Lycée Diderot (Carvin)

La mémoire monumentale de Carvin

 À Carvin, le monument aux morts est situé au carrefour des rues Francis de Pressencé et de la Gare. Il est le lieu de la commémoration chaque 11 novembre et le sera d’autant plus ces quatre prochaines années, à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale. Son emplacement dans la ville est original.

Les parents conduisent leurs enfants à l’école et passent devant matin et soir, il est situé sur le trajets des bus qui amènent à l’extérieur de Carvin. Mais aux yeux des habitants, que représente vraiment ce monument aux morts ? “À force de passer devant chaque jour depuis l’enfance on ne se rend plus compte de sa présence , il se fond dans le décor” répond Eric, un carvinois vivant dans la ville depuis une cinquantaine d’années. “S’il était situé autre part ou qu’il n’était pas entouré des bâtiments autour comme les appartements et la poste, on y porterait plus d’attention” pense Claire, une oigninoise élève au lycée de Carvin. Jérémy, un jeune carvinois habitant presque en face  du monument a un avis différent des autres : “Il est beau, il nous rappelle que des hommes sont morts pour le pays.” 

Ce monument aux morts est situé à un endroit assez étrange dans la ville mais pour comprendre pourquoi, il faut tout d’abord revenir des années en arrière.

Un emplacement étonnant

Le monument aux morts de Carvin est inauguré le 15 Octobre 1922, quatre ans après la fin de la Première Guerre mondiale. Un monument aux morts est érigé dans chaque commune de France pendant l’après-guerre. Le monument aux morts se construit classiquement près de l’église, alors qu’à Carvin il se trouve au carrefour des rues Francis de Pressencé et de la Gare . Un hasard ? Non : l’endroit est fréquenté car à l’époque les écoles des filles et des garçons se trouvaient à côté.

Ce monument est différent de ceux construits dans les villes alentours : il est plus horizontal et plus imposant. À Carvin, 271 noms de soldats morts pour la France ont été gravés, mais pas seulement : le monument recense également les victimes civiles de la Première guerre mondiale.

Evana Clabaut & Ameline Bourdon


De la vie dans les tombes

 Comme toutes les villes, Carvin, située près d’Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais, possède son propre cimetière. À la différence que plus de 6000 soldats allemands y reposent. La Grande Guerre y a laissé les traces d’une occupation.

Stèle de Julius Koch, sous-officier et de Reinhold Tittel, caporal Ph. Claire Dumargne

Stèle de Julius Koch, sous-officier et de Reinhold Tittel, caporal
Ph. Claire Dumargne

« Ils sont charmants, ils ne bougent jamais » confie, dans un rire, Marie-Antoinette Lallez en parlant de ses voisins. D’un geste, elle désigne le cimetière militaire allemand situé près de chez elle. Le lieu s’éveille tous les matins à 8 heures. Les seuls bruits sont ceux d’une nature vivante. Une cloche sonne. Les pas des quelques passants font frémir l’herbe humide. Quand le vent tourne, c’est la départementale reliant Carvin à Meurchin qui rugit. 6113 allemands sont enterrés là. Ce qu’il reste d’eux : un souvenir vacant, des noms sur des stèles, des gerbes à leurs pieds.

Carvin, 1914. La guerre éclate. Très vite, Carvin et la région Nord-Pas-de-Calais sont prises par les Allemands. Jean-Marc Olivier, professeur d’histoire-géographie au collège Jean-Jacques Rousseau, précise avant tout que le cimetière est le point de rapatriement des corps allemands de sept communes alentours. Il ajoute que le nombre de corps en fait le quatrième plus grand cimetière militaire de la région. Et pour cause, il n’est pas qu’un simple cimetière. En le regardant de plus près, c’est un espace travaillé. Une esthétique mise en place. Six zones. Des tombes particulières parmi ces nombreux « Otto » et « Wilhem ». Une femme, une seule, une certaine Maria Lampert. Mais aussi des prisonniers russes. Des soldats inconnus, comme partout ailleurs. Ou encore Karl Marx:  « un patronyme bien sûr ». Ces soldats, Jean-Marc Olivier en parle comme des personnes vivant encore là-bas. Le cimetière est une grande maison pour ces corps. D’ailleurs, il plaisante en ajoutant « Fermez la porte, il risque d’y avoir des courants d’air » comme si ces témoins silencieux pouvaient encore dire quelque chose. C’est leur famille qui parle pour eux, derrière ces stèles personnelles que certains ont fait installer. Carvinois et Carvinoises respectent ce cimetière. Bien que beaucoup d’entre-eux aient oublié sa valeur mémorielle.

 Stèle de la seule femme parmi les 6113 tombes du cimetière, avec à sa droite Manon De-Muynck Ph. Claire Dumargne

Stèle de la seule femme parmi les 6113 tombes du cimetière, avec à sa droite Manon De-Muynck (lycée Diderot, Carvin)
Ph. Claire Dumargne

Mystère et tombe de marbre 

Ce n’est pas le cas de tous.  Après tout, sur trois tombes, les fleurs sont régulièrement renouvelées. Parfois, une bougie y est allumée. Henri Dujardin, membre de la Société de recherches historiques de la ville et habitant près du cimetière, évoque une jeune dame qui passe chaque jour très tôt. La voiture garée au bord du trottoir. Le moteur allumé. Personne ne sait qui elle est. Pas même la marbrerie où les bougies qu’elle achète sont exposées en vitrine. Elle place la gerbe, prie sur les marches puis s’en va. Un véritable mystère aux yeux de tous. Marie-Antoinette Lallez, cette dame un peu âgée, toujours souriante jusque dans ses gestes, lui a parlé trois ans auparavant. Elle est allemande. Impossible de se souvenir de son identité, de son visage : cela fait un an qu’elle ne l’a pas revue. Une présence qui ne se montre plus.

D’autres visitent régulièrement le lieu. L’espace est propre, le gazon tondu : toutes les semaines, le Service pour l’entretien des sépultures militaires allemandes (SESMA) se charge de l’entretien du cimetière. Les stèles sont entretenues par un autocar de jeunes Allemands, âgés de 14 à 26 ans. Chaque été, ils se portent bénévoles pour polir des tombes pendant deux semaines dans un pays étranger. L’initiative remonte à 1919. Après la guerre, des vétérans allemands décident, face à un Etat en faillite, de prendre en charge les sépultures de leurs camarades tombés au combat. Depuis, 228 000 membres s’occupent de 2 millions de tombes en Europe. Et proposent des chantiers d’été, à destination de la jeunesse, pour entretenir la mémoire des lieux.

Côté français, les passants ne s’arrêtent pas, voire peu. Le jour, le cimetière allemand sert de raccourci pour accéder au parking d’un hypermarché Leclerc environnant. Tandis que la nuit, il sert de repère pour les jeunes voulant se poser, entre amis. « Même à coté du cimetière, nous n’arrivons pas à dormir à cause des jeunes » confie alors Marie-Antoinette Lallez. Elle n’est pas la seule. Cent ans après, ces soldats bénéficient d’un repos agité.  Les visiteurs foulent les stèles, conscients ou non de leur charge historique.

Nathalie Brassart, Claire Dumargne, Manon De-Muynck

 

Intervenantes de l’ESJ : Laure Delacloche, Anne Charlotte Waryn, Pauline Sauthier

Commentaires

  1. J’habite moi même la ville de Carvin et je dois dire que je ne préte que peu d’attention au cimetiére millitaire ou meme classique. Ce que vous avez réaliser est important vous rappelez à l’enssemble des citoyens que la guerre à marquer l’histoire et que même aprés 100 ans que nous soyons allemand ou français ce sont quand même des Hommes qui se sont battut et entretué. Il y à une stéle mémoriale à Carvin, prés de la poste.
    Bon travail pour des élèves de Lycée

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