L'entrée de la Talbot House

La « Talbot House » ou la pause du soldat

Une immense porte blanche, chargée de courbes et d’arabesques en fer forgé, vous accueille. Au-dessus, l’enseigne indique : « Talbot House, 1915- ? Every-man’s club ». Nous entrons dans un morceau d’Angleterre, situé à Poperinge, en Belgique. Non loin de là, à douze kilomètres, pendant la Grande Guerre, les troupes britanniques combattaient aux côtés des forces belges, sur la portion de front traversant Ypres, « the Ieper bow ».

« Poperinge a eu de la chance, c’est l’une des deux villes belges qui n’ont jamais été envahies et qui étaient relativement à l’abri des obus », confie Gertjan Remmerie, jeune guide au musée attenant à la Talbot House. C’est en 1915 qu’un jeune prêtre anglican fonde ce « club », doté d’une chapelle, d’une bibliothèque et d’une « dry canteen ». Comprenez un bar sans alcool, pour limiter les débordements parmi les 200 000 soldats en garnison à Poperinge.

Le repos du guerrier au jardin - Photo : Talbot House

Le repos du guerrier au jardin – Photo : Talbot House

La devise du club ? Pessimistes, passez votre chemin ! « De toute ma vie, je n’ai jamais connu d’endroit aussi bon pour le moral que la Talbot House » : le compliment est du général Sir Herbert Plumer, rendant hommage en 1929 à ces années passées à Poperinge. L’établissement tenait alors lieu de havre de paix. Les soldats pouvaient y oublier pour un temps la guerre, en jouant aux fléchettes ou en parcourant les allées du jardin, impeccablement entretenues jusqu’à aujourd’hui.

« Toujours un club à soldats »

« Nous accordons une grande attention à l’authenticité, nous nous battons pour maintenir l’endroit tel qu’il était pendant la guerre. C’est toujours un club à soldats, ouvert à tous », rappelle notre guide Gertjan. Certes, en ce jour de semaine, il n’y a pas foule à la Talbot House. Nous traversons le musée, la salle de concert, passons au jardin, gagnons les combles où se trouve la chapelle et achevons la visite au salon de thé. Sous le haut plafond de cette grande maison bourgeoise très « british », les murs sont pastels et le lustre agrémenté de pampilles étincelantes. Un piano noir, d’époque aussi, trône dans un coin, tandis qu’on nous sert du thé au lait sur de généreuses tables en bois.

Le salon de thé, havre de paix

Le salon de thé, havre de paix

Notre serveur, guide également et plus âgé que son jeune confrère, livre son analyse : « Vous avez visité le cimetière militaire de Lijssenthoek ? Là-bas, les morts sont alignés les uns à côté des autres dans leurs tombes. Ici, venaient essentiellement des jeunes gens ayant foi en l’avenir, qui songeaient à se marier et à faire des enfants. Cette maison a toujours été un endroit tourné vers la vie, tandis qu’un cimetière entretient le souvenir des morts. C’est là toute la différence entre ces vestiges du passé. » Durant la guerre, la Talbot House était un lieu d’oubli, oubli des combats et des violences. Elle est désormais un lieu de mémoire, où il fait toujours bon vivre.

Dans la forêt de Pfetterhouse, une jolie maison en colombage. De 1871 à 1914, les frontières française, suisse et allemande traversaient le village de Pfetterhouse . A l’automne 1914, les Français fixèrent le début du Front à la frontière suisse du Largin.

Diaporama : l’association des Amis du Kilomètre 0

Dans la région du Sundgau se trouve le village français de Pfetterhouse. C’est ici que le premier soldat français est mort : le caporal Peugeot. Afin de ne pas oublier cette guerre de tranchées, André Dubail, ancien professeur d’histoire, a fondé l’association des amis du Kilomètre zéro. A l’occasion du centenaire de 14 – 18, ils organisent des visites sur cette partie de la ligne de front. Godasses aux pieds, c’est parti pour une excursion dans la forêt au milieu des trous d’obus et des barbelés.

Crédit : Raoul Tonnelier, Les cavaliers blancs n'entreront pas à Nancy 1915 cc Musée lorrain, photo Philippe Caron

« Prendre Nancy ou mourir ! »

Première étape du périple en Lorraine, Nancy. L’évidence nous tombe sous les yeux : commencer par le Musée Lorrain et son exposition « La Lorraine dans la guerre ». Pour poser les bases et commencer à prendre contact avec cette ville, la région et son histoire étonnamment méconnue.

« Moi je croyais que Nancy avait été occupée en 1914 ! » Jean-Claude est pourtant amateur d’histoire. Né à quelques kilomètres de Verdun, il se passionne pour la Grande Guerre. Venu rendre visite à sa fille, étudiante à Nancy, il en profite pour faire un tour au Musée Lorrain à deux pas de la place Stanislas avec son épouse. Ce qui l’intéresse, c’est l’exposition temporaire : « Eté 1914, Nancy et la Lorraine dans la guerre ».

Une bataille injustement méconnue

Au commencement de la guerre, la Lorraine est le premier territoire français touché par les combats. Très vite, la ville de Nancy devient un enjeu stratégique car derrière, l’armée française se bat dans la Marne. C’est le général de Castelnau qui organise la défense de la ville. S’engage alors la bataille du Grand Couronné, nom du massif de collines qui forment une défense naturelle au nord de Nancy.

Au musée Lorrain l’exposition coûte 4€. Des objets d’époque, des uniformes, mais aussi des œuvres d’arts, d’artistes locaux qui ont immortalisé ces combats meurtriers. Le Grand Couronné y apparaît comme une bataille injustement méconnue au regard de son importance pour la suite de la guerre. Mais aussi pour la violence des combats : plus de 200 000 morts en deux mois.

L’exposition : « Eté 1914, Nancy et la Lorraine dans la guerre » au Musée lorrain de Nancy

L’exposition : « Eté 1914, Nancy et la Lorraine dans la guerre » au Musée lorrain de Nancy

« Il fait chaud, hein ! »

Marie et Margot, lycéennes n’avaient jamais entendu parler de cette bataille à l’école, seulement de « Verdun ». Leur grand-mère est conquise : Lunéville, Gerbéviller, ces lieux lui parlent, elle est originaire de la région. Elle se souvient d’une carte de son oncle mort au front « Il fait chaud, hein ! » aurait-il déclaré. Emmitouflée dans son blouson dans le froid de la cour du musée, elle en rigole : « C’est pas vraiment un dicton vers ici ! ». Il faisait pourtant une chaleur étouffante en août 1914 quand éclatent les premiers obus sur la Lorraine. Des affiches d’époque rappellent le quotidien des habitants qui vivaient côtés français et allemand, sous les bombes. « Il est fortement déconseillé de regarder les appareils volants » rappelle cette affiche allemande aux habitants de Lunéville. « Moi c’est ce qui m’a le plus impressionnée » confie la maman.

Affiche 28 aout 1914. Cc Musée lorrain, Nancy/photo Michel Bourguet

Affiche 28 aout 1914. Cc Musée lorrain, Nancy/photo Michel Bourguet

Un Nancéen d’origine, qui a fait son service à Lunéville (Meurthe-et-Moselle), explique qu’ « il n’y a plus cette culture militaire » capable de transmettre la mémoire des combats moins connus. L’exposition du musée lorrain permet de se souvenir de ce passé local, parfois oublié des livres d’histoire. Elle fait écho à une exposition de 1994 qui soulignait la méconnaissance des combats du Grand Couronné.  Un oubli de l’Histoire que le 9e bataillon de l’ESJ, celui du Général Castelnau, essayera de réparer tout au long de cette semaine en Lorraine.

Au milieu des photos et des cartes postales, deux petits alsaciens en métal viennent témoigner des symboles de l'époque.

Les trésors des fonds de tiroir

Dans le bureau de Laëtitia Brasseur, quelques cartons s’entassent. À l’intérieur, des trésors. Ces photos jaunies, ces lettres écrites en allemand, c’est le résultat du projet Europeana 14-18, mené dans toute l’Europe depuis l’an dernier. Le but : inciter les particuliers à prêter ou à donner les souvenirs de la Grande Guerre qu’ils conservaient dans leurs tiroirs, afin de les numériser et de les mettre en ligne. Les Archives départementales du Haut-Rhin se sont prêtées au jeu. Les sollicitations ont afflué : pas moins d’une cinquantaine la première après-midi. Depuis, les prêts continuent. Pour l’heure, les Archives totalisent presque une centaine de contributions. Laëtitia Brasseur, archiviste, se charge de rencontrer les particuliers, de collecter les données et de les classifier.

Armée de patience et de curiosité, la jeune femme rencontre chaque personne qui se présente, pour tenter de comprendre avec elle la vie qui était celle de son ancêtre. « Les gens nous font des prêts, mais l’objectif n’est pas seulement de retracer un parcours militaire : il s’agit surtout de raconter la vie qu’il y avait tout autour. » La vie du front comme la vie à l’arrière. Pour l’aider, Laëtitia Brasseur peut compter sur des archives extrêmement variées : des papiers militaires, des correspondances, des photographies… Mais aussi des objets, qui racontent de drôles d’histoires.

Une charge émotionnelle forte

Au fil des entretiens avec ceux qui lui apportaient les souvenirs de leurs aïeux, l’archiviste, historienne de formation, a pu constater que cent ans après le début du conflit, la mémoire reste vive dans une région dont les habitants ont du combattre sous l’uniforme allemand. «  Les gens qui viennent nous voir aiment souvent à rappeler que leur ancêtre était “patriote” pendant la guerre. Ils veulent dire par là qu’il soutenait les Français. Encore aujourd’hui, le sentiment d’injustice est récurrent chez les descendants de combattants alsaciens ». Ce patriotisme, toujours prégnant chez eux, Laëtitia Brasseur reconnaît toutefois qu’il s’érode au fil des générations. « Chez les moins de 45 ans qui viennent nous voir, l’émotion est plus centrée sur la souffrance qu’ont dû endurer les combattants, quelle que soit leur nationalité. Le rapport à la mémoire se fait avec moins de ressentiment. Mais la charge émotionnelle reste très forte. »

Laëtitia Brasseur est responsable de la collecte des archives pour le projet Europeana 14-18 à Colmar

Laëtitia Brasseur est responsable de la collecte des archives pour le projet Europeana 14-18 à Colmar

Le centenaire de la Première Guerre mondiale a donc provoqué un véritable engouement, d’autant plus inattendu que d’ordinaire, même en Alsace, la Grande guerre suscite assez peu d’intérêt. Aux Archives, ils étaient peu nombreux jusqu’ici à venir se renseigner sur le sort de leurs aïeux morts au front. « J’espère que le centenaire servira au moins à cela, conclut Laëtitia Brasseur. À ce que les gens se souviennent enfin qu’un jour, ici, il y a eu la guerre ».

Obus de la Grande Guerre, dans une tranchée à Pfetterhouse

Sundgau : un obus trouvé près de Pfetterhouse

Près de la frontière suisse, sur l’ancien champ de bataille du kilomètre zéro de la Ligne de front, sont cachées de nombreuses fortifications. Parfois même, les marcheurs retrouvent des objets de la Grande guerre.

C’est là que Marcial Lavarenne, co-fondateur de l’association les Amis du kilomètre zéro, a retrouvé un obus, lors d’une promenade. Et ici, dans cette forêt replantée après la guerre, ce n’est pas la première fois. A chaque découverte, ce retraité passionné d’histoire, appelle la mairie pour les désamorcer. Heureusement, le détonateur était déjà enlevé.

Les munitions de 14 – 18, un fléau toujours actuel

La Première Guerre mondiale est moins éloignée de nous qu’elle en a l’air : chaque jour, le centre de déminage interdépartemental de Colmar procède à la destruction de munitions issues du conflit, dans un territoire profondément marqué par les affrontements.

Le déminage en France, c’est 26 établissements, 300 employés, 600 tonnes de munitions récoltées et détruites chaque année. Des chiffres éloquents : près d’un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale, obus, grenades et autres mortiers continuent de se récupérer à la pelle. Sur le milliard et demi de tonnes d’explosifs tirés pendant la guerre, 20 % seraient encore dans la nature. Et ils n’ont rien perdu de leur potentiel dévastateur.  Même si les accidents se font de plus en plus rares, quand ils se produisent, ils ne pardonnent pas. Comme en 1981, quand de nombreux enfants ont trouvé la mort dans une cour d’école après avoir manipulé un mortier. Pour Édouard Hannauer, employé au centre de déminage de Colmar depuis 1981, « ça a été le début d’une prise de conscience de la population. Après ça, les gens s’activaient pour nous ramener des obus. » Les catastrophes n’épargnent pas non plus les démineurs. En 2007, deux d’entre eux ont perdu la vie dans une explosion à Metz. De quoi rendre Édouard Hannauer définitivement allergique à ces engins de mort. D’autant que leur présence cause de nombreux dégâts environnementaux : « 350 kg de poissons ont été décimés après la découverte dans les Vosges d’une bombe à phosphore qui a déversé son contenu dans les eaux. »

Une dangerosité bien réelle

Les décennies ont passé, mais ces stocks qui dorment sous terre n’ont rien perdu de leur dangerosité. La raison ? L’oxydation, qui altère considérablement les composants et augmente la sensibilité des munitions ; mais aussi le manque de sécurité spécifique au matériel français. Avec l’enlisement dans la guerre de position, il a fallu inventer une nouvelle artillerie, dite « de tranchées », capable de tirs courbes pour atteindre les lignes ennemies. Conçue à la va-vite, avec des matériaux improvisés, elle était souvent de piètre qualité et destinée à être utilisée dans les six mois. C’est dire son état de délabrement cent ans plus tard.

La Première Guerre mondiale continue donc d’occuper à plein temps les démineurs : à Colmar, on reçoit en moyenne trois appels par jour. La plus grosse partie concerne des munitions de la Grande guerre, que les démineurs détruisent par explosion. Une petite partie est néanmoins conservée en vue d’agrémenter une « collection pédagogique » dans le centre :

Certaines munitions ont été fabriquées et utilisées à un endroit précis uniquement ; on les retrouve donc aujourd'hui sur un secteur d'une centaine de mètres à peine. Cette « munition endémique des Vosges » a été identifiée il y a six mois seulement. Durant les combats, elle était chargée de fumigène incendiaire, dans le but d'infliger aux soldats des brûlures très douloureuses.

Certaines munitions ont été fabriquées et utilisées à un endroit précis uniquement ; on les retrouve donc aujourd’hui sur un secteur d’une centaine de mètres à peine. Cette « munition endémique des Vosges » a été identifiée il y a six mois seulement. Durant les combats, elle était chargée de fumigène incendiaire, dans le but d’infliger aux soldats des brûlures très douloureuses.

Édouard Hannauer devant un « crapouillot ». « C'est les femmes chez Peugeot qui soudaient les crapouillots. On les a beaucoup utilisés dans le conflit de tranchées. L'idée était d'envoyer une lourde charge explosive dans les barbelés ennemis pour se frayer un chemin. » Le crapouillot a fait ses preuves en perçant le blockhaus de la Tête du Violu, près de Sainte-Marie-aux-Mines.

Édouard Hannauer devant un « crapouillot ». « C’est les femmes chez Peugeot qui soudaient les crapouillots. On les a beaucoup utilisés dans le conflit de tranchées. L’idée était d’envoyer une lourde charge explosive dans les barbelés ennemis pour se frayer un chemin. » Le crapouillot a fait ses preuves en perçant le blockhaus de la Tête du Violu, près de Sainte-Marie-aux-Mines.

Le mortier « Stock », de confection anglaise, ensuite repris par les Français. Fermé à l'arrière, il était en général chargé de produits chimiques. Son inconvénient : la minceur des parois (5 mm au moment de la guerre), qui se rétrécit encore avec l'oxydation due aux années.

Le mortier « Stock », de confection anglaise, ensuite repris par les Français. Fermé à l’arrière, il était en général chargé de produits chimiques. Son inconvénient : la minceur des parois (5 mm au moment de la guerre), qui se rétrécit encore avec l’oxydation due aux années.

Des engins typiques de la guerre de proximité de 1914 – 1918.

Des engins typiques de la guerre de proximité de 1914 – 1918.

Ces munitions, Édouard Hannauer les connaît sur le bout des doigts, pour mieux les éliminer quand il intervient sur le terrain. « Être démineur, c’est encore plus gratifiant qu’être pompier : on fait toujours appel à eux après une catastrophe, tandis que nous, on intervient avant. On enlève la peur aux gens. »

Plus d’informations sur http://www.deminex.fr/

Sur le sentier du Kilomètre zéro de la Ligne de Front, André Dubail explique l'importance de Pfetterhouse pendant la Première guerre mondiale. Photo:  Yuta Yagishita

Quand le point de départ de la ligne de front est rayé des cartes

Depuis 2008 et le lancement de son association, le village se mobilise pour restaurer ce patrimoine historique à moindre coût. Ici, on fabrique un tuyau d’évacuation, là on demande à un maire voisin de prêter une pelleteuse pour déblayer de la terre, un peu plus loin on fait de la récupération de sacs de café avant de les remplir de ciment. Des bénévoles, pour la plupart retraités, viennent donner un peu de leur temps pour ces vestiges d’un autre temps. Dans cette commune du Sud de l’Alsace, les fronts français, allemand et suisse se faisaient face.

Les soldats suisses défendaient leurs frontières. Les deux autres armées s’affrontaient pour gagner quelques mètres de terrain. Aujourd’hui, ces anciens blockhaus allemands construits en béton armé sont toujours visibles dans la forêt de Pfetterhouse. Côté français, sur les premières lignes, on ne construisait qu’avec du bois parce qu’on croyait à une guerre courte.

Entre ces blockhaus et les jeunes arbres replantés après la Grande Guerre il y a des trous d’obus et des barbelé. « Ce qui frappe quand on se balade dans cette partie de la France, explique Maurand Heyer, l’adjoint au maire de Pfetterhouse, c’est que cent ans après, on a l’impression que pas grand-chose n’a changé, sauf pour la forêt ».

André Dubail sur le point zéro de la ligne de front.

André Dubail sur le point zéro de la ligne de front.

Mais l’Elysée n’a pas retenu ce village de 1000 âmes. Pour le moment rien n’est décidé, explique-t-on au palais. Mais le site qui devrait voir François Hollande lancer les commémorations du centenaire serait l’ancien champ de bataille de Hartmannswillerkopf. Depuis, l’ancien professeur Alain Dubail ne décolère pas. Lui qui, en lançant son association, espérait mettre son village sur le devant de la scène, se sent oublié des commémorations. Il accuse l’IGN (Institut géographique national) d’avoir oublié son village sur la carte de la ligne de front, publiée cette année, et reproche aux organisateurs en charge des cérémonies de ne pas comprendre l’intérêt du site.

Pour sauver ce pan de mémoire, l’association reconstruit ces lieux de mémoire depuis 2008. Retraités et passionnés, ces bénévoles donnent quelques heures de leur temps pour essayer de faire vivre cette Histoire.

Recevoir le président français sur le début de la ligne de front, non loin de là où est tombé le premier soldat français aurait été un honneur pour la commune. Elle se sent oubliée. « Nous n’existons pas, rouspète Alain Dubail, tout le monde connait Nieuport (Belgique), l’autre côté du front, mais personne ne connait Pfetterhouse. C’est pour ça que nous avons voulu fonder cette association ».

Du côté de la mairie, on tempère : « Bien sûr, nous aurions adoré que François Hollande lance les commémorations de notre village, explique Maurand Heyer, mais nous sommes bien trop petits. La bataille de Hartmannswillerkopf  a été une véritable boucherie: 15 000 soldats français sont morts pour quelques centimètres de terre. »

Une commémoration aura lieu à Pfetterhouse, le 20 juillet, soit quinze jours avant le lancement officiel du centenaire de la Grande Guerre. Et pour accueillir les visiteurs dans ce village qui n’a ni chambre d’hôtel, ni supermarché, des chambres d’hôtes devraient voir le jour dans les prochains mois.

Nationaal Archief, Den Haag, Rijksfotoarchief: Fotocollectie Algemeen Nederlands Fotopersbureau (ANEFO), 1945-1989 - negatiefstroken zwart/wit, nummer toegang 2.24.01.05, bestanddeelnummer 914-8399

La Grande guerre en chansons

La plus historique : Jaurès de Jacques Brel

 

Dans son dernier disque datant de 1977, Les Marquises, le grand Jacques rend un hommage vibrant au dirigeant socialiste Jean Jaurès. Dans cette chanson, Brel dénonce les conditions d’existence sordides des ouvriers au tournant du XXème siècle. Ces mêmes ouvriers qui servirent de chair à canon lors de laGrande guerre : « Si par malheur ils survivaient, C´était pour partir à la guerre, C´était pour finir à la guerre. Aux ordres de quelque sabreur, Qui exigeait du bout des lèvres, Qu´ils aillent ouvrir au champ d´horreur, Leurs vingt ans qui n´avaient pu naître, Et ils mouraient à pleine peur. » Porte-parole de ces masses exploitées, Jean Jaurès jouissait d’une immense popularité auprès des ouvriers. Ses prises de position pacifistes peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale le rendirent très impopulaire auprès des nationalistes les plus virulents. L’un d’entre eux, Raoul Villain, l’assassina le 31 juillet 1914, trois jours avant le déclenchement des hostilités.

La plus commerciale : Le soldat de Florent Pagny

Qui dit centenaire de la Première Guerre mondiale, dit commémoration et surtout, médiatisation. Un postulat que n’a pas manqué d’exploiter le sémillant juré de The Voice. Inspiré des lettres des Poilus envoyées à leurs familles, Le soldat est le troisième titre de l’album Vieillir avec toi. « C’est une chanson qui se rattache à un moment important de l’Histoire, déclare l’intéressé à Vosges matin. En l’écoutant, la mémoire se réveille, ça te ramène à ton père, à ton grand-père. Tout le monde a un lien avec tout ça, ça laisse forcément des traces. » Pour les besoins du clip, le chanteur est venu tourner des images à l’ossuaire de Fleury-devant-Douaumont, près de Verdun. Le nouveau titre de Florent Pagny sera très certainement diffusé en boucle sur les radios et les télés nationales. Souhaitons que ce ne soit pas le cas jusqu’à 2018.

La plus pacifiste : La butte rouge par Renaud

 

Le P’tit Bal du samedi soir et autres chansons réalistes est le nom de la première partie des concerts donnés à Bobino par Renaud en 1980. Dans les chansons populaires reprises par le chanteur, figure un morceau de choix du répertoire pacifiste et révolutionnaire. Écrite en 1919 par Montéhus, La butte rouge fait référence aux combats féroces qui se sont déroulés autour de Bapaume en 1916, dans le cadre de l’offensive de la Somme, aussi meurtrière qu’inefficace. Pour un gain de quelques kilomètres, les pertes sont estimées à 400 000 morts ou disparus dans les deux camps. On comprend alors mieux les paroles du refrain : « La butte rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin, Où tous ceux qui grimpaient roulaient dans le ravin. Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin, Qui boira d’ce vin là, boira l’sang des copains. »

La plus éthylique : Vive le pinard, de Bach

La guerre de 14-18 introduit une nouveauté dans le quotidien des soldats : le vin. En prévision d’une guerre longue, l’Intendance inclut un quart de litre de vin aux rations journalières des Poilus en 1914, un demi en 1916 et trois quarts en 1918. Mais il n’était pas question à l’époque de servir des grands crus aux soldats : le pinard du Poilu fut un assemblage de vins à faible degré, comme le Beaujolais, mélangés avec des productions au degré élevé du Languedoc-Roussillon, du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. Le seul but était d’atteindre le plus haut degré d’alcool. Des chansons à la gloire du pinard ne tardent pas à faire leur apparition : l’Ode au pinard de Max Leclerc, Comme son vin, son œil pétille de Théodore Botrel et surtout, Vive le pinard !, une marche militaire créée par Bach et glorifiée par Louis Bousquet. Une chanson de soldats qui devint très vite une chanson paillarde.

La plus provocatrice : La guerre de 14-18 de Georges Brassens

Quand Brassens fait du Topito avant l’heure, ça donne La guerre de 14-18. Comme un enfant, il compare les guerres et en fait un classement : « Depuis que l’homme écrit l’Histoire, Depuis qu’il bataille à cœur joie, Entre mille et une guerres notoires, Si j’étais tenu de faire un choix, A l’encontre du vieil Homère, Je déclarerais tout de suite : Moi, mon colon, Celle que je préfère, C’est la guerre de quatorze-dix-huit ! » Antimilitariste et foncièrement pacifiste, Brassens se moque des différentes guerres de l’Histoire. Sortie en décembre 1962, quelques mois après les accords d’Evian, la chanson fit couler beaucoup d’encre. Les Poilus sont encore très nombreux et la victoire de Verdun est un symbole patriotique qui fait l’unanimité. Brassens doit même s’expliquer à ce sujet au micro de Jean-Pierre Elkabach en 1978 : « Il est bien évident que je n’ai jamais eu l’intention dans cette chanson de tourner en dérision les pauvres soldats qui étaient morts à la guerre de 14, ni leurs parents, ni leurs veuves, ni leurs enfants. Ça saute aux oreilles bon sang. Cette chanson suggère ‘Vive la paix !’. »

BONUS : Aux soldats inconnus par Irminsul

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