Marie Helène Féry_accordéoniste_spectacle

Marie-Hélène Féry raconte l’histoire avec ses « Chansons 14-18 »

De 1870 à 1945, trois guerres se sont succédé sur les terres de Moselle. Le peuple y vivant a toujours eu du mal à trouver son identité. Originaire de cette région, Marie-Hélène Féry a entendu par les membres de sa famille beaucoup d’anecdotes de la guerre 14-18 en grandissant. Aujourd’hui, elle transmet à travers ses chansons la façon dont les Mosellans voyaient le monde pendant ces années troublantes.

Marie-Hélène Féry a vécu une enfance déchirée entre une dualité culturelle et linguistique, créée par la ligne de front mouvante de la Grande Guerre. Son grand-père maternel, tailleur de pierre et originaire de la Moselle germanique, est arrivé en Moselle romane en 1900 pour réparer les monuments détruits pendant la guerre de 1870, et s’est marié avec une femme, originaire du côté roman.

La guerre a fait beaucoup souffrir son grand-père. Pendant la guerre, il est revenu du champ de bataille à Riga (sur le front est) à la Moselle à pied et a mangé des corbeaux gelés pour lutter contre la faim. Pleine de haine, la mère de Marie-Hélène Féry interdisait à sa fille de prononcer le moindre mot en allemand. « Elle détestait les Allemands, même si son père et son frère avaient fait la guerre de 14-18 sous le drapeau germanique », explique la chanteuse.

Mais dans la famille, l’amour l’emportait sur toutes les différences culturelles. Quelle que soit leur identité officielle, « les Mosellans étaient toujours les Mosellans, c’était la ligne frontalière qui bougeait », martèle Marie-Hélène Féry. Pour rendre hommage à son grand-père, elle a créé un spectacle musical qui lui est dédié : L’âme sur la frontière.

L'âme sur la frontière, un spectacle musical de Marie-Hélène Féry dédié à son grand-père maternel.

L’âme sur la frontière, un spectacle musical de Marie-Hélène Féry dédié à son grand-père maternel.

« Mes spectacles essayent de tisser un lien entre le passé et notre présent »

Son autre spectacle, Chansons 14-18, reprend des chansons des poilus. Depuis sa première mise en scène en 2008, la voix de Marie Hélène Féry a « su toucher le cœur du public » (L’Est Républicain du 3 octobre 2008). Sur la liste se trouvent des chansons réalistes, tragiques, mélodramatiques, poétiques, gaies et rythmées et coquines de la guerre, comme La Madelon, qu’elle avait chanté en 2008 : « Pour oublier peine et chagrin, et se rappeler leur village, pour retrouver tout leur courage… »

La jeune femme a étudié la psychologie avant de devenir chanteuse, à l’âge de 34 ans. « La psychologie te met face à tes désirs. Quand j’ai commencé à chanter, j’ai découvert que tout ce que je chante sont des chansons que j’ai entendues quand j’étais petite. Puis je voulais remontrer l’histoire de ces chansons, et l’histoire familiale pendant la guerre. Tout est revenu », raconte-t-elle avec émotion.

Depuis 2008, la chanteuse met en scène Chansons 14-18 sur des lieux de batailles, dans des villages détruits et d’autres lieux témoins de la guerre. L’idée de ce spectacle lui est arrivée naturellement : « C’était l’ambiance familiale. J’en avalais tous les jours. » Pour le construire, la jeune femme a fréquenté tous les musées de France évoquant cette guerre. « Il suffisait de se promener en Moselle, tout est imprégné par la guerre. Les abris sont partout, j’ai joué dedans quand j’étais enfant », rappelle-t-elle.

Selon Marie-Hélène Féry, la douleur de la Première Guerre mondiale mérite d’être revécue. « C’est bien de rendre ces douleurs visibles pour libérer une énergie qui pourrait être transformée en quelque chose de positif », explique-t-elle en souriant.

Les participants à la reconstitution, au bord du champ où a eu lieu le match de foot de la trêve de noël 1914

Marchons, marchons, comme en 14

Comme chaque année, Laurent Joye, ancien légionnaire et président de l’Union des anciens combattants d’Armentières et passionné d’histoire, organise une marche du souvenir. Ce dimanche 9 mars, des associations venues des quatre coins du Nord-Pas-de-Calais ont répondu à l’appel. Ils sont une trentaine, pour la plupart très jeunes. La vingtaine sonnante. Ils viennent marcher de Frelinghien à Armentières pour raconter  les petites histoires de la guerre. Celle que les livres d’histoire n’ont pas gardé, faute de grandes batailles meurtrières, mais où la mort et les combats furent quotidiens. Cette marche est une machine à voyager dans le temps et dans le souvenir.

Beffroi d'Arras

Arras : Les jeunes et la Grande Guerre

A Arras, ville totalement détruite en 1915, l’intérêt des jeunes pour la Première Guerre mondiale est limité, malgré les initiatives prises par la municipalité à l’occasion du centenaire. Nombre d’entre eux ne se sont jamais rendus à Notre-Dame de Lorette ou à Vimy, lieux de mémoire situés à seulement quelques kilomètres. Comment expliquer ce désintérêt ?

Menu d’époque, Noël 1916

« Les poilus ne mangeaient pas de veau ! »

A l’occasion des commémorations du Centenaire de la Grande Guerre, une quinzaine de chefs restaurateurs de l’Oise proposeront dès le printemps des « Menus 14-18 ». L’initiative, lancée par le comité départemental du tourisme de l’Oise, ne fait pas toujours l’unanimité parmi les restaurateurs.

Au menu, un écrasé de rutabagas au lard, une blanquette de veau à l’ancienne et une tarte pomme/rhubarbe. En guise de décoration, sur la carte, des coquelicots, symbole des poilus de la Grande Guerre. Dans son établissement compiégnois de la place du Château, Françoise Le Bris, patronne du restaurant « Les Accordailles », bouillonne. « Vous croyez qu’ils avaient un menu, ces gens-là? Qu’ils avaient le temps de cuisiner du veau, ou un bon pain d’épices? » interroge-t-elle.

Françoise Le Bris, restauratrice à Compiègne, considère que les « Menus 14-18 » constituent une idée de mauvais goût.

Françoise Le Bris, restauratrice à Compiègne, considère que les « Menus 14-18 » constituent une idée de mauvais goût.

L’Office du Tourisme l’a contactée par mail à l’automne 2013, en lui demandant d’instaurer un « Menu 14-18 », proposé sur sa carte jusqu’en 2018. Pour qu’on ne pense pas qu’elle refuse d’entendre parler de la Première Guerre mondiale, elle a suivi le mouvement. Pourtant, elle se demande si une telle initiative n’a pas quelque chose de déplacé. « J’ai un grand respect pour ces gens qui ont souffert. Mais un menu 14-18, franchement…On sait bien que les poilus ne mangeaient pas de veau ! »

Sardines et corned-beef

Alors, peut-on rendre honneur aux soldats au moyen d’un menu ? Jean-Yves Bonnard, historien et maire de Chiry-Ourscamp, indique avoir travaillé avec certains restaurateurs autour de questions sur les aliments et les habitudes culinaires de l’époque. « On ne s’est pas restreints à la nourriture du front ! Entre les années 1910 et 1920, la place du repas est très importante au sein de la famille, dont les membres aimaient se retrouver pour de grandes fêtes familiales. »

« Et puis le repas, c’est aussi du rêve, pour les soldats y compris ! » explique-t-il, avant d’évoquer la création de menus autour de Jean-Jacques Rousseau l’année dernière, qui ont très bien marché.

Le menu prévu par Françoise Le Bris, qui précise tout de même « Les soldats mangeaient aussi et surtout du rat, mais ça on n’en parle pas ! »

Le menu prévu par Françoise Le Bris, qui précise tout de même « Les soldats mangeaient aussi et surtout du rat, mais ça on n’en parle pas ! »

Au restaurant « Le Sol’fé », le chef s’est débrouillé seul pour l’élaboration des menus. « On s’est renseignés sur internet ; pour ce qui est des ingrédients, on a retenu les sardines, qui rappellent les conserves des poilus, mais aussi le bœuf, pour le corned beef ! » indique Sylvain Binutti, cuisinier de l’établissement. Pour lui, l’instauration des « menus 14-18 » est une bonne initiative.

« L’armistice a été signé à Compiègne, donc ce serait dommage qu’on ne le fasse pas ! ». Pourtant, il ne pense pas que l’idée entraîne un impact touristique et économique très important. Alors, bonne idée, ou initiative déplacée ? Dès la fin du mois de mars, ce sera aux touristes de la Grande Guerre d’en juger.

Jean-Yves Bonnard, historien qui a conçu les menus 14-18, lors d’une conférence sur l’histoire de l’Oise.

Jean-Yves Bonnard, historien qui a conçu les menus 14-18, lors d’une conférence sur l’histoire de l’Oise.

PSCHMITT

Comment j’ai découvert un réseau optique allemand

Patrick Schmitt n’est ni historien, ni archéologue. Tout juste un grand passionné de 14-18 et de sa ville, Sainte-Marie-aux-Mines. Par sa connaissance de la vallée et des recherches acharnées, il a mis au jour, seul, un réseau de transmission optique inconnu jusque-là.

Tout est parti d’un blockhaus, sur les hauteurs de Sainte-Marie-aux-Mines. Un ouvrage que Patrick Schmitt connaissait bien, du temps où il faisait partie de l’association de patrimoine et d’histoire de la ville.

Apprenant qu’il s’agissait d’un poste optique, servant à des transmissions lumineuses pour les Allemands durant la Première guerre, il s’est alors mis en tête de reconstituer le réseau entier. En calculant l’orientation des ouvertures des blockhaus, il a retrouvé vers quels autres ouvrages étaient dirigés les signaux lumineux. Jusqu’à révéler des vestiges inconnus jusque là, comme ce poste optique enterré, retrouvé dans le champ d’un paysan du coin. Un travail de deux ans, à base de calculs mathématiques, d’inventaire photographique et de cartes annotées.

 

 

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Les monuments aux morts alsaciens, une mémoire particulière

Les monuments aux morts d’Alsace en disent long sur la mémoire singulière que celle-ci entretient vis-à-vis de la Grande Guerre. Ni patriotiques, ni civiques, ils utilisent avant tout l’imaginaire religieux pour dire la douleur de toute une région.

Texte du diaporama sonore : Marie-Noëlle Denis, « Les Monuments aux morts de la Grande Guerre en Alsace », in Jean-Noël Grandhomme (dir.), Boches ou Tricolores. Les Alsaciens-Lorrains dans la Grande Guerre.
 

SOLDAT COQUELICOT PERONNE SPECTACLE

« Le soldat coquelicot » raconte la guerre en musique

La Première Guerre mondiale, ses tranchées, ses poilus tombés par milliers… Et si l’un d’entre eux se réveillait ? C’est l’histoire que raconte le spectacle musical Le Soldat coquelicot, créé par deux musiciens originaires de la Somme. Pour le centenaire 14-18,  la troupe espère se produire en Australie.

Il est seul dans la pénombre de la scène. Vêtu d’un long manteau kaki, il porte un casque Adrian. Un coquelicot rouge de papier est accroché à son col. Des cloches sonnent et le vent souffle, le soldat coquelicot avance et récite lentement : « Je suis un souvenir d’autrefois, et je dors là, sous cette croix. »

Le soldat coquelicot est un spectacle musical né il y a quatre ans sous l’impulsion de deux musiciens originaires de la Somme, Eric Bourdet, compositeur et Sébastien Godefroy, auteur. « On se promenait dans un cimetière militaire à Vermandovillers dans le pays Santerre. On a vu toutes ces tombes et on a eu envie d’écrire un spectacle qui raconterait l’histoire universelle d’un de ces soldats », raconte le compositeur.

Les deux artistes s’attellent à l’écriture du spectacle avec une ambition : rendre hommage à ces soldats tombés pendant la guerre 14-18 et entretenir leur mémoire pour ne jamais les oublier. Leur soldat, interprété par  Mouchine Mahbouli, parle de sa vie avant la guerre, de son départ sur le front, de l’horreur ds combats, de son amour resté au pays et de la paix. «  Au départ on ne savait pas où cela allait nous mener », témoigne Pierre Barbier, président de l’association du Soldat coquelicot (créée pour le spectacle), « On a fait appel aux trois harmonies de Péronne, Roye et Epehy et des chorales des mêmes villes. Cela réunit une centaine de choristes et 80 musiciens qui jouent uniquement des cuivres et des bois. »

Dans un style poétique, sous le son des clarinettes et du saxophone, le soldat coquelicot raconte sa vie avant la guerre, puis son espoir universel de paix. Photo :Frédéric Orzekowska

Dans un style poétique, sous le son des clarinettes et du saxophone, le soldat coquelicot raconte sa vie avant la guerre, puis son espoir universel de paix.

La première représentation a lieu à  à Péronne en 2010. « Il y avait environ 800 personnes, on entendait un moustique voler ! », se souvient le président. Une dizaine de représentations plus tard, après avoir parcouru différents villages du pays de Santerre, la troupe est labellisée en juin 2013 par la Mission Centenaire et table sur un nouvel objectif : «  Partir jouer à Albany, ville australienne jumelée avec Péronne en novembre prochain à l’occasion du centenaire », explique Jean-Manuel Plouvier, trompettiste au sein du spectacle. «  Jusqu’ici on a joué gratuitement, donc on n’a pas de fonds pour partir. Il nous faudrait 50 000 euros pour payer les billets d’avion de nos 200 artistes… » énumère-t-il.

Pour cela, la troupe compte sur la participation financière de l’État, de la région, de la ville mais aussi du mécénat privé. « On a joué Le Soldat coquelicot devant plus de 5000 personnes depuis sa création, c’est une manière originale de parler de la guerre, et on est absolument pas lassés ! », s’enchante Jean-Manuel Plouvier. Il reste neuf mois à la troupe pour trouver ce financement. Si le projet n’aboutit pas, les artistes continueront à jouer le spectacle durant toute la période du centenaire de la guerre de 14-18 et comptent se produire en Allemagne en 2015. « Pour 2018, on a déjà un nouveau spectacle en préparation », annonce le trompettiste. Avec la participation de musiciens australiens cette fois.

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En Allemagne, la Der des Ders négligée

A l’Historial de Péronne, un groupe de professeurs allemands semble s’être perdu au milieu des mannequins en uniformes d’époque. Perdus, parce que la Première Guerre mondiale, ils ne la connaissent que trop peu. Et ne l’enseignent pas beaucoup plus. En Allemagne, l’éducation privilégie plutôt la Seconde Guerre mondiale, plus marquante dans leur histoire, mais aussi pour leurs territoires. « On se sent plus concerné par celle-ci que par ‘la Der des Ders’. C’est la séparation de l’Allemagne en deux blocs après 1945 qui a forgé l’Allemagne d’aujourd’hui », explique Heino Prigge, professeur à la retraite.

Venus avec l’Association populaire allemande pour l’entretien des tombes de guerre, ces enseignants découvrent pendant deux jours plusieurs sites marquants de la Grande Guerre – à Arras, Péronne mais aussi en Belgique – avant de repartir dans leur pays visiter les cimetières de guerre. Le président de l’association Jan Effinger déplore l’état de l’enseignement de la Première Guerre mondiale dans son pays. « En Allemagne, on étudie à peine la Première Guerre mondiale. On est à la traîne par rapport à nos voisins », se lamente-t-il.

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Des professeurs allemands sont venus à l’Historial
de Péronne enrichir leurs connaissances sur la Grande Guerre.

Initialement, l’association avait pour seul but d’entretenir les sépultures des soldats tombés pendant cette guerre. Avec le temps, elle s’est aussi intéressée à l’entretien de la mémoire de 14-18. « On organise ces tours afin de sensibiliser les enseignants sur la Première Guerre mondiale et avec l’espoir qu’ils reviennent avec leurs élèves pour transmettre, à leur tour, cet héritage », se réjouit Jan Effinger. L’association est financée, en partie, par l’Etat allemand. Le gouvernement n’accorde des subventions que pour l’entretien physique des tombes. Il ne contribue pas à l’action de transmission d’héritage que constituent ces voyages : ce circuit de mémoire est payé par les professeurs eux-mêmes. Cette absence de soutien financier traduit l’état de l’enseignement de la Première Guerre mondiale outre-Rhin.

Pour Helmut Knohne, professeur d’histoire, l’Allemagne est en retard dans l’enseignement de la Grande Guerre, mais cela pourrait changer. « Les politiques commencent à prendre conscience des trop faibles connaissances des Allemands sur cette guerre », affirme-t-il. Selon lui, l’enseignement quasi inexistant du conflit de 14-18 est aussi culturel : « Peut-être que L’Allemagne préfère enseigner ses victoires. Certes, on a aussi perdu la Seconde Guerre mondiale, mais celle-ci a traumatisé et touché de nombreuses familles allemandes. »

Au cours de la boucherie de 14-18, l’Allemagne a perdu 2 millions de citoyens, majoritairement des militaires. En 1945, l’État allemand a enterré 4 millions de soldats et entre 1 et 3 millions de civils, de quoi, en effet, marquer les esprits.

 

Deux grandes batailles ont eu lieu à Craonne, en 1814 et en 1914