Sur la ligne de front

14-18 en godasses, par les étudiants de l'Ecole de journalisme de Lille

La ville de Saint-Mihiel, dans la Meuse, a connu beaucoup moins de destructions pendant la Grande Guerre que Verdun, située 35 km plus loin.

Publié le 24 avril 2014 · Valentin Graff

En Meuse, difficile de passer à côté des histoires concernant la bataille de Verdun, où Français et Allemands se sont affrontés pendant de long mois en 1916. On estime qu’entre 50 et 80% de la ville a été détruit en l’espace de dix mois. Le patrimoine verdunois a été durablement marqué. Mais la Première Guerre mondiale est loin d’avoir meurtri la région de façon homogène. A Saint-Mihiel, par exemple, le bilan est très différent.

A Verdun, en ce mois de mars particulièrement doux, se baladent quelques touristes. Ils parcourent la ville haute et longent les rives de la Meuse en se livrant avec délices aux rayons de soleil qui viennent baigner le patrimoine local. Une partie de ce patrimoine constitue l’héritage de la Première Guerre mondiale. Tel le monument à la victoire, inauguré en 1929 et représentant un guerrier vigilant qui, depuis les anciens remparts, surveille l’Est. « Il n’a pas fait un super boulot, rigole Florence Lamousse, guide touristique de la région. Onze ans plus tard les Allemands occupaient la ville. »

Le reste du patrimoine, s’il n’y fait pas directement référence, est bien souvent marqué par la guerre. Laquelle, me demanderez-vous ? Eh bien, il est difficile d’en être certain à 100%. Parmi les cicatrices du passé belliciste de Verdun, seuls les impacts de balles peuvent être attribués avec certitude à la Seconde Guerre mondiale. Lors de la Grande Guerre, les combats n’ont en effet jamais atteint les rues verdunoises. En ce qui concerne les dégâts causé par les obus, il faut se référer aux archives pour déterminer leur origine. Certaines marques d’explosions parsèment encore les façades. Comme celles de la chapelle Saint-Nicolas ou de la Porte Chaussée. Selon la Mission Histoire du Conseil général de la Meuse, ces impacts laissés visibles l’ont été volontairement.

De gauche à droite, les façades de la Porte Chaussée (mitraillée pendant la Seconde Guerre mondiale), de la chapelle Saint-Nicolas et de la cathédrale de Notre-Dame de Verdun.

De gauche à droite, les façades de la Porte Chaussée (mitraillée pendant la Seconde Guerre mondiale), de la chapelle Saint-Nicolas et de la cathédrale de Notre-Dame de Verdun.

Trente-cinq kilomètres plus au sud, Saint-Mihiel n’a pas connu de destructions. Ou si peu. Occupée dès septembre 1914 par les Allemands qui souhaitaient ainsi encercler Verdun, elle n’est reprise que quatre ans plus tard par les forces alliées. Dans l’intervalle, la présence de Français, retenus de force dans la ville, dissuade leurs compatriotes d’utiliser l’artillerie.

Lors de la première attaque, en 1914, seules la bibliothèque bénédictine et l’église Saint-Etienne sont réellement endommagées. Le plafond de la première s’effondre tandis que la deuxième est touchée par un obus, qui abîme au passage le Sépulcre de Ligier Richier. Par la suite, le patrimoine sammiellois ne sera pas davantage concerné par les maux de la guerre.

Il sera même cajolé par les Allemands, en la personne de Jean-Baptiste Keune, conservateur du musée de Metz de 1896 à 1918. Chargé d’une campagne d’inventaire à l’arrière du front pendant la guerre, Keune cherche à protéger les œuvres des destructions. Il déplace de nombreuses pièces, dont certaines issues de Saint-Mihiel, et les met en sécurité loin de la ligne de front. La ville de Metz a même baptisé un jardin en son honneur en 2011, afin de rendre hommage à son dévouement pour le patrimoine de la région. La guerre n’était donc pas manichéenne. Dans chaque camp, des hommes et des femmes œuvraient pour le bien commun. Pour Jean-Baptiste Keune, il s’agissait de préserver le patrimoine.

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