes. C’est aussi l’occasion pour eux de faire réfléchir aux guerres d’aujourd’hui.

L'entrée de la Talbot House

La « Talbot House » ou la pause du soldat

Une immense porte blanche, chargée de courbes et d’arabesques en fer forgé, vous accueille. Au-dessus, l’enseigne indique : « Talbot House, 1915- ? Every-man’s club ». Nous entrons dans un morceau d’Angleterre, situé à Poperinge, en Belgique. Non loin de là, à douze kilomètres, pendant la Grande Guerre, les troupes britanniques combattaient aux côtés des forces belges, sur la portion de front traversant Ypres, « the Ieper bow ».

« Poperinge a eu de la chance, c’est l’une des deux villes belges qui n’ont jamais été envahies et qui étaient relativement à l’abri des obus », confie Gertjan Remmerie, jeune guide au musée attenant à la Talbot House. C’est en 1915 qu’un jeune prêtre anglican fonde ce « club », doté d’une chapelle, d’une bibliothèque et d’une « dry canteen ». Comprenez un bar sans alcool, pour limiter les débordements parmi les 200 000 soldats en garnison à Poperinge.

Le repos du guerrier au jardin - Photo : Talbot House

Le repos du guerrier au jardin – Photo : Talbot House

La devise du club ? Pessimistes, passez votre chemin ! « De toute ma vie, je n’ai jamais connu d’endroit aussi bon pour le moral que la Talbot House » : le compliment est du général Sir Herbert Plumer, rendant hommage en 1929 à ces années passées à Poperinge. L’établissement tenait alors lieu de havre de paix. Les soldats pouvaient y oublier pour un temps la guerre, en jouant aux fléchettes ou en parcourant les allées du jardin, impeccablement entretenues jusqu’à aujourd’hui.

« Toujours un club à soldats »

« Nous accordons une grande attention à l’authenticité, nous nous battons pour maintenir l’endroit tel qu’il était pendant la guerre. C’est toujours un club à soldats, ouvert à tous », rappelle notre guide Gertjan. Certes, en ce jour de semaine, il n’y a pas foule à la Talbot House. Nous traversons le musée, la salle de concert, passons au jardin, gagnons les combles où se trouve la chapelle et achevons la visite au salon de thé. Sous le haut plafond de cette grande maison bourgeoise très « british », les murs sont pastels et le lustre agrémenté de pampilles étincelantes. Un piano noir, d’époque aussi, trône dans un coin, tandis qu’on nous sert du thé au lait sur de généreuses tables en bois.

Le salon de thé, havre de paix

Le salon de thé, havre de paix

Notre serveur, guide également et plus âgé que son jeune confrère, livre son analyse : « Vous avez visité le cimetière militaire de Lijssenthoek ? Là-bas, les morts sont alignés les uns à côté des autres dans leurs tombes. Ici, venaient essentiellement des jeunes gens ayant foi en l’avenir, qui songeaient à se marier et à faire des enfants. Cette maison a toujours été un endroit tourné vers la vie, tandis qu’un cimetière entretient le souvenir des morts. C’est là toute la différence entre ces vestiges du passé. » Durant la guerre, la Talbot House était un lieu d’oubli, oubli des combats et des violences. Elle est désormais un lieu de mémoire, où il fait toujours bon vivre.

Dans la forêt de Pfetterhouse, une jolie maison en colombage. De 1871 à 1914, les frontières française, suisse et allemande traversaient le village de Pfetterhouse . A l’automne 1914, les Français fixèrent le début du Front à la frontière suisse du Largin.

Diaporama : l’association des Amis du Kilomètre 0

Dans la région du Sundgau se trouve le village français de Pfetterhouse. C’est ici que le premier soldat français est mort : le caporal Peugeot. Afin de ne pas oublier cette guerre de tranchées, André Dubail, ancien professeur d’histoire, a fondé l’association des amis du Kilomètre zéro. A l’occasion du centenaire de 14 – 18, ils organisent des visites sur cette partie de la ligne de front. Godasses aux pieds, c’est parti pour une excursion dans la forêt au milieu des trous d’obus et des barbelés.

Crédit : Raoul Tonnelier, Les cavaliers blancs n'entreront pas à Nancy 1915 cc Musée lorrain, photo Philippe Caron

« Prendre Nancy ou mourir ! »

Première étape du périple en Lorraine, Nancy. L’évidence nous tombe sous les yeux : commencer par le Musée Lorrain et son exposition « La Lorraine dans la guerre ». Pour poser les bases et commencer à prendre contact avec cette ville, la région et son histoire étonnamment méconnue.

« Moi je croyais que Nancy avait été occupée en 1914 ! » Jean-Claude est pourtant amateur d’histoire. Né à quelques kilomètres de Verdun, il se passionne pour la Grande Guerre. Venu rendre visite à sa fille, étudiante à Nancy, il en profite pour faire un tour au Musée Lorrain à deux pas de la place Stanislas avec son épouse. Ce qui l’intéresse, c’est l’exposition temporaire : « Eté 1914, Nancy et la Lorraine dans la guerre ».

Une bataille injustement méconnue

Au commencement de la guerre, la Lorraine est le premier territoire français touché par les combats. Très vite, la ville de Nancy devient un enjeu stratégique car derrière, l’armée française se bat dans la Marne. C’est le général de Castelnau qui organise la défense de la ville. S’engage alors la bataille du Grand Couronné, nom du massif de collines qui forment une défense naturelle au nord de Nancy.

Au musée Lorrain l’exposition coûte 4€. Des objets d’époque, des uniformes, mais aussi des œuvres d’arts, d’artistes locaux qui ont immortalisé ces combats meurtriers. Le Grand Couronné y apparaît comme une bataille injustement méconnue au regard de son importance pour la suite de la guerre. Mais aussi pour la violence des combats : plus de 200 000 morts en deux mois.

L’exposition : « Eté 1914, Nancy et la Lorraine dans la guerre » au Musée lorrain de Nancy

L’exposition : « Eté 1914, Nancy et la Lorraine dans la guerre » au Musée lorrain de Nancy

« Il fait chaud, hein ! »

Marie et Margot, lycéennes n’avaient jamais entendu parler de cette bataille à l’école, seulement de « Verdun ». Leur grand-mère est conquise : Lunéville, Gerbéviller, ces lieux lui parlent, elle est originaire de la région. Elle se souvient d’une carte de son oncle mort au front « Il fait chaud, hein ! » aurait-il déclaré. Emmitouflée dans son blouson dans le froid de la cour du musée, elle en rigole : « C’est pas vraiment un dicton vers ici ! ». Il faisait pourtant une chaleur étouffante en août 1914 quand éclatent les premiers obus sur la Lorraine. Des affiches d’époque rappellent le quotidien des habitants qui vivaient côtés français et allemand, sous les bombes. « Il est fortement déconseillé de regarder les appareils volants » rappelle cette affiche allemande aux habitants de Lunéville. « Moi c’est ce qui m’a le plus impressionnée » confie la maman.

Affiche 28 aout 1914. Cc Musée lorrain, Nancy/photo Michel Bourguet

Affiche 28 aout 1914. Cc Musée lorrain, Nancy/photo Michel Bourguet

Un Nancéen d’origine, qui a fait son service à Lunéville (Meurthe-et-Moselle), explique qu’ « il n’y a plus cette culture militaire » capable de transmettre la mémoire des combats moins connus. L’exposition du musée lorrain permet de se souvenir de ce passé local, parfois oublié des livres d’histoire. Elle fait écho à une exposition de 1994 qui soulignait la méconnaissance des combats du Grand Couronné.  Un oubli de l’Histoire que le 9e bataillon de l’ESJ, celui du Général Castelnau, essayera de réparer tout au long de cette semaine en Lorraine.