Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

Gardiens de cimetières, restaurateurs de tombes ou encore visiteurs, ils sont nombreux à déplorer le manque de moyens octroyés à l’entretien des cimetières français. Ces lieux de mémoire de la Grande Guerre sont sujets à controverses, notamment en ce qui concerne leur entretien.

Publié le 6 avril 2014 · Claire Delattre

Gérard et André s’occupent d’entretenir la plupart des cimetières militaires de l’Oise, et ce par tous les temps.

Gérard et André s’occupent d’entretenir la plupart des cimetières militaires de l’Oise, et ce par tous les temps.

Des champs de batailles, il reste des champs de tombes. Un siècle plus tard, dans ces nombreux cimetières règne une ambiance étrangement paisible. « Il y en a encore des gens qui viennent, mais ils sont de moins en moins nombreux à fleurir les tombes… », constate Gérard, qui entretient les cimetières depuis 38 ans maintenant. En effet, que ce soit à Tracy-le-Mont, à Vignemont ou encore à Machemont, ces lieux de mémoire sont déserts. Avec André et trois autres collègues, ils s’occupent d’une quinzaine de cimetières dans l’Oise, par tous les temps.

Un métier difficile, autant sur le plan physique que moral. « On en voit, des choses, vous savez », confie Gérard. Rodéo en pleine nuit, voitures brûlées au centre du cimetière, tombes cassées par des jeunes collégiennes qui s’ennuyaient entre deux cours… Si ce n’est pas la mémoire, il semble que ce soit le respect qui se perde peu à peu.

L’entrée du cimetière de Vignemont, reculée des sentiers battus. Le calme qui y règne est saisissant.

L’entrée du cimetière de Vignemont, reculée des sentiers battus. Le calme qui y règne est saisissant.

« Je suis arrivé en 1976, au début il y avait même des rosiers. Mais ce n’est plus pareil aujourd’hui, l’ambiance est différente au bureau et j’ai envie d’arrêter, même si je fais ça par passion », affirme le restaurateur de 53 ans. Pas assez de moyens pour embaucher, un pragmatisme qui prend le pas sur l’enjeu mémoriel : Gérard n’est plus convaincu. Il continue cependant de poser un regard bienveillant sur les pierres tombales en soupirant « et pourtant on leur doit bien ça, au moins. »

A Tracy-le-Mont comme ailleurs, il n’est pas difficile de trouver les cimetières militaires, souvent indiqués par des panneaux anciens.

A Tracy-le-Mont comme ailleurs, il n’est pas difficile de trouver les cimetières militaires, souvent indiqués par des panneaux anciens.

« Honteux comparé aux cimetières étrangers »

Plus qu’autre chose, c’est aussi la différence entre les cimetières français et les cimetières étrangers que déplorent André et Gérard. « On a l’impression que tout le monde s’en fout, et notamment le gouvernement. » Ils ne sont pas les seuls : maires de communes, gardiens de cimetières ou encore membres de l’association Souvenir français avouent souvent avoir honte des cimetières français lorsqu’on les compare avec ceux, irréprochables et superbement entretenus, des Anglais, Néerlandais, ou encore Allemands.

Parmi les rares visiteurs que l’on rencontre, on croise d’ailleurs généralement des étrangers, comme un couple allemand venu se recueillir et parlant de Sehnsucht, un terme qui désigne en français la nostalgie de ce que l’on n’a pas connu. Dans le cimetière de Soissons, un grand-père a aussi emmené son petit-fils, qui ouvre de grands yeux sans mesurer encore tout ce que cela signifie. Il ne sait pas que sa génération sera déterminante dans la transmission de cette forme de nostalgie si particulière, de cette page de l’histoire qui s’efface déjà.

Au détour des nombreux cimetières que l’on croise le long de la ligne de front, on rencontre des restaurateurs qui déplorent le manque de moyens octroyés à l’entretien de ces lieux de mémoire, et de trop rares visiteurs.

S’il habite à deux pas de là, c’est la première fois que ce petit garçon découvre le cimetière de Soissons, accompagné par son grand-père.

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