Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Serge Renger est collectionneur depuis l’âge de 13 ans. Son grand-père était amateur d’armes à feu, lui collectionne les uniformes de 14-18.

Publié le 4 avril 2014 · Elodie Hervé

« Non, je ne vous donnerai pas mon adresse, dites-moi où vous êtes et je viens vous chercher. » Serge Renger est méfiant quand nous l’appelons pour fixer un rendez-vous. Notre appel l’inquiète autant qu’il l’intrigue, mais il accepte de nous rencontrer. Ce grand mince de 53 ans est collectionneur depuis l’âge de 13 ans, et sa collection regorge de pièces rares.

Quand nous passons la porte d’entrée, presque intimidés, après un tour en voiture, pas de montages de médailles ni d’uniformes militaires mais un joli petit salon alsacien. Sur la table, une bouteille de vin blanc alsacien et cinq verres. Ses parents sont là tous les deux. Serge nous annonce alors que nous sommes chez eux « Je ne peux pas tout ramener chez moi, ma femme deviendrait folle », explique-t-il, un sourire en coin.

Un verre à la main, le regard sur la porte du salon, Serge Renger nous explique comment il est devenu collectionneur. « J’ai commencé en cherchant des objets dans les greniers de famille, et l’histoire particulière de ces biens m’a bouleversé. » Et après avoir épuisé tous les recoins des maisons de la famille et des amis, il a commencé à acheter des objets sur la Première et la Seconde guerre mondiale.

Mais dès que l’on aborde la question du prix de sa collection, la gêne se fait sentir. Serge refuse de chiffrer ses pièces. Du bout des lèvres, il explique qu’à l’approche du centenaire de plus en plus de personnes s’intéressent à la valeur marchande de ces vestiges de guerre. « Ces collectionneurs de billets, qui n’achètent que pour revendre plus tard à prix d’or pourrissent le marché. » Alors les prix augmentent et les arnaques sur le net se multiplient.

Travailleur dans un atelier de textile à Mulhouse, il est aussi sapeur-pompier volontaire depuis 30 ans. « Tout l’argent que je touche pendant mes vacations de sapeur-pompier me sert à payer des pièces pour ma collection », finit-il par nous dire.

Trois pièces remplies de mannequins

« On y va », lance-t-il. Il pose son verre, se lève, passe devant nous et nous indique l’escalier en bois qui mène à l’étage. Quelques marches plus haut et nous y voilà, au cœur du temple de ce passionné. Dans le couloir, deux mannequins de soldats en uniforme nous font face. Leurs visages, leurs postures et leurs habits semblent si réels que dans la pénombre de la pièce, ils nous font sursauter.

Dans trois pièces d’une quinzaine de mètres carrés chacune s’amoncellent des objets d’histoire. Là des casques militaires, soigneusement rangés sur des étagères, un peu plus loin des balles retrouvées sur des soldats. Tout y est, les chaussures des soldats côté français et allemand, les sacoches qu’ils portaient, les képis au dessus rouge des poilus du début de la guerre, des papiers, des lettres retrouvées sur eux, les gants,  les jumelles, les objets créés dans les tranchées par les soldats. Tout.

« C’est une vraie passion, raconte-t-il, en continuant la visite de la seconde pièce. Quand vous collectionnez, c’est d’abord pour vous, pour votre propre satisfaction personnelle. Mais je suis aussi dans le partage ». Alors pour faire découvrir une partie de ses costumes, ils les prêtent à des musées. Actuellement c’est avec la mairie de Carspach qu’il discute d’une grande exposition pour le centenaire.

« Mon seul regret, conclue-t-il, c’est de ne pas savoir ce que va devenir ma collection à ma mort. » A 53 ans, sans enfant, Serge est très anxieux à ce sujet : « C’est l’histoire d’une vie. »

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